Macron se pose en chef d'Etat lors d'un "grand oral" télévisé

Emmanuel Macron a tenté jeudi d'imposer l'image d'un homme prêt à présider la France lors d'une longue émission sur France 2, à un peu plus de deux semaines du premier tour. /Photo prise le 4 avril 2017/REUTERS/Lionel Bonaventure

PARIS (Reuters) - Emmanuel Macron a tenté jeudi d'imposer l'image d'un homme prêt à présider la France lors d'une longue émission sur France 2, à un peu plus de deux semaines du premier tour. L'ancien ministre de l'Economie, que les sondages voient accéder à l'Elysée à seulement 39 ans, s'est montré tranchant, se disant prêt à frapper le régime syrien, posant en défenseur des intérêts industriels français et assurant qu'il réformerait vraiment la France, contrairement à son concurrent direct François Fillon. Pour dissiper l'idée qu'il manquerait de troupes pour gouverner, le candidat d'En Marche ! s'est déplacé avec une quinzaine de personnes qu'il entend investir pour les législatives. Parmi elles, l'ancien directeur du Raid, Jean-Michel Fauvergue, qui se présentera en Seine-et-Marne et dont la mise en avant par Emmanuel Macron a sonné comme une volonté supplémentaire de renforcer son image régalienne. Selon un sondage réalisé à la fin de l'émission, Emmanuel Macron a été jugé convaincant par 47% des personnes interrogées par Harris Interactive, battant les quatre autres principaux candidats, qui y ont déjà participé, dont Marine Le Pen (Front national, 41%), qu'il a reléguée à la deuxième place. Plus de la moitié des sondés a jugé qu'il ferait un bon président, avec 51%, un score qui le place également en tête. Marine Le Pen, désormais deuxième, avait obtenu 38%. A un intervenant qui l'accusait d'être du côté du patronat, Emmanuel Macron a répliqué : "Je ne suis l'otage de personne et je ne sers personne", affirmant une image d'homme libre. Même liberté dans la composition de son éventuel gouvernement, a-t-il assuré, en expliquant que les personnalités politiques qui y figureraient ne seraient pas des "apparatchiks". ATTAQUE FILLON, MARQUE SA DIFFÉRENCE AVEC HOLLANDE Interrogé sur sa capacité à réformer, il a déclaré : "Je romps avec les bonnes vieilles méthodes de gauche et de droite qui consistent à faire des petites réformes d'ajustement". "Vous, vous proposez toujours la même chose, c'est typique de la méthode d'ailleurs de François Fillon Premier ministre, c'est des petites réformes", a-t-il répondu à Bruno Retailleau, coordinateur de la campagne du candidat de la droite, tout en raillant François Fillon, "victime du complot du cabinet noir". Il a à plusieurs reprises marqué des différences avec François Hollande, dont il a été le conseiller à l'Elysée, refusant en particulier de "manipuler des situations" sociales. "Une campagne présidentielle, ce n'est pas pour faire des propos d'estrade avec des promesses qu'on ne sait pas tenir", a-t-il dit alors qu'on l'interrogeait sur la fermeture annoncée de l'usine Whirlpool d'Amiens (Somme). Il a promis d'agir s'il est élu pour que le site soit repris. Mais, en attendant, "je vais aller sur un camion et je vais aller dire 'avec moi, ça fermera pas' ? Et on sait que c'est pas vrai", s'est-il interrogé, condamnant ainsi la visite de François Hollande chez ArcelorMittal à Florange (Moselle) pendant la campagne de 2012. En cas de défaite le 23 avril ou le 7 mai, Emmanuel Macron a dit qu'il ne souhaitait pas tenter de devenir député et qu'il continuerait la politique en tant que président d'En Marche !. (Jean-Baptiste Vey, édité par Julie Carriat)