Macron aux États-Unis : quels peuvent être les sujets de friction avec Biden ?

Le président américain Joe Biden (G) et le président français Emmanuel Macron parlent après avoir posé pour une photo de groupe informelle sur un banc après un dîner de travail lors du sommet du G7 qui se tient au château d’Elmau, dans le sud de l’Allemagne, le 26 juin 2022. (Photo de Ludovic MARIN / POOL / AFP)
LUDOVIC MARIN / AFP Le président américain Joe Biden (G) et le président français Emmanuel Macron parlent après avoir posé pour une photo de groupe informelle sur un banc après un dîner de travail lors du sommet du G7 qui se tient au château d’Elmau, dans le sud de l’Allemagne, le 26 juin 2022. (Photo de Ludovic MARIN / POOL / AFP)

ÉTATS-UNIS - L’ « ami de l’Amérique » le sera-t-il éternellement ? Alors qu’Emmanuel Macron a l’honneur d’être convié à une deuxième « visite d’État » à Washington à partir de ce mardi 29 novembre, le président français est perçu sur la scène internationale comme l’un des partenaires américains les plus solides.

Mais cette belle entente franco-américaine pourrait être gâtée par de nombreux dossiers épineux. Protectionnisme américain, question climatique ou aide à l’Ukraine... Le HuffPost fait le point sur les sujets de crispation possibles entre les deux dirigeants.

Le « protectionnisme américain »

L’histoire entre Emmanuel Macron et Joe Biden, élu président américain en novembre 2020, a d’abord mal commencé avec la « crise des sous-marins » survenue quelques mois aprs septembre 2021. Paris s’était sentie trahie après la signature du « contrat du siècle » entre les Etats-Unis, le Royaume-Uni et l’Australie pour la conception de sous-marins nucléaires.

« Cette trahison ne sera jamais oubliée. Mais cette visite est une façon de panser les plaies, et de mener à bout le mea culpa qui avait été esquissé par les États-Unis mais jamais véritablement pardonné par la France », analyse pour Le HuffPost Karim Emile Bitar, directeur de recherches à l’Institut de relations internationales et stratégiques (Iris) et spécialiste de la politique étrangère des États-Unis.

Si la France parvient à pardonner les États-Unis pour cette « impolitesse », Emmanuel Macron ne laissera en revanche rien passer sur la question du protectionnisme américain et de l’« America first ». La pomme de discorde de cette rencontre va être une loi américaine, l’Inflation Reduction Act (IRA), entrée en vigueur en août. L’industrie européenne se trouve en effet pénalisée par cette mesure qui prévoit des subventions massives aux entreprises américaines, notamment dans le secteur des véhicules électriques et des projets d’énergies renouvelables.

Les discussions à propos de cette législation, à l’impact négatif pour l’économie européenne, feront l’objet d’un « mini bras de fer entre les États Unis et la France », selon Karim Emile Bitar. Ces dispositions « accroissent le risque de décalage entre l’Europe et les États-Unis » a affirmé vendredi 25 novembre Emmanuel Macron devant la presse, qui plaidera auprès de Joe Biden pour des exemptions pour les industriels européens affectés. Il a d’ailleurs déjà préparé sa riposte avec le « Buy European Act ». Ce plan vise à remettre l’Europe sur les rails de la réindustrialisation et de la relocalisation de son économie.

« Profiter » de la guerre en Ukraine ?

Outre l’économie, les deux dirigeants discuteront de la question de l’aide à apporter à l’Ukraine pour faire face à l’invasion russe. Pas trop d’inquiétude sur ce point, France et États-Unis sont sur la même longueur d’onde pour un « soutien très affirmé à l’Ukraine », estime Karim Emile Bitar. Ils se sont accordés sur une « guerre par procuration » avec « des milliards d’euros dépensés » par les Américains et Européens pour venir en aide à Kiev, et ils ne devraient pas revenir sur leur position.

Joe Biden et Emmanuel Macron au dernier sommet du G20 à Bali, le 16 novembre dernier.
BAY ISMOYO / AFP Joe Biden et Emmanuel Macron au dernier sommet du G20 à Bali, le 16 novembre dernier.

Mais quelques points de désaccords pourraient toutefois émerger, nuance l’expert de l’Iris. Une frange de l’opinion européenne commence effectivement à accuser les États-Unis de « profiter de la guerre » pour étendre l’influence de son armée et renforcer la puissance de l’Otan. Par ailleurs, nombreux sont les pays européens, particulièrement l’Allemagne, dépendants des ressources énergétiques russes, qui sont désormais obligés de s’abreuver de gaz américain.

« Il faut que nous ayons une conversation franche avec les Américains car si les opinions publiques européennes commencent à avoir l’impression que les États-Unis profitent d’une façon ou d’une autre de la guerre, cela peut jouer dans le soutien des peuples européens aux Ukrainiens », commente à ce propos Benjamin Haddad, député Renaissance de Paris et chercheur en relations internationales, interrogé par Le HuffPost.

Seulement, pour Romuald Sciora, spécialiste franco-américain de l’ONU et des relations internationales, ce n’est ni lieu ni le moment pour un blâme. Déjà, parce qu’il est « très important pour les États-Unis de montrer à Poutine et au monde qu’il y a une unité de l’Occident face à la Russie ». Ensuite, selon le chercheur, ce serait un impair de la part de Macron d’aborder le sujet. « C’est comme si vous votre patron vous invitait chez lui pour un dîner amical et que vous abordiez un sujet qui fâche », image-t-il. Les deux dirigeants ont plutôt intérêt à se montrer unis et « réentériner leur engagement en faveur de l’Ukraine. »

Un socle solide

Autre sujet sur lequel les deux nations devraient accorder leurs violons : les sujets climatiques et énergétiques. « Bien sûr qu’ils ont des divergences, nous livre Romuald Sciora, mais Joe Biden, très engagé sur ces questions, va chercher à inscrire sa parole de manière plus forte auprès des Américains au côté d’un président jeune et dynamique ». L’auteur de plusieurs ouvrages co-publiés par les Nations unies pense que les deux dirigeants n’aborderont pas non plus les derniers échecs en matière de politique climatique, notamment la récente Cop27 qui n’a pas débouché sur des objectifs plus ambitieux de réduction des émissions de gaz à effet de serre.

Finalement, malgré quelques dossiers quelque peu conflictuels, la rencontre ne devrait pas faire de remous. L’objectif de cette rencontre est surtout de s’afficher en nations « amies » dans un monde « de plus en plus polarisé », estime Karim Emile Bitar.

Une analyse aussi partagée par Romuald Sciora qui remarque une « perte de vitesse » de la démocratie dans le monde. « Le système alternatif russe et surtout chinois séduit de plus en plus. Cela se fait au détriment des idéaux démocratiques qui véhiculent des droits fondamentaux comme l’égalité homme femme, les droits humains, LGBT... », abonde-t-il. Cette convergence sur toutes les questions qui divisent les sociétés, « c’est un peu ce qui explique l’alchimie positive entre ces deux hommes », poursuit Karim Emile Bitar.

Alors que le monde « explose » de toute part, dernier exemple en date avec les manifestations monstres en Chine, le chercheur de l’Iris alerte sur le fait que l’Europe « ne pourra pas supporter une double crise, l’une en Asie du Sud-Est et l’autre en Europe avec l’Ukraine, donc une coopération franco-américaine et américano-européenne est plus que jamais nécessaire. »

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