Médiation africaine pour calmer le jeu au Soudan du Sud

Des enfants dont les familles ont fui les combats dans un camp de la mission des Nations unies au Soudan du Sud (Minuss), jeudi à Juba. Les médiateurs africains ont dit vendredi avoir eu des discussions fructueuses avec le président sud-soudanais, Salva Kiir, afin de tenter d'éviter que les affrontements de cette semaine ne plongent dans une guerre civile le pays, indépendant depuis seulement deux ans. /Photo prise le 19 décembre 2013/REUTERS/Goran Tomasevic

par Carl Odera

JUBA (Reuters) - Les médiateurs africains ont dit vendredi avoir eu des discussions fructueuses avec le président sud-soudanais, Salva Kiir, afin de tenter d'éviter que les affrontements de cette semaine ne plongent dans une guerre civile le pays, indépendant depuis seulement deux ans.

Salva Kiir, qui appartient à l'ethnie des Dinkas, accuse son ancien vice-président Riek Machar, un Nuer qu'il a limogé en juillet dernier, d'avoir tenté de s'emparer du pouvoir par la force. Les combats entre leurs partisans ont fait depuis dimanche dernier un demi-millier de morts. Après avoir fait rage dans la capitale Juba, ils se sont étendus à d'autres régions.

Le président Kiir s'est déclaré ouvert au dialogue. Sur les ondes de Radio France Internationale, Riek Machar s'est dit de son côté prêt à "négocier son départ du pouvoir" (à Kiir), ajoutant que l'armée pourrait contraindre le chef de l'Etat à se démettre s'il ne le faisait pas de lui-même.

"Nous avons eu une rencontre très fructueuse avec son Excellence Salva Kiir et nous allons poursuivre les consultations", a déclaré aux journalistes le ministre éthiopien des Affaires étrangères, Tedros Adhanom, qui conduit la délégation africaine à Juba.

La délégation, qui mène la première initiative de paix depuis le début des affrontements, comprend des ministres du Kenya, de l'Ouganda, de Djibouti et de Somalie, mais aussi des représentants de l'Union africaine et des Nations unies.

Le Conseil de sécurité de l'Onu devait se réunir ce vendredi pour discuter du Soudan du Sud et prendre connaissance d'un compte rendu de la situation effectué par le numéro deux des opérations de maintien de la paix, Edmond Mulet.

PRODUCTION PÉTROLIÈRE PAS AFFECTÉE

Les combats inquiètent les pays voisins, qui craignent un regain d'instabilité dans une région déjà très troublée.

Les autorités sud-soudanaises assurent que la production pétrolière, de l'ordre de 245.000 barils par jour (bpj) et qui fournit la majeure partie des revenus du pays, n'est pas affectée par les troubles. Une source au Soudan voisin, par où passe l'oléoduc d'exportation du brut sud-soudanais, ne signalait vendredi aucune perturbation particulière.

Deux cents ouvriers du secteur pétrolier ont cependant trouvé refuge jeudi dans une base de l'Onu, et la compagnie chinoise CNPC, l'un des principaux exploitants des gisements du Soudan du Sud, a annoncé qu'elle évacuait vers la capitale 32 employés d'un champ pétrolifère.

L'Onu a dit qu'au moins 20 personnes de l'ethnie Dinka avaient été tuées lors de l'attaque la veille par des milliers de jeunes en armes d'une base de la Minuss (Mission des Nations unies au Soudan du Sud) dans l'Etat sud-soudanais de Jonglei.

Les jeunes, appartenant à l'ethnie des Nuer, ont envahi la base de la Minuss à Akobo, tuant deux casques bleus indiens et repartant avec des armes, des munitions et autres matériels, a fait savoir la mission onusienne. Les civils Dinka avaient cherché refuge dans la base d'Akobo pour échapper aux combats.

Des soldats ougandais ont été dépêchés au Soudan du Sud pour faciliter l'évacuation des ressortissants ougandais, a déclaré à Kampala un porte-parole militaire. Selon deux sources militaires ougandaises, ces soldats contribueront à la sécurisation de la capitale Juba, située à 75 km de la frontière ougandaise.

A Washington, Barack Obama a annoncé que 45 militaires américains seraient déployés pour protéger l'ambassade des Etats-Unis et les employés fédéraux en poste à Juba.

Le chef de la diplomatie sud-soudanaise s'efforce de minimiser le rôle des tensions ethniques et parle de raisons politiques aux troubles en cours.

"Nous avons eu une tentative de coup de force militaire, qui provoque l'instabilité dans le pays, et que l'on présente dans certaines régions comme une guerre à caractère ethnique, ce qui n'est pas le cas", a déclaré Barnaba Marial Benjamin.

Eric Faye pour le service français, édité par Jean-Stéphane Brosse