L'UE fait un pas de plus vers la suspension de Schengen

par Alastair Macdonald et Gabriela Baczynska
En fixant à Athènes des objectifs quasiment inaccessibles en matière de renforcement des frontières, l'Union européenne a ouvert vendredi la voie à une suspension formelle dans trois mois de l'application des accords de Schengen. /Photo prise le 27 janvier 2016/REUTERS/Wolfgang Rattay

par Alastair Macdonald et Gabriela Baczynska

BRUXELLES (Reuters) - En fixant à Athènes des objectifs quasiment inaccessibles en matière de renforcement des frontières, l'Union européenne a ouvert vendredi la voie à une suspension formelle dans trois mois de l'application des accords de Schengen.

Principale porte d'entrée dans l'Union européenne pour les migrants et réfugiés venant du Proche-Orient, la Grèce a vu plus d'un million d'entre eux transiter par son territoire en 2015 au grand désarroi de ses partenaires européens qui lui reprochent son inaction.

Plusieurs membres du bloc communautaire, dont l'Allemagne, qui est aussi la destination privilégiée des migrants, ont mis en avant les difficultés de la Grèce pour justifier le rétablissement temporaire des contrôles aux frontières intérieures de l'espace Schengen.

Ces mesures transitoires expirant en mai, les Etats de l'Union ont donné à Athènes un délai de trois mois pour régler les "défaillances sérieuses" à ses frontières, notamment en matière d'enregistrement, de surveillance des zones maritimes ou encore de contrôles aux frontières.

"L'ensemble du fonctionnement de la zone Schengen est menacé", a estimé le Conseil européen après avoir préconisé à la Grèce d'appliquer une série de 50 recommandations.

La mise en oeuvre de ces recommandations paraissant inenvisageable, l'appel lancé par les Européens ouvre la voie à l'application de règles autorisant les Etats membres à instaurer des contrôles à l'intérieur des frontières de l'espace Schengen pour une durée pouvant atteindre deux ans.

Le gouvernement grec, dans une déclaration, a assuré vendredi soir qu'il avait fait tout son possible pour tenter de contrôler l'arrivée des migrants venus de Syrie et d'ailleurs.

NE PAS ISOLER LA GRÈCE

"Ce flot migratoire massif est d'une nature telle qu'il mettrait sous forte pression les frontières de n'importe quel Etat membre de l'UE", ajoute Athènes.

Responsables et diplomates européens assurent que l'objectif n'est pas d'isoler ou de stigmatiser la Grèce mais de permettre le rétablissement de contrôles aux frontières, entre l'Allemagne et l'Autriche notamment, sans contrevenir aux traités.

"L'idée n'est pas de pousser la Grèce hors de l'espace Schengen. L'idée qui prévaut, c'est que si les frontières extérieures ne sont pas contrôlées, alors les Etats membres pourront maintenir les contrôles qui sont en place à leurs propres frontières", a dit un responsable de l'Union.

Le groupe de Visegrad, qui réunit la Hongrie, la Pologne, la Slovaquie et la République tchèque, veut aider la Macédoine à fermer sa frontière avec la Grèce pour empêcher l'afflux de migrants, a-t-on appris par ailleurs de sources diplomatiques.

Des mesures en ce sens pourraient être annoncées lorsque les dirigeants de ces quatre pays de l'Union européenne rencontreront leur homologue macédonien lundi prochain à Prague, la capitale tchèque.

En visite vendredi à Skopje, le ministre autrichien des Affaires étrangères, Sebastian Kurz, a également déclaré que les Macédoniens devaient se préparer à "stopper complètement" dans les prochains mois l'entrée de migrants sur leur territoire, car Vienne fermera aussi sa frontière une fois atteint le quota de réfugiés que l'Autriche accepte de recevoir.

L'Autriche, qui a reçu 90.000 demandes d'asile l'année dernière, a fixé sa capacité d'accueil maximum à 45.000 pour cette année.

(Avec Kole Casule et Jan Lopatka; Nicolas Delame et Guy Kerivel pour le service français)