L'opposition exige des gestes de Damas pour rester à Genève

L'ambassadeur syrien auprès des Nations unies, Bachar al Djaafari. La délégation de l'opposition syrienne, arrivée la veille à Genève, a rencontré pour la première fois dimanche l'envoyé spécial des Nations unies Staffan de Mistura et a exigé que la situation humanitaire s'améliore en Syrie en échange de sa participation aux négociations sous l'égide de l'Onu. /Photo prise le 31 janvier 2016/REUTERS/Denis Balibouse (Reuters)
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par Tom Miles et John Irish GENEVE (Reuters) - La délégation de l'opposition syrienne a rencontré pour la première fois dimanche à Genève le médiateur des Nations unies Staffan de Mistura et exigé des gestes humanitaires du gouvernement de Damas en échange de sa participation aux négociations sous l'égide de l'Onu. De son côté, le chef de la délégation du gouvernement syrien, Bachar al Djaafari, a vu l'adjoint de Staffan de Mistura et déclaré qu'il était prêt à discuter des mesures humanitaires, comme la libération de détenus. Sur le terrain, les violences se poursuivent et un triple attentat dans un quartier chiite du sud de Damas, revendiqué par les djihadistes de l'Etat islamique (EI), a fait plus de 60 morts, dont 25 miliciens chiites, et des dizaines de blessés, selon l'Observatoire syrien des droits de l'homme. "Nous ne sommes venus à Genève qu'après avoir reçu des assurances et des engagements précis sur le fait qu'il y aurait de sérieux progrès quant à la situation humanitaire", a déclaré Bassma Kodmani, membre de la délégation du Haut Conseil des négociations (HCN) créé le mois dernier en Arabie saoudite par des partis politiques et des groupes armés de l'opposition syrienne. "Tant que nous n'aurons pas vu de tels gestes, nous ne pouvons pas lancer les négociations politiques", a-t-elle ajouté lors d'une conférence de presse dans la ville suisse. Pourtant, a-t-elle poursuivi, les soldats syriens et leurs alliés russes semblent rester "sourds" à ces exigences et les opérations militaires se sont mêmes intensifiées sur le terrain. RÉSOLUTION 2254 DE L'ONU Salim al Mouslat, porte-parole du HCN, a dit que l'opposition était prête à faire dix pas si le gouvernement de Damas acceptait d'en faire un seul, ce dont il doute. "Le régime n'est pas venu à Genève pour trouver une solution mais pour gagner du temps afin de tuer encore plus de Syriens", a-t-il dit. Dans un communiqué diffusé sur internet, le coordinateur du HCN, Riad Hidjab, qui se trouve à Ryad, souligne que la délégation de l'opposition pourrait quitter Genève si les bombardements gouvernementaux et russes se poursuivent et empêchent l'envoi d'une aide humanitaire aux villes assiégées. "Si le régime et ses alliés continuent de violer les droits du peuple syrien, alors la présence de la délégation du HCN à Genève n'aura pas de justification et le HCN pourrait retirer son équipe de négociateurs", souligne Hidjab dans ce communiqué, après avoir rencontré dans la capitale saoudienne le Premier ministre turc Ahmet Davutoglu. Le HCN réclame l'arrêt des bombardements des populations civiles, la levée du blocus des villes assiégées et la libération de quelque 3.000 femmes et enfants qui seraient détenus dans les prisons syriennes, des points qui figurent dans la résolution 2254 adoptée à l'unanimité le 18 décembre par le Conseil de sécurité de l'Onu. APPEL DE JOHN KERRY Interrogé sur ces points lors d'une conférence de presse, le chef de la délégation gouvernementale syrienne, Bachar al Djaafari, qui avait vu Staffan de Mistura vendredi, a répondu: ,"Cela fait partie de l'ordre du jour que nous avons accepté (...) Ce sera l'un des thèmes importants dont nous discuterons entre citoyens syriens". Prié de dire quels étaient ses objectifs à Genève, il a répondu: "Demandez-le moi quand les négociations commenceront". Il a souligné que le gouvernement syrien voulait trouver une solution à un conflit qui a fait 250.000 morts en près de cinq ans mais qu'il doutait du "sérieux" de la délégation de l'opposition, dont il a dit ne pas même connaître la composition exacte. Pour lui, l'opposition représentée par le HCN sert les intérêts de puissances étrangères qui utilisent le terrorisme comme arme politique. Les explosions de Damas dimanche prouvent d'ailleurs ce lien entre l'opposition et le terrorisme, a-t-il estimé. Dans une déclaration télévisée, le secrétaire d'Etat américain John Kerry a appelé dimanche les deux parties à saisir l'occasion de ces discussions de Genève pour avancer vers un règlement du conflit car, a-t-il dit, "il n'y a pas de solution militaire". Il a exhorté Damas à faciliter l'envoi d'une aide humanitaire aux villes assiégées et affirmé qu'un accord politique en Syrie porterait un coup sévère aux djihadistes de l'EI. (Avec Suleiman al-Khalidi à Amman, Laila Bassam à Beyrouth et Michelle Nichols aux Nations unies; Guy Kerivel pour le service français)

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