L'Onu impute 27 bombardements chimiques aux forces syriennes

Paulo Pinheiro, président de la Commission d'enquête internationale indépendante sur la Syrie, lors d'une conférence de presse à Genève. Les forces gouvernementales syriennes ont eu recours à des armes chimiques à 27 reprises dans des zones tenues par l'insurrection, dit la commission dans un rapport publié mercredi. /Photo prise le 6 septembre 2017/REUTERS/Denis Balibouse

GENEVE (Reuters) - Les forces gouvernementales syriennes ont eu recours à des armes chimiques à 27 reprises dans des zones tenues par l'insurrection, dit une commission d'enquête de l'Onu dans un rapport publié mercredi.

Les enquêteurs, dont les conclusions sont les plus précises à ce jour concernant les armes chimiques, leur imputent notamment le bombardement au gaz sarin qui a coûté la vie en avril à plus de 80 civils à Khan Cheikhoun, dans la province d'Idlib.

Parlant de violation du droit humanitaire international, ils accusent en outre l'armée américaine de ne pas avoir pris les précautions nécessaires avant le bombardement de la mosquée d'Al Djina, dans la province d'Alep, qui a fait 38 morts, dont plusieurs enfants, en mars.

L'Organisation pour l'interdiction des armes chimiques (OIAC) a déjà conclu que du gaz sarin avait été utilisé à Khan Cheikhoun, sans désigner les responsables du bombardement.

"Les forces gouvernementales continuent à utiliser des armes chimiques contre des civils dans des zones aux mains de l'opposition. Dans ce qui constitue l'incident le plus grave, l'armée de l'air syrienne a fait usage de gaz sarin à Khan Cheikhoun, dans la province d'Idlib, causant la mort de dizaines de personnes, dont une majorité de femmes et d'enfants", écrivent les enquêteurs de l'Onu, ajoutant qu'il s'agit d'un crime de guerre.

Dans leur 14e rapport depuis 2011, ils font état de 33 bombardements chimiques dûment attestés et en imputent 27 à l'armée syrienne, dont sept entre le 1er mars et le 7 juillet.

Damas, qui nie tout recours à de telles armes, assure que les bombes larguées à Khan Cheikhoun sont tombées sur un dépôt d'armes de l'insurrection, ce que les enquêteurs de l'Onu ont réfuté.

Une autre commission d'enquête formée par l'Onu et l'OIAC pour déterminer la responsabilité de cet acte doit rendre ses conclusions d'ici octobre.

En réaction au bombardement de Khan Cheikhoun, Donald Trump avait ordonné les premières frappes américaines contre une base aérienne syrienne.

La commission d'enquête indépendante dirigée par Paulo Pinheiro se dit par ailleurs "gravement préoccupée par les conséquences pour les civils des frappes de la coalition internationale".

"A Al Djina, dans la province d'Alep, les forces américaines n'ont pas pris toutes les précautions qui pouvaient être prises pour protéger les civils et leurs biens lorsqu'elles ont bombardé une mosquée, en violation du droit humanitaire international", dit-elle.

Au terme de sa propre enquête, l'armée américaine a conclu qu'il s'agissait d'une cible légitime, dans la mesure où des membres d'Al Qaïda y étaient rassemblés.

(Stephanie Nebehay, Jean-Philippe Lefief pour le service français, édité par Gilles Trequesser)