Ce que l'on sait sur les frappes israéliennes sur un bâtiment de médias à Gaza

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Les frappes sur la Tour Jala à Gaza, le 15 mai 2021 - MAHMUD HAMS / AFP
Les frappes sur la Tour Jala à Gaza, le 15 mai 2021 - MAHMUD HAMS / AFP

L'armée israélienne a détruit samedi l'immeuble abritant les locaux de la chaîne de télévision qatarie Al-Jazeera et de l'agence de presse américaine Associated Press (AP) dans la bande de Gaza. Le bâtiment de 13 étages a été pulvérisé par des frappes israéliennes, l'armée ayant demandé préalablement l'évacuation de l'immeuble.

Les autorités israéliennes assurent que cette attaque est due au fait que le mouvement islamiste Hamas utilisait cet immeuble comme base. "Le bâtiment contenait des bureaux de médias civils, derrière lesquels le Hamas se cachait", écrit l'armée israélienne sur Twitter. Les rédactions d'AP et d'Al-Jazeera n'ont pas été blessées, et ont eu le temps d'évacuer les lieux, mais dénoncent fermement l'attaque, qui réduit leur capacité à informer sur ce qui se déroule à Gaza.

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Israël pilonne depuis lundi l'enclave palestinienne de Gaza, contrôlée par le Hamas, en représailles aux centaines de roquettes que ce dernier a lancé sur l'État hébreu, après la violente répression de manifestants palestiniens à Jérusalem-Est en fin de semaine dernière et lundi.

"Des équipements militaires" du Hamas dans l'immeuble

Samedi, les forces israéliennes ont assuré que l'immeuble des deux médias abritaient "des entités appartenant au renseignement militaire" du Hamas, qui se sert selon elle des civils comme "boucliers humains" dans la bande de Gaza. Or, "lorsque le Hamas utilise un grand bâtiment à des fins militaires, il devient une cible militaire légitime", explique Tsahal, du nom de l'armée israélienne.

"La base [du Hamas] a rassemblé des informations pour les attaques contre Israël, a fabriqué des armes et a positionné du matériel pour entraver nos opérations", assure l'armée israélienne. "Nous avons averti les civils dans le bâtiment de notre attaque par souci pour leur sécurité et leur avons donné suffisamment de temps pour évacuer en sécurité. Le Hamas et le Jihad Islamique ont utilisé ce temps pour sortir des objets du bâtiment", est-il expliqué.

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a soutenu cette version dans la soirée, déclarant, dans une intervention télévisuelle, que le Hamas "avait installé leurs services de renseignement et des équipements militaires" dans cet immeuble. "Nous avons pris soin d'éviter toute perte civile, c'est l'exact contraire de ce que fait le Hamas" a-t-il ajouté.

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Selon AP, le lieutenant-colonel israélien Jonathan Conricus a refusé de fournir des preuves étayant les déclarations de l'armée, car cela compromettrait, selon lui, des opérations du renseignement. "Je pense que c'est une demande légitime et je vais essayer de les fournir", a-t-il toutefois ajouté selon le média, assurant que l'armée était "engagée à la fois envers les journalistes, leur sécurité et la liberté de leur travail".

"Choquée et horrifiée", "un crime de guerre"

"Nous n'avons eu aucune indication que le Hamas était dans le bâtiment ou actif dans le bâtiment", a déclaré le président et PDG d'AP, Gary Pruitt, dans un communiqué samedi. "C'est quelque chose que nous vérifions activement du mieux que nous le pouvons. Nous ne mettrions jamais sciemment nos journalistes en danger".

Les rédactions d'AP et Al-Jazeera ont vu leur bâtiment s'écrouler devant leurs yeux, et si personne n'était encore à l'intérieur du lieu, beaucoup de matériel a été perdu selon des journalistes. "Nous avons pu sortir beaucoup de choses, mais il reste du matériel de direct et de montage, donnez-moi 15 minutes et je peux tout sortir", demandait samedi au téléphone un journaliste d'AP, à un officier du renseignement israélien, quelques instants avant la frappe. De plus, selon AP, une partie de son équipe, dormait dans des logements situés dans le même immeuble, ils perdent donc leur habitation.

"La destruction des bureaux d'Al-Jazeera et de ceux d'autres médias dans la tour Al-Jalaa à Gaza est une violation flagrante des droits humains et est considérée internationalement comme un crime de guerre", a dénoncé Mostafa Souag, le directeur général par intérim du groupe qatari. "Le but de ce crime odieux est de faire taire les médias et de cacher le carnage et la souffrance indicibles de la population de Gaza", a-t-il déclaré.

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Le directeur de l'information d'Al-Jazeera, Assef Hamidi, a indiqué à l'Agence France-Presse (AFP) que la chaîne prendra "toutes les mesures pour poursuivre Israël" en justice, ajoutant que "la réponse la plus importante (est) de continuer à couvrir les événements". "Al Jazeera ne sera pas réduite au silence, nous vous le garantissons dès maintenant", a déclaré samedi en direct Halla Mohiedeen, une présentatrice de la branche britannique.

AP s'est dit "choquée et horrifiée". "Nous avons évité de justesse de terribles pertes humaines. Une dizaine de journalistes et de pigistes d'AP se trouvaient dans l'immeuble et heureusement, nous avons pu les évacuer à temps", a déclaré Gary Pruitt. "Le monde sera moins informé sur ce qui se passe à Gaza à cause de ce qui s'est passé aujourd'hui", a-t-il déploré.

"Désamorcer les tensions et protéger les civils, réfugiés, journalistes et médias"

Le secrétaire général des Nations unies Antonio Guterres s'est dit "profondément perturbé par la destruction par une frappe aérienne israélienne [samedi] d'un immeuble de grande taille dans la ville de Gaza qui abritait les bureaux de plusieurs organisations internationales de médias ainsi que des appartements résidentiels", dans une réponse écrite à des questions de la presse.

"Le secrétaire général rappelle à toutes les parties que tout ciblage aveugle des structures civiles et médiatiques viole le droit international et doit être évité à tout prix", a-t-il aussi avancé.

Indiquant dans un tweet que le Canada suit "avec une grande inquiétude" la situation en Israël, en Cisjordanie et à Gaza, le chef de la diplomatie canadienne Marc Garneau a appelé "toutes les parties" à prendre des "mesures immédiates pour mettre fin à la violence, désamorcer les tensions et protéger les civils, réfugiés, journalistes et médias". Il a réitéré "l'importance fondamentale" pour le Canada de protéger les journalistes, soulignant que ceux-ci "doivent être libres de faire leur travail" et que leur "sûreté et sécurité doivent toujours être assurées".

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Le Premier ministre Benjamin Netanyahu, qui s'est entretenu avec le président américain après ces frappes, a affirmé avoir son soutien "sans équivoque". Joe Biden, qui a également parlé au téléphone avec le président palestinien Mahmoud Abbas, a dit soutenir le droit d'Israël "à se défendre" tout en faisant part de sa préoccupation au sujet de "la sécurité des journalistes".

Depuis le début de la semaine, plus de 2300 roquettes ont été lancées sur Israël depuis Gaza par des groupes armés palestiniens, tuant dix personnes, dont un enfant, et faisant plus de 560 blessés. Le dernier bilan côté palestinien fait état de 157 morts parmi lesquels 41 enfants, et 1100 blessés, à Gaza depuis lundi.

Article original publié sur BFMTV.com

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