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Les livres de Roald Dahl réécrits ne sont pas du goût de tous

Poids, genre, santé mentale ou encore questions raciales : la place de ces thématiques va être réduite dans les rééditions des livres de Roald Dahl.
Extrait du film « Charlie et la Chocolaterie » de Tim Burton, adapté du roman de Roald Dahl © Warner Bros France Poids, genre, santé mentale ou encore questions raciales : la place de ces thématiques va être réduite dans les rééditions des livres de Roald Dahl.

LITTÉRATURE - Charlie au royaume de la polémique. Depuis l’annonce de la parution de nouvelles éditions des livres de Roald Dahl (1916-1990), écrivain prolifique de la littérature jeunesse britannique, de plus en plus de personnalités font part de leur indignation face à ce qu’elles considèrent comme une forme de censure. En cause, le lissage des références au poids, à la santé mentale, à la violence, aux questions raciales ou de genre, dans la plupart des œuvres de l’auteur du cultissime Charlie et la chocolaterie.

Tous les changements sont « réduits et soigneusement réfléchis », a assuré un porte-parole de la Roald Dahl Story company. Cette dernière indique par ailleurs avoir travaillé avec « Inclusive Minds », un collectif pour l’inclusion et l’accessibilité de la littérature pour enfants.

Mais de nombreuses voix s’élèvent contre ces réécritures, à commencer par celle de l’écrivain irano-britannique Salman Rushdie, icône de la liberté d’expression : « Roald Dahl n’était pas un ange mais c’est de la censure absurde. Les éditions Puffin et la compagnie Roald Dahl devraient avoir honte », peut-on lire sur son compte Twitter.

Même son de cloche du côté de la rédactrice en chef adjointe du journal conservateur Sunday Times, Laura Hackett, qui a déclaré qu’elle garderait ses éditions originales de Roald Dahl, afin que ses enfants puissent « les apprécier dans toute leur gloire méchante et colorée ».

Autre prise de position, et non des moindres, celle de Rishi Sunak. Le Premier Ministre britannique estime que les mots de Dahl doivent être « préservés » plutôt que « retouchés », a-t-il fait savoir par l’entremise de son porte-parole lors d’un point presse, ce lundi 20 février.

« Si Dahl nous offense, ne le réimprimons pas », a quant à lui estimé l’écrivain Philip Pullman sur la BBC, soulignant que des millions de ses livres orignaux resteraient en circulation pendant de nombreuses années quels que soient les changements effectués dans de nouvelles éditions.

Outre-Atlantique, Suzanne Nossel, la patronne de « PEN America », une organisation rassemblant 7 000 écrivains pour la liberté d’expression, a jugé que « l’édition sélective pour faire que les mots de la littérature se conforment à des sensibilités particulières pourrait représenter une arme nouvelle dangereuse ».

Une version pour Netflix

« Lors de nouveaux tirages de livres écrits il y a des années, il n’est pas inhabituel de passer en revue le langage utilisé et de mettre à jour d’autres éléments comme la couverture et la mise en page », a affirmé le porte-parole de la Roald Dahl Company, soulignant la volonté de conserver l’histoire, les personnages, « l’irrévérence et l’esprit affûté du texte original ».

En 2020, la compagnie avait effectué un premier lissage des œuvres de Dahl en prévision du rachat de son catalogue par Netflix, l’année suivante. Une précaution justifiée par le passé trouble de l’auteur.

En effet, fin 2020, sa famille avait présenté des excuses pour les propos antisémites tenus par l’auteur il y a 40 ans. Le créateur de « Matilda » et du « Bon Gros Géant » avait notamment fait des déclarations ouvertement antisémites dans une interview au magazine britannique New Statesman en 1983, légitimant l’antisémitisme et semblant trouver des justifications aux crimes d’Hitler.

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