Fête des mères : dans les livres pour enfants, les mères sont-elles vraiment mises à l’honneur ?

<span class="caption">Illustration des &quot;Bons enfants&quot;</span> <span class="attribution"><a class="link " href="https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Segur,_les_bons_enfants,1893_p359.jpg" rel="nofollow noopener" target="_blank" data-ylk="slk:Sophie Rostopchine, comtesse de Ségur (auteur) par François-Fortuné-Antoine Ferogio (illustrateur), via Wikimedia Commons">Sophie Rostopchine, comtesse de Ségur (auteur) par François-Fortuné-Antoine Ferogio (illustrateur), via Wikimedia Commons</a></span>

Voici un fait intéressant sur lequel s’arrêter pour la Fête des mères. Dans les livres destinés aux enfants, le nom commun « mère » est le mot le plus fréquemment utilisé pour désigner des personnages féminins, et ce, depuis le XIXe siècle. Malgré cela, ces mères sont rarement les héroïnes des fictions pour la jeunesse – souvent, elles n’ont même ni nom ni prénom. Elles font partie des seconds rôles et, parfois, elles sont même mortes ou complètement absentes de l’intrigue.

Nous nous sommes penchées sur ces questions de genre dans la littérature de jeunesse en analysant la fréquence de mots comme « mère » dans une sélection de textes allant des contes de Beatrix Potter à des titres contemporains. Comparer des livres du XIXᵉ siècle à des romans d’aujourd’hui nous a permis de comprendre comment la répétition de certains modèles linguistiques traduit une vision sexuée de la société.

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Ce qui s’impose, à la lecture des données du XIXe comme des données plus récentes, c’est l’inégalité des représentations de genre. Quand on examine des paires de mots comme les articles « il » et « elle », les noms « homme » et « femme », l’ampleur du déséquilibre est claire : au XIXe siècle, « il » est deux fois plus fréquent que « elle », et reste 1,8 fois plus fréquent dans les textes récents. Par ailleurs, « homme » apparaît 4,5 fois plus fréquemment que « femme » dans le corpus du XIXe siècle contre 2,8 fois dans les fictions contemporaines.

Stéréotypes de genre

L’éventail de professions occupées par les hommes et les femmes est également révélateur. Dans l’ensemble des occurrences relevées au XIXe siècle, comme on peut s’y attendre, les rôles attribués aux femmes sont très limités : reines, princesses, infirmières, servantes, nounous ou gouvernantes – il n’y a pas beaucoup d’autres options en dehors de cette liste.

Si les bonnes et les gouvernantes sont moins nombreuses dans les textes récents, on y trouve toujours des reines et des princesses. Mais, bien qu’elles soient ouvertes en théorie aux femmes, les professions (de conducteur à médecin, en passant par professeur, officier, espion, patron, juge, fermier, pilote, scientifique ou ministre, pour citer quelques-unes parmi les plus fréquentes) restent largement incarnées par des personnages masculins dans les histoires pour enfants.

C’est un nouvel exemple de ce que l’écrivaine et militante Caroline Criado Perez appelle le « Gender data gap » lorsqu’elle fait ressortir le biais invisible d’un monde conçu pour les hommes. En ce sens, la fiction et le monde réel se ressemblent beaucoup.

Les mères sont d’autant plus mises en avant que le contexte de représentation des sexes est biaisé. Elles sont présentes dans la plupart des textes que nous avons étudiés, et bien plus que d’autres personnages féminins typiques des livres pour enfants comme les sorcières et les reines.

Mères et confidentes

Mais si les mères sont présentes, elles sont rarement au centre de l’histoire et souvent définies par le simple fait d’être la mère de tel ou tel personnage : « La mère de Martha m’a envoyé une corde à sauter. Je saute et je cours », écrit France Hodgson Burnett dans son classique de 1911, Le Jardin secret.

Le rôle des mères est principalement de s’occuper de leurs enfants. « On me connaît pour mes capacités en lecture, que je dois en grande partie à ma mère », écrit Rachel dans son journal intime, dans le roman Back to life, de Joanna Nadin.

Parfois, les règles qu’elles imposent provoquent la colère ou la frustration des protagonistes. « Ma mère a refusé ce que je demandais juste “parce que c’est comme ça” », raconte Rachel dans un autre livre de la même série. Mais les mères sont toujours là pour soutenir leurs enfants comme le démontre la mère de Maya dans une fiction de Tim Bowler :

Maya a continué à pleurer ; « ça va aller », dit sa mère, « ça va aller ».
« ça ne peut pas aller, je suis horrible », dit Maya
« Tu n’es pas horrible », répond sa mère.

Et, comme on peut s’y attendre, les mères sont souvent les personnes auxquelles les enfants se confient. « Normalement, je tiens ma mère au courant de tout ce qui se passe dans ma vie. Mais je ne peux pas lui parler de Jack et de son baiser raté, ni du choc de la voir avec Sybil », dit une héroïne de Julia Clarke.

Si la mère de John, héros de Rhiannon Lassiter, est morte et que son père s’est remarié, elle reste constamment présente dans l’esprit du jeune garçon : « il se souvenait de l’odeur de sa mère, comme des pommes et du savon, de la façon dont elle le prenait dans ses bras pour lui souhaiter bonne nuit. C’étaient de petits souvenirs, mais ils étaient tous à lui. »

Même si les mères restent souvent à l’arrière-plan, sans elles, l’histoire ne serait certainement pas complète. En réalité, elles jouent des rôles bien plus nombreux et variés dans la vie de leurs enfants. Et elles ne sont pas que des mamans.

La version originale de cet article a été publiée sur La Conversation, un site d'actualités à but non lucratif dédié au partage d'idées entre experts universitaires et grand public.

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