"L'idée que si on décroit, on décline" : faut-il s'inquiéter si la France perd des habitants ?

Photo d'illustration d'un nourrisson à la maternité - Fred dufour-AFP
Photo d'illustration d'un nourrisson à la maternité - Fred dufour-AFP

Si la population en France continue d'augmenter, cette croissance ralentit depuis plusieurs années et pourrait amener, à terme, à une baisse du nombre d'habitants dans le pays.

La population française a augmenté de 0,3% en un an, écrit dans son rapport annuel, publié ce mardi, l'Institut national de la statistique et des études économiques (Insee).

Mais il souligne dans le même temps que "le nombre de naissances atteint un point bas historique" dans le pays, et que "le solde naturel, différence entre les nombres de naissances et de décès, atteint son plus bas niveau depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale".

La croissance de la population française semble en effet arriver dans une impasse.

"12 régions ont déjà vu leur population diminuer ces cinq dernières années"

En novembre 2021, dans un rapport sur les projections de population en France d'ici 2070, l'Insee indiquait déjà que si les tendances actuelles se prolongeaient, à partir de 2044 "la population diminuerait à un rythme moyen de 45 000 personnes par an, soit -0,1 % par an".

En Europe, la France reste toutefois pour le moment "l'un des rares pays à voir sa population encore augmenter", explique Didier Breton, professeur de démographie à l'université de Strasbourg et chercheur associé à l'Ined (Institut national d'études démographiques). Le nombre d'habitants a ainsi augmenté "de 0,3 % en 2022, après +0,4 % en 2021 et +0,3 % en 2020", souligne le dernier rapport de l'Insee.

Mais si "l'accroissement démographique de la France augmente toujours, il ralentit", explique Didier Breton.

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Et si la population française continue officiellement de croitre, le sentiment de baisse démographique est déjà ressenti dans certains territoires français.

"Quand on prend les 27 anciennes régions dans l'Hexagone, 12 ont déjà vu leur population diminuer ces cinq dernières années", dans le nord, l'est et le centre du pays, explique Didier Breton. Tandis que la population continue d'augmenter ailleurs, comme sur l'arc Atlantique ou dans le Sud.

La perte d'habitants déjà ressentie par endroits en France

"En Martinique on observe une forte décroissance démographique, c'est un effet grossissant de ce qui se déroule déjà dans les départements en métropole", déclare Didier Breton, "eux vivent en réel ce sentiment de déclin démographique".

Au niveau local en France, la perte d'habitants peut se ressentir sur la présence des services publics. Entre les rentrées 2017 et 2020, le Sénat notait par exemple en 2021 une "forte baisse démographique" avec "la perte de 150.000 élèves dans le premier degré", ce qui représente des fermetures de classes par endroits.

Et cette baisse du nombre d'enfants en France ne promet pas de s'arrêter, car "entre 2015 et 2020, les naissances ont été chaque année de moins en moins nombreuses", écrit l'INSEE. Malgré un rebond en 2021, "le nombre de naissances en 2022 est le plus faible depuis 1946." On compte en France 1,80 enfant par femme en 2022 contre 1,84 en 2021.

Perdre des habitants, c'est avoir moins d'équipements publics ou encore des commerces qui ferment faute de clientèle. Cela représente un enjeu pour les politiques publiques qui doivent s'adapter et prévoir d'autres structures pour conserver un certain équilibre à l'avenir. La question est actuellement sur la table avec la réforme des retraites.

"Le ratio entre inactifs et actifs va se dégrader"

La France va en effet faire face à un vieillissement de la population dans les années à venir. "Les gens issus du baby boom ont aujourd'hui entre 50 et 75 ans, ils ne sont plus en âge de faire des enfants et en ont fait moins que leurs parents", rappelle Vanessa Cantet, spécialiste des questions démographiques et sociales à l'agence d'urbanisme de Brest (Finistère).

La part des personnes âgées dans la population française va donc grossir dans les années à venir. "Actuellement 21% de la population a 65 ans ou plus", indique Isabelle Robert-Bodée, cheffe de la division enquêtes et études démographiques de l'Insee. Mais selon les projections de l'Insee, "en 2040 ils seront 26% (25 à 28% selon les différentes hypothèses) et en 2070 29% de la population aura 65 ans ou plus (24 à 34%)."

Dans les prochaines années, "on va se retrouver avec une population très âgée et donc moins de personnes qui travaillent, ce qui peut créer une forte tension sur l'économie", explique Vanessa Cantet, "il y aura plus de besoins pour prendre en charge les plus âgés, et moins d'actifs".

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"Du fait de la baisse de fécondité, le ratio entre inactifs et actifs va se dégrader", abonde Catherine Scornet, maîtresse de conférences en sociologie-démographie (Aix-Marseille Université/IRD, "moins de naissances aujourd'hui c'est moins d'actifs pour cotiser plus tard". Elle souligne aussi que la baisse de population, "c'est la baisse du nombre de consommateurs", donc potentiellement de la croissance économique.

En Corée du Sud, où l'on trouve le plus faible taux de fécondité de l'OCDE, avec 0,8 enfant par femme en 2021, "la démographie aura, en l’absence de réformes structurantes, une contribution négative à la croissance ces prochaines années", écrit ainsi le ministère de l'Économie français.

"Il y a l'idée que si on décroit, on décline"

Au-delà de ces réalités dues à la perte de population, la décroissance démographique est aussi, dans l'imaginaire collectif, la crainte d'une déchéance. "C'est vécu comme une inquiétude parce que la population fait la force d'un pays dans l'imaginaire collectif, c'est un signe de vitalité", déclare Didier Breton, "il y a l'idée que si on décroit, on décline".

"Le poids d'un pays peut être déterminé par sa population", abonde Catherine Scornet. D'autre part, "les périodes de notre histoire où on a vu des chutes de population sont associées aux guerres et à des épidémies particulièrement meurtrières".

Dans d'autres pays européens, comme la Bulgarie ou la Roumanie, le déclin démographique actuellement en cours est "sans précédent pour un temps de paix", explique ainsi la démographe. Ces États cumulent "une mortalité plus forte que la natalité et une émigration massive" en raison des conditions économiques difficiles.

La baisse du nombre d'habitants est donc fatalement associée à des événements négatifs.

Difficile de prévoir la démographie future

Mais Isabelle Robert-Bodée souligne que si la projection principale de l'Insee se produit, la baisse ne sera pas brutale: la population atteindrait 69,3 millions d'habitants en 2044 et 68,1 millions d’habitants en 2070, "soit 700.000 de plus qu’en 2021", souligne l'INSEE.

Si la tendance au vieillissement et à la baisse de la natalité semble générale, "les chiffres pour 2050 ou 2100 sont des projections et l’avenir n’est évidemment pas écrit", précise ainsi l'Ined. Les projections "sont pertinentes sur une génération, parce que l'on sait combien de personnes sont nées et quand elle seront en âge de procréer", explique Catherine Scornet. Il est toutefois plus difficile de prévoir ce qui se passera ensuite.

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Le solde migratoire des prochaines années est encore plus compliqué à estimer justement, car il peut en partie relever d'événements géopolitiques impossibles à prévoir. L'INSEE révise donc tous les cinq ans ses projections.

Les résultats publiés en 2021 avaient ainsi conduit "à réviser à la baisse les hypothèses" de 2016 écrivait alors l'INSEE, "entraînant une diminution assez sensible de la population projetée à l’horizon 2070."

Article original publié sur BFMTV.com

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