Etats-Unis et UE prennent de nouvelles sanctions contre la Russie

par Steve Holland et Maria Tsvetkova
A Louhansk, devant le siège des services de sécurité ukrainiens (SBU), occupé par les séparatistes pro-russes. En représailles à la politique de la Russie à l'égard de l'Ukraine, les Etats-Unis ont imposé lundi des sanctions contre sept personnalités russes proches du président Vladimir Poutine et contre 17 sociétés. /Photo prise le 28 avril 2014/REUTERS/Vasily Fedosenko

par Steve Holland et Maria Tsvetkova

WASHINGTON/KOSTIANTINIVKA (Reuters) - Les Etats-Unis ont imposé lundi des sanctions contre sept personnalités russes proches du président Vladimir Poutine et contre 17 sociétés en représailles à la politique de Moscou à l'égard de l'Ukraine, tandis que l'Union européenne a ajouté lundi 15 nouveaux noms à la liste des personnalités russes et ukrainiennes visées par des sanctions.

Ce troisième train de sanctions américaines a pour but d'inciter Vladimir Poutine à cesser d'alimenter la rébellion dans l'est de l'Ukraine, a déclaré Barack Obama, qui a dit avoir "en réserve" des mesures plus importantes. Les précédentes sanctions avaient été prises en mars après l'annexion de la Crimée par la Russie.

Parmi les personnalités russes soumises à un gel des éventuels avoirs qu'elles posséderaient aux Etats-Unis et à une interdiction de visa, figurent Igor Setchine, patron de la puissante compagnie pétrolière publique Rosneft, ainsi que le vice-Premier ministre russe Dmitri Kozak. Un autre patron proche de Vladimir Poutine, Sergueï Tchemezov, qui dirige Rostec, une société de haute technologie, est également visé.

En revanche, le patron du géant Gazprom, Alexeï Miller, autre proche du président russe, ne figure pas sur la liste des nouveaux sanctionnés, contrairement à ce que certains observateurs avaient anticipé.

Le principal conseiller économique de Vladimir Poutine, Andreï Beloussov, a déclaré que ces nouvelles sanctions auraient peu d'effet sur l'économie russe et qu'elles ne feraient que renforcer la détermination du Kremlin et de ses alliés.

L'Union européenne, qui a plus à perdre que les Etats-Unis de sanctions contre la Russie - Moscou est un partenaire économique important, a ajouté lundi 15 nouveaux noms à la liste des personnalités russes et ukrainiennes visées par des sanctions.

Cette décision porte désormais à 48 le nombre de personnes concernées par les sanctions européennes - gel des avoirs et interdiction d'entrée dans un pays de l'UE.

L'identité des quinze nouvelles personnes visées ne sera pas rendue publique avant la parution ce mardi du Journal officiel de l'UE.

Le Canada a pour sa part annoncé des sanctions contre neuf personnes et deux sociétés russes.

Les Etats-Unis ont fait savoir qu'ils rejetteraient en outre toute demande d'autorisation d'exporter des équipements de haute technologie susceptibles de renforcer les capacités militaires de la Russie.

Barack Obama a clairement laissé entendre qu'en cas d'intervention militaire de la Russie en Ukraine, les Etats-Unis imposeraient des sanctions sur des pans entiers de l'économie russe, notamment dans le domaine des services financiers, de l'énergie, des métaux et des mines et de la défense.

"L'implication de la Russie dans les dernières violences dans l'est de l'Ukraine est indiscutable", a déclaré la Maison blanche.

ENTRE LA VIE ET LA MORT

Moscou affirme pour sa part que la rébellion menée par les russophones contre les nouvelles autorités qui ont pris le pouvoir à Kiev en février après la destitution du président pro-russe Viktor Ianoukovitch, constitue une riposte purement ukrainienne à un coup d'Etat. La Russie dément avoir des forces à elles en Ukraine.

Sur le terrain, les pro-russes ont poursuivi lundi leur avancée dans l'est de l'Ukraine. Ils se sont emparés du commissariat central et d'un bâtiment administratif à Kostiantinivka, ville industrielle de la région de Donetsk qui a été déclarée république indépendante par les séparatistes.

Par ailleurs, le maire pro-russe de Kharkiv, principale ville de l'est de l'Ukraine, est entre la vie et la mort après avoir essuyé des tirs alors qu'il circulait à bicyclette. Le motif de l'agression n'a pas été rendu public.

De son côté, l'Allemagne a prié la Russie de faire le nécessaire pour obtenir la libération de sept observateurs militaires mandatés par l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) et détenus depuis vendredi par des séparatistes à Slaviansk. Quatre Allemands figurent dans cette équipe. Un premier observateur a été libéré dimanche.

L'ambassadeur russe à l'OSCE, Andreï Kéline, a déclaré que l'OSCE avait été "extrêmement irresponsable" en envoyant des observateurs militaires dans l'est de l'Ukraine. Il a toutefois estimé qu'il fallait qu'ils soient libérés.

L'administration américaine précise que la nouvelle liste de sanctions inclut les très proches de Vladimir Poutine pour pousser le maître du Kremlin à changer d'attitude.

"Le but n'est pas de s'en prendre personnellement à M. Poutine", a déclaré Barack Obama. "Le but est de changer ses calculs en ce qui concerne la façon dont ses actions pourraient avoir des conséquences négatives sur l'économie russe dans la durée."

Quoi qu'il en soit, les mesures prises jusqu'ici ou la menace de mesures n'ont rien fait pour l'instant pour dissuader Vladimir Poutine qui a pu annexer la péninsule ukrainienne de Crimée sans rencontrer d'opposition et qui a massé des milliers de soldats à la frontière russo-ukrainienne.

L'Ukraine a estimé lundi avoir perdu 80 milliards de dollars (près de 60 milliards d'euros) avec l'annexion de la Crimée et elle a annoncé qu'elle allait demander une action juridique contre la Russie.

(Steve Holland et David Sheppard; Bertrand Boucey et Danielle Rouquié pour le service français)