Les amants du couvre-feu : "Au moins une fois par semaine, c’est soirée pyjama chez un de mes amants"

Lucile Bellan
·5 min de lecture
Les amants du couvre-feu
Les amants du couvre-feu

Depuis le samedi 16 janvier, un couvre-feu est obligatoire à 18h dans toute la France. Dans Les amants du couvre-feu, célibataires et amants racontent comment ils arrivent à concilier contraintes sanitaires avec leurs vies amoureuses et sexuelles.

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Avant la pandémie, Eloïse menait sa vie sentimentale et sexuelle de façon très organisée : "Je ne veux plus me mettre en couple. J’ai 42 ans et j’ai déjà beaucoup trop sacrifié d’énergie aux hauts et aux bas de la relation. Maintenant je veux me focaliser sur moi. Cela ne veut pas dire que je ne souhaite plus avoir d’interactions avec des hommes mais simplement que je ne leur accorde que le temps et la disponibilité mentale et physique dont je dispose." Elle voyait donc ses amants et ses sex-friends une à plusieurs fois par semaine selon les périodes et selon ses préférences.

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J’ai quand même beaucoup souffert de la solitude

Mais en mars dernier, tout a été bousculé : "Mon petit système ne fonctionne que s'il est possible de se voir physiquement et surtout de ne pas se rencontrer chez moi par exemple, ou de pouvoir ne pas passer la nuit ensemble. J’ai été prise de court par le confinement et pendant toute sa durée, je me suis retrouvée seule. Je n’ai pas cherché à feinter. Je voulais me protéger et protéger les autres. Je savais que ce que faisais était le mieux mais j’ai quand même beaucoup souffert de la solitude".

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Quand le couvre-feu a été annoncé, nous étions prêts, ou presque

Elle se rattrape pendant l’été et profite de ses vacances pour faire le plein de sensualité partagée : "Mon carnet de bal était plein. Je pense que je n’ai jamais autant eu de rendez-vous. Mais j’en avais besoin. Je me sentais loin de tout, et loin de moi surtout. Cette phase d’insouciance relative m’a permis d’attaquer la rentrée avec sérénité. C’est à ce moment là que j’ai commencé à réfléchir à la suite." On parle en effet avec plus d’instance de deuxième vague et Eloïse n’est pas dupe. Elle sait que la pandémie est loin d’être terminée. Pour elle, plus question de se faire surprendre par une restriction gouvernementale alors elle s’organise : "En temps normal, je ne découche pas. Cela fait partie des règles. Mais je ne supporte pas non plus que quelqu’un dorme chez moi. J’ai pesé les pour et les contre, j’ai fait des concessions. J’ai établi que dormir chez l’autre était moins pire que l’inverse. Et je me suis procuré une attestation employeur pour pouvoir avoir plus de liberté dans mes mouvements. Avant le premier couvre-feu, j’avais eu avec mes amants une grande discussion à propos d’une éventuelle nouvelle organisation. L’un d’entre eux a refusé. Il a préféré privilégier son propre espace à nos rencontres, ce que je respecte puisque je fais pareil. On a convenu qu’on se retrouverait plus tard… ou pas. Deux autres ont accepté. Quand le couvre-feu a été annoncé, nous étions prêts, ou presque."

J’ai simplifié au maximum ma préparation et mon stress, tout en gardant un maximum de confort et d’habitudes

Lors du dernier couvre-feu, Eloïse a fait évoluer une nouvelle fois son organisation : "La première fois, je trimbalais toutes mes affaires chez mes amants mais ce n’était pas vraiment pratique. Là, j’ai investi dans un sac de la bonne taille, dans des affaires faciles à transporter. Au moins une fois par semaine, c’est soirée pyjama chez un de mes amants donc j’au dû investir dans un kit spécial avec du shampoing et des produits de beauté taille voyage, une boîte à brosse à dents, des choses comme ça. Avant je ne venais jamais les mains vides, maintenant je fais livrer mes petites attentions, comme une bouteille de vin, un bon dîner, un bouquet de fleurs. Mon organisation est rodée, j’ai simplifié au maximum ma préparation et mon stress, tout en gardant un maximum de confort et d’habitudes. La distance reste aussi. Avec l’un de mes amants, on ne dort pas ensemble. Je dors dans son lit et lui dans son canapé, à sa demande. Le but c’est que chacun y trouve son compte, dans cette situation tout sauf idéale. Et évidemment, même si on s’arrange un peu avec les recommandations gouvernementales, il n’est pas question de prendre des risques inconsidérés : avant chaque rencontre, on fait maintenant un test antigénique."

Eloïse ne se voit pas continuer à vivre comme ça pendant des mois mais elle a arrangé son quotidien au mieux pour supporter cette épreuve et elle ne le regrette pas : "Je ne me voyais pas choisir la solitude pendant un an. Je ne me vante pas partout d’avoir continué à voir des gens. Mais, à mon petit niveau, je fais attention. Je me suis adaptée, je ne vois pas de nouvelles personnes, je me fais tester. Parce que faire comme si de rien n’était, je ne me voyais pas le faire non plus."

Article : Lucile Bellan

Vidéos : Carmen Barba

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