Le président afghan proclame un cessez-le-feu temporaire

Le président afghan Ashraf Ghani (photo) a proclamé jeudi un cessez-le-feu temporaire couvrant les fêtes religieuses de l'Aïd el Fitr, qui marquent la fin du ramadan. /Photo d'archives/REUTERS/Jeenah Moon (Reuters)

KABOUL (Reuters) - Le président afghan Ashraf Ghani a proclamé jeudi un cessez-le-feu temporaire dans les opérations contre les insurgés taliban qui couvrira les fêtes religieuses de l'Aïd el Fitr, à la fin du ramadan.

Les forces afghanes de sécurité suspendront leurs opérations jusqu'au 20 juin, a-t-il précisé lors d'une allocution télévisée.

Jamais depuis son élection en 2014 le président afghan n'avait proposé de cessez-le-feu sans condition aux taliban.

"Ce cessez-le-feu est une occasion pour les taliban de regarder en eux-mêmes et de voir que leur campagne de violence ne leur permet pas de conquérir les coeurs et les esprits, mais au contraire qu'elle les leur aliène", a-t-il expliqué à la télévision.

"Avec l'annonce de ce cessez-le-feu, nous incarnons la force du gouvernement afghan et la volonté du peuple de parvenir à un règlement pacifique du conflit afghan."

Cette trêve, a-t-il ajouté, ne concerne pas les opérations contre les djihadistes du groupe Etat islamique ou d'Al Qaïda.

Le général John Nicholson, chef des forces américaines en Afghanistan et de l'opération, a pris acte de la décision du président Ghani et s'est engagé à respecter cette trêve visant à "soutenir la recherche d'une fin de conflit".

Le secrétaire général de l'Otan, Jens Stoltenberg, a salué la décision de Kaboul et invité les taliban à observer également un cessez-le-feu.

"Les taliban ne l'emporteront pas sur le champ de bataille. La seule manière pour eux de parvenir à une solution est de s'asseoir à la table des négociations", a-t-il dit.

Le représentant spécial du président russe Vladimir Poutine en Afghanistan, Zamir Kaboulov, s'est félicité de cette trêve tout en doutant qu'elle serait observée par les taliban.

L'annonce d'Ashraf Ghani fait suite à une réunion en début de semaine à Kaboul d'oulémas venus de tout le pays qui ont adopté une fatwa contre les attentats suicide, contraires selon eux aux principes de l'islam, et recommandé ce cessez-le-feu.

Ghani a apporté son soutien à cette fatwa. Le rassemblement religieux a été la cible d'un attentat suicide revendiqué par l'EI qui a fait 14 morts.

En février dernier, le président afghan avait proposé une forme de reconnaissance des taliban dans le cadre d'un processus politique qui, disait-il alors, pourrait aboutir à des négociations à même de mettre fin à seize années de conflit.

Renversés fin 2001 à la suite des attentats du 11-Septembre, préparés en Afghanistan, les taliban luttent depuis pour reprendre le pouvoir.

Sur la seule année 2017, les violences ont tué ou blessé plus de 10.000 civils afghans.

Les taliban n'ont fait pour l'heure aucun commentaire.

L'initiative du président a été par ailleurs accueillie avec scepticisme par certains. Pour l'ancien général Atiqullah Amarkhel, ce cessez-le-feu pourrait permettre aux insurgés de gagner du temps et de regrouper leurs forces.

"D'un point de vue militaire, ce n'est pas une bonne décision", a-t-il dit à Reuters. "Cela va donner à l'ennemi l'occasion de se préparer à de nouvelles attaques."

Un observateur international basé à Kaboul a parlé pour sa part d'"une histoire d'amour à sens unique".

(Hamid Shalizi et Rupam Jain; Henri-Pierre André et Jean-Stéphane Brosse pour le service français)