Le chef des insurgés Rohingyas s'engage à poursuivre la lutte

par Antoni Slodkowski
Des enfants de la communauté des Rohingyas. Le chef d'un groupe d'insurgés de la communauté des Rohingyas a promis vendredi de poursuivre la lutte contre les autorités birmanes même si "un million" de Rohingyas devaient y laisser la vie. /Photo d'archives/REUTERS/Mohammad Ponir Hossain

par Antoni Slodkowski

RANGOUN (Reuters) - Le chef d'un groupe d'insurgés de la communauté des Rohingyas a promis vendredi de poursuivre la lutte contre les autorités birmanes même si "un million" de Rohingyas devaient y laisser la vie.

Dans un entretien accordé à Reuters, il a invité la dirigeante du pays et ancien prix Nobel de la paix, Aung San Suu Kyi, à prendre toutes les mesures nécessaires pour protéger les membres de cette minorité musulmane.

Plus de 75.000 Rohingyas ont fui au Bangladesh depuis le mois d'octobre quand ont été déclenchées des opérations de l'armée dans l'Etat d'Arakan (nord), dont l'Onu a critiqué la nature évoquant de possibles crimes contre l'Humanité.

Ces raids de l'armée ont fait suite à des attaques de postes de police à la frontière avec le Bangladesh.

Ata Ullah, que les spécialistes de la question et la population ont identifié comme le leader de l'insurrection, a démenti avoir des liens avec des groupes islamistes étrangers, assurant que son seul combat était pour les droits des Rohingyas, qui s'estiment persécutés par la majorité boudhiste.

"Si nous n'obtenons pas la reconnaissance de nos droits, si un million, 1,5 million, tous les Rohingyas doivent mourir pour cela, nous mourrons", a-t-il déclaré lors de sa première interview accordée à un organe de presse indépendant, entretien effectué par vidéo d'un endroit qui n'a pas été précisé.

"Nous allons lutter pour nos droits. Nous allons combattre ce cruel gouvernement militaire", a-t-il ajouté.

RESPECT DE LA LOI

Les 1,1 million de Rohingyas installés en Birmanie sont considérés comme des immigrés clandestins venus du Bangladesh par nombre de bouddhistes birmans. Ils ne peuvent avoir la nationalité birmane. Leurs déplacements sont soumis à de sévères restrictions et ils n'ont souvent pas accès aux soins.

Sollicité pour une réaction, le porte-parole d'Aung San Suu Kyu, Zaw Htay, a estimé que personne n'était au-dessus des lois. "S'ils nous attaquent violemment, nous riposterons de la même façon. Nulle part dans le monde on ne tolérerait des actes violents" de ce genre, a-t-il ajouté.

Le groupe que dirige Ata Ullah a été constitué par des Rohingyas vivant en Arabie saoudite après l'éruption des premières violences contre la communauté en 2012.

Il a expliqué que des décennies de mauvais traitements avaient convaincu des centaines de jeunes Rohingyas de rejoindre son groupe après son retour à Arakan au terme de plusieurs années passées au Bangladesh et en Arabie saoudite.

Contrairement à ce que le gouvernement affirme, il a assuré que son groupe n'entretenait aucune relation avec le moindre mouvement à l'étranger. "Aucun groupe ne nous aide, que ce soit ici ou à l'étranger. Nous survivons en vendant des vaches et des boeufs", a-t-il dit.

Le groupe, qui s'appelait à l'origine Harakah al Yakin (Mouvement de la foi en arabe), a fait savoir cette semaine qu'il avait changé de nom et s'appelait désormais l'Armée du salut des Rohingyas d'Arakan.

(Gilles Trequesser por le service français)

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