Le souverain saoudien désigne son fils comme prince héritier

par Stephen Kalin et William Maclean
Le prince héritier saoudien Mohammed bin Nayef va être remplacé à ce poste par l'actuel vice-prince héritier Mohammed bin Salman (photo), selon un décret royal publié mercredi, qui fait du fils de 31 ans du roi Salman le prochain dirigeant de l'Arabie saoudite. /Photo prise le 11 avril 2017/REUTERS/Bandar Algaloud

par Stephen Kalin et William Maclean

DUBAI (Reuters) - Le prince héritier saoudien Mohammed bin Nayef va être remplacé à cette dignité par l'actuel vice-prince héritier Mohammed bin Salman, selon un décret royal publié mercredi, qui fait du fils de 31 ans du roi Salman le prochain dirigeant de l'Arabie saoudite.

Mohammed bin Salman devient également vice-Premier ministre tout en conservant ses portefeuilles actuels, dont celui de la Défense, est-il précisé dans le décret, publié par l'agence de presse publique SPA.

Mohammed bin Nayef, qui a été pendant des années chargé des services du contre-terrorisme du pays, est relevé de toutes ses fonctions.

En tant que vice-prince héritier, Mohammed bin Salman a notamment été chargé de la guerre que mène l'Arabie saoudite contre des milices chiites houthis au Yémen, de la politique énergétique du pays et des projets du royaume pour l'après-pétrole.

La désignation de Mohammed bin Salman a été approuvée par le Conseil d'allégeance, chargé de déterminer la succession au trône, et le roi a appelé ses sujets à un serment de fidélité à son fils mercredi soir à la Mecque, a rapporté la chaîne Al Arabiya.

FULGURANTE ASCENSION

Pour Bernard Haykel, spécialiste du Proche-Orient à Princeton, la décision du roi avait pour but de clarifier l'ordre de succession au trône afin d'éviter une lutte de pouvoir entre son fils et Mohammed bin Nayef.

"C'est clairement une transition intervenue en douceur et sans effusion de sang... Il y aura beaucoup plus de clarté sur la question de la succession désormais", a-t-il dit.

"Certains avaient prédit que cela pourraient provoquer une division au sein de la famille régnante, des tensions et même une rébellion."

Un haut responsable saoudien a dit que la décision avait été prise au regard de ce qu'il a qualifié de circonstances spéciales soumises au Conseil d'allégeance et il a ajouté que Mohammed bin Nayef l'avait soutenue dans un courrier adressé au roi.

Si la promotion de Mohammed bin Salman était attendue dans les cercles proches du pouvoir saoudien, la rapidité de son ascension et de la mise à l'écart de ses cousins plus en vue n'en a pas moins surpris.

Elle intervient après deux années et demi de profonds changements dans le royaume qui avait pris ses alliés de court en 2015 en se lançant dans une campagne militaire au Yémen, en revenant sur sa généreuse politique de subventions à ses administrés ou en annonçant la privatisation partielle d'Aramco, le groupe pétrolier public, l'année suivante.

VASTE PLAN DE REFORMES

Mohammed bin Salman, surnommé MbS, avait lancé l'année dernière Vision 2030, un vaste plan de réformes destiné selon ses propres termes, à mettre fin à "l'addiction au pétrole" du pays et à s'attaquer enfin aux défis de long terme que Riyad n'était pas parvenu à régler.

Des économistes ont souligné que la promotion du prince Mohammed devrait garantir la poursuite des réformes destinées à diversifier l'économie du pays.

"Nous n'attendions pas de changements dans la conduite de la politique du pays sur les questions clés, y compris dans le domaine économique, le prince Mohammed bin Salman ayant déjà conduit la politique économique et donné l'impulsion pour transformer et libéraliser l'économie", a dit Monica Malik, économiste à l'Abu Dhabi Commercial Bank.

Jusqu'à l'accession au trône de son père Salman bin Abdelaziz Al Saoud en janvier 2015, le prince Mohammed, n'était guère connu en dehors du royaume dont il était devenu l'incontournable éminence grise.

Il a affirmé sa stature internationale en multipliant les interviews dans les médias occidentaux au cours des douze derniers mois tandis que ses portraits ont fleuri à travers le pays parallèlement à son emprise grandissante sur de nombreux rouages du pouvoir saoudien.

Ministre de la Défense et à ce titre supervise l'un des plus gros budgets militaires au monde, il sera tenu pour responsable en dernier ressort de l'issue de l'opération militaire sans précédent menée au Yémen.

Il dirige aussi le Conseil pour les affaires économiques et de développement, qui réunit chaque semaine les ministres en charge des questions économiques et sociales, touchant aussi bien à l'éducation qu'à la santé ou au logement.

Il a aussi la haute main sur Aramco, dont il préside le conseil de surveillance, ce qui en fait le premier membre de la famille royale à superviser directement la compagnie pétrolière nationale longtemps chasse-gardée de technocrates.

Mais il est surtout le point de passage obligé pour accéder à son père, le roi Salman, qui reste le décisionnaire ultime dans toutes les affaires de l'Etat.

Sur la scène internationale, la rapide montée en puissance du prince Mohammed et les changements soudains apportés aussi bien dans la politique régionale, économique et dans le domaine de l'énergie ont rendu plus imprévisible un pays longtemps regardé par ses partenaires comme un allié prévisible.

Au sein du royaume, les initiatives du prince ont suscité une certaine admiration en particulier au sein de la jeunesse qui voit dans son ascension celle d'une nouvelle génération dans un pays que ses traditions patriarcales avaient transformé en gérontocratie.

(Benoit Van Overstraeten et Marc Joanny pour le service français, édité par Nicolas Delame)

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