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La Centrafrique veut muscler le mandat de la Minusca

par Marine Pennetier PARIS (Reuters) - Les Etats d'Afrique centrale vont demander à l'Onu de renforcer le mandat de la Minusca, sa force de maintien de la paix en Centrafrique, afin d'assurer la sécurité du processus électoral qui doit permettre au pays de tourner la page de plus de deux ans de violences intercommunautaires, a déclaré le Premier ministre de transition centrafricain. La communauté économique des Etats d'Afrique centrale (CEEAC) va envoyer "dans les tout prochains jours" une délégation au siège au conseil de sécurité de l'Onu "pour demander de renforcer les moyens d'action de la Minusca en lui donnant un mandat offensif", souligne Mahamat Kamoun dans une interview à Reuters, à Paris où il se trouvait pour la COP21. "Nous avons dépassé le cadre d'une opération de maintien de la paix, c'est une guérilla urbaine, on a affaire à des anciens rebelles, anciens militaires qui sont aguerris au maniement des armes", ajoute-t-il. La situation actuelle est "préoccupante" : "si on n'arrive pas à mettre hors d'état de nuire les groupes armés, ils peuvent créer des tensions dans le but de faire peur aux électeurs". Quelque 11.000 militaires et policiers de la force des Nations unies sont actuellement déployés en Centrafrique aux côtés des 900 hommes du contingent de la force française Sangaris, qui est intervenue en décembre 2013 pour mettre un terme aux massacres entre chrétiens et musulmans. Deux ans plus tard, la situation sécuritaire reste précaire. Une nouvelle vague de violences fin septembre a entraîné le report des élections législatives et présidentielle dont le premier tour a finalement été fixé au 27 décembre avec un éventuel second tour le 31 janvier. Un référendum constitutionnel est quant à lui prévu pour le 13 décembre. "Techniquement, au jour d'aujourd'hui, les conditions (de la tenue des élections à cette date-NDLR) sont réunies", indique le Premier ministre. BOZIZÉ CANDIDAT, "PROVOCATION" Une quarantaine de candidats se seraient à ce stade enregistrés pour la présidentielle. Parmi eux, l'ex-président centrafricain François Bozizé, dont le renversement en mars 2013 par les rebelles de l'ex- Séléka, à majorité musulmane, avait plongé le pays dans une spirale de violences intercommunautaires. A ce jour, le conflit a fait plusieurs milliers de morts et déplacés. Le dépôt de candidature de François Bozizé, visé par des sanctions onusiennes pour avoir apporté son soutien aux milices chrétiennes anti-Balaka, est "une forme de provocation", déclare Mahamat Kamun, qui estime qu'il y a peu de chances que sa candidature soit validée par la cour constitutionnelle le 8 décembre. Face aux risques de remous que pourrait susciter l'invalidation de sa candidature, les autorités de transition ont notamment prévu des mesures de protection pour les juges de la Cour constitutionnelle et un renforcement policier. "Nous sommes conscients que le 8 décembre sera une date très sensible", souligne le chef du gouvernement. Mais "la RCA doit aller de l'avant, on ne doit pas reculer, le Burkina Faso vient de donner un bel exemple", en référence à l'élection présidentielle de dimanche qui s'est déroulée dans le calme un an après la chute de Blaise Compaoré. Quant à la force française Sangaris, dont les effectifs seront maintenus à 900 hommes pendant la période électorale, elle a "encore un rôle à jouer", estime-t-on à Bangui. "Un retrait subit ou prématuré des forces Sangaris peut laisser le champ libre à toutes ces forces négatives, on le voit déjà au Tchad, au Cameroun", visés par des attaques de Boko Haram, souligne Mahamat Kamoun. (Edité par Yves Clarisse)