L'œuvre de Michel Ocelot, le réalisateur de "Kirikou et la Sorcière", célébrée au festival d'Annecy

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Michel Ocelot en 2018 - Yohan Bonnet
Michel Ocelot en 2018 - Yohan Bonnet

Artiste majeur de l’animation française, Michel Ocelot est l'auteur de films comme Kirikou et la Sorcière (1998), Azur et Asmar (2006) et Dilili à Paris (2018). Son œuvre, récompensée par deux César, et reconnaissable par son goût pour les contes, les théâtres d'ombres et les personnages parlant de manière très distincte, n'a jamais fait l'objet d'une grande rétrospective.

Le Musée-Château d’Annecy, qui conserve une importante collection de cinéma d’animation, rend enfin hommage à cette personnalité espiègle, qui bouscule les pratiques de l'animation. Son univers est décrypté dans Michel Ocelot, artificier de l’imaginaire, exposition organisée en parallèle de la soixantième édition du Festival d'animation de la ville (14-19 juin), et ouverte au public jusqu'au 11 octobre.

L'occasion idéale de revenir sur le parcours d'un artiste qui n'a eu de cesse d'évoluer au fil des années, en changeant à chaque film, ou presque, de procédé stylistique, et de découvrir les méthodes de travail d'un réalisateur qui "maîtrise tous les aspects de la création de ses films", rappelle Yaël Ben Nun, commissaire de l'exposition. Spécialiste du cinéma d'animation, elle revient pour BFMTV sur l'importance du cinéma de Michel Ocelot, et sur quelques-uns des 400 trésors montrés à Annecy.

Michel Ocelot est un conteur. En quoi bouscule-t-il les pratiques courantes de l’animation?

Michel Ocelot se définit lui-même comme cinéaste-conteur et il accorde une grande importance à l’histoire et aux messages que ses contes animés véhiculent. Mais autant d’attention est apportée à l’animation. Son style unique répond d’abord à son désir de créer de belles images. Durant la première partie de sa carrière, jusqu’à Kirikou, la technique du papier découpé domine. C’est avec cette technique que se mettent en place les codes qui forment son style et qui traversent son œuvre. Je pense que l’une des spécificités de son approche de l’animation réside dans sa manière de "plier" les techniques à son langage. Ceci est particulièrement évident dans son travail sur Azur et Asmar (2006) où il associe le plat et le volume dans un film réalisé en images de synthèse. Son approche graphique va ainsi à l’encontre des tendances de l’époque, où les films d’animation en images de synthèse cherchent à simuler la réalité par le volume, les textures ou encore l’éclairage. Michel Ocelot, au contraire, tient à conserver et à rendre visible l’artifice de la représentation. Ses films questionnent ainsi régulièrement les pratiques courantes dans l’animation.

Quel est le parcours de Michel Ocelot avant de réaliser Kirikou? Dans quelles mesures le succès de Kirikou a-t-il changé sa carrière?

Durant la première partie de sa carrière, jusqu’à la sortie de Kirikou (1998), Michel Ocelot réalise plusieurs courts métrages et deux séries (La Princesse insensible (1984) et Ciné Si (1989)). Ses films obtiennent la reconnaissance de la profession: Les 3 inventeurs (1979) est récompensé par le BAFTA du meilleur film d’animation, et La Légende du pauvre bossu (1982) par le César du meilleur court métrage d’animation. Pourtant, il s’agit d’une période marquée par les difficultés financières et la frustration de ne pas avoir les moyens de réaliser les films qu’il souhaite. Le succès de Kirikou permet à son auteur de sortir de la précarité et d’accéder à de nouveaux moyens et de nouveaux outils.

D'où lui vient ce goût pour les théâtres d'ombres?

Le goût pour les théâtres d’ombres ne lui vient pas tout de suite, même si dès sa série Gédéon (1975) on trouve dans ses films des images en silhouettes noires. Il raconte avoir pris conscience de leur potentiel lorsqu'il s'occupait des ateliers d'animation pour des enfants à Odense (Danemark). La qualité du travail réalisé par ces enfants et l’importance du métrage qu’ils ont produit en si peu de temps l’auraient convaincu. Cette technique répondait à la fois à ses contraintes financières de l’époque et à sa poursuite de la production de belles images.

Que découvre-t-on sur la carrière de Michel Ocelot dans les documents présentés dans l'exposition?

Michel Ocelot nous a ouvert les portes de ses archives. Ainsi, l’exposition permet aux visiteurs de découvrir de nombreuses pièces inédites. Les œuvres sélectionnées révèlent les liens forts entre le parcours personnel du cinéaste et ses films et expose les principes graphiques qui caractérisent son œuvre et définissent son style. Parmi mes pièces préférées, une série de feuilles modèles conçues pour ses contes en silhouettes qui évoquent, par leur forme, des patrons de couture. Au-delà de la beauté de ces pièces, elles révèlent la minutie et la précision du travail de Michel Ocelot.

Qu'apprend-on dans l'exposition sur son nouveau film Le Pharaon, le Sauvage et la Maîtresse des Confitures?

Nous avons la chance de pouvoir offrir aux visiteurs un premier aperçu du nouveau film de Michel Ocelot, Le Pharaon, le Sauvage et la Maîtresse des Confitures à travers une sélection faite par le cinéaste de quelques œuvres numériques, accompagnées d’un entretien où l’artiste nous parle des approches visuelles choisies pour ce projet.

Article original publié sur BFMTV.com

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