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L’ONU pointe du doigt la France pour ses violences envers les militants écologistes

Après avoir visité le chantier de l’A69 entre Castres et Toulouse, le rapporteur de l’ONU sur les défenseurs de l’environnement, Michel Forst, a rendu son rapport.

Des manifestants fuient les forces de l’ordre qui s’approchent d’une « zone à défendre » (ZAD) occupée par des militants contre le projet d’autoroute A69 reliant Toulouse et la ville de Castres, le 15 février.

ENVIRONNEMENT - « On ne répond pas à la souffrance en envoyant des CRS », assurait fin janvier le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin. Tenue dans le contexte des blocages d’agriculteurs en colère, la petite phrase avait immédiatement fait réagir d’autres manifestants, à commencer par les militants pour le climat. Indignés, ces derniers avaient alors partagé photos et témoignages de violentes répressions de leurs actions.

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Dans un rapport publié ce mercredi 28 février, l’ONU dénonce à son tour le traitement des militants écologistes par les autorités en Europe, et en particulier en France. Le document est rédigé par le rapporteur spécial sur les défenseurs de l’environnement, Michel Forst, qui rendait justement visite il y a quelques jours à la ZAD de la Crem’Arbre, à Saïx, où les activistes luttent contre le projet d’autoroute A69.

Michel Forst a pour mission de veiller « à ce que les personnes qui exercent leurs droits (...) ne soient en aucune façon pénalisées, persécutées ou soumises à des mesures vexatoires en raison de leur action », selon les Nations unies. Et son constat sur la France est alarmant. Son rapport évoque tour à tour violences policières, harcèlement, criminalisation et peines abusives.

L’écoterrorisme, ou la criminalisation du mouvement écolo

Le rapporteur de l’ONU fait tout d’abord remarquer qu’en France, les militants écologistes sont régulièrement criminalisés. Il regrette ainsi que « des personnalités publiques, notamment des représentants de partis politiques, des parlementaires et même des ministres, (aient) qualifié les mouvements environnementaux de “dictature”, d “écoterroristes”, ou encore de” “menace pour la démocratie” ».

« Il semble être devenu acceptable de comparer les manifestations perturbatrices, telles que les barrages routiers ou l’occupation d’un chantier de construction, au crime organisé, au terrorisme, à la violence et aux meurtres de civils », ajoute-t-il. Problème : de tels discours légitiment « le recours excessif à la force par les forces de l’ordre ».

Michel Forst insiste aussi sur le rôle des médias qui relaient de tels discours politiques et utilisent des propos « diffamatoires » pour décrire les défenseurs de l’environnement et leurs actions. « Ils se concentrent sur les perturbations provoquées par les manifestations et ne parviennent pas à expliquer de manière adéquate les raisons pour lesquelles les manifestants ont recours à de telles actions », constate-t-il.

Répression disproportionnée et violences policières

Le rapporteur poursuit son constat et dresse un tableau glaçant du traitement des manifestants par les autorités françaises. Il évoque d’abord des contrôles d’identité, des fouilles injustifiées, ou la saisie de biens lors de manifestations pacifiques et autorisées. Pour lui, cela relève du harcèlement.

Viennent ensuite les violences physiques : « en France, des policiers ont battu des manifestants pacifiques, y compris des manifestants déjà écroulés sur le sol ». « L’usage excessif de la force pour disperser des manifestants pacifiques a fait de nombreux blessés », ajoute-t-il. S’il ne cite pas directement d’évènement, ses propos font écho aux répressions des actions des Soulèvements de la Terre ou encore de Dernière Rénovation.

Plus encore, en France, l’utilisation de gaz lacrymogène et de lanceurs de balles de défense (LBD) est devenue si fréquente que les militants se rendent aux manifestations avec des protections : « masques de plongée, foulards, solutions salines, etc. ».

Pressions administratives, filatures…

Enfin, plusieurs manifestants ayant participé à des actions pacifiques de désobéissance civile se retrouvent trop souvent avec des amendes, utilisées comme des « alternatives aux poursuites », regrette Michel Forst. Ces amendes sont imposées par un procureur, sans l’intervention d’un juge, et comprennent souvent une interdiction de séjour de six mois dans la ville où la manifestation a eu lieu.

Il ajoute qu’en France, comme en Pologne et en Espagne, des défenseurs de l’environnement ont pu être pris en filature par la police, suivis jusqu’à leur domicile, ou ont pu voir leurs téléphones être mis sur écoute. En conclusion, le rapporteur adresse un message clair au gouvernement, qui doit « respecter ses obligations internationales en matière de liberté d’expression, de réunion pacifique et d’association (...) et cesser immédiatement d’utiliser des mesures conçues pour lutter contre le terrorisme et la criminalité organisée à l’encontre des défenseurs de l’environnement ».

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