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L’Icon of the Seas, le plus gros paquebot de croisière au monde, est aussi un greenwashing monumental

ENVIRONNEMENT - C’est le plus gros navire de croisière au monde et il se veut « écologique ». Le paquebot Icon of the Seas, de la compagnie américaine Royal Caribbean, s’est élancé samedi 27 janvier depuis Miami pour effectuer sa première croisière.

L’Icon of the Seas, le plus grand paquebot du monde, s’est jeté à l’eau pour la première fois

Une inauguration en grande pompe a d’ailleurs eu lieu plus tôt dans la semaine, en compagnie de Lionel Messi, pour fêter l’événement. Mais comment un tel mastodonte peut-il vraiment respecter l’environnement ? La réponse est simple : il ne peut pas.

Le GNL, le carburant miracle ?

L’Icon of The Seas fait 365 mètres de long, c’est-à-dire qu’il dépasse la Tour Eiffel de 35 mètres. Il peut accueillir près de 8 000 personnes à bord, dispose de 7 piscines, d’une vingtaine de restaurants, d’une salle de spectacle et un « Central Park » y a même été recréé. Autant vous dire que c’est une petite ville à lui tout seul.

Royal Caribbean met en avant l’utilisation de Gaz naturel liquéfié (GNL) comme carburant. À l’heure où nous devons pourtant drastiquement réduire nos émissions de gaz à effet de serre pour limiter le réchauffement climatique, le GNL serait-il donc la solution miracle ?

« Le GNL est moins polluant que le carburant maritime classique parce que ce ne sont pas les mêmes émissions. Par contre, en aucun cas le GNL est un carburant durable, car il s’accompagne d’émissions de méthane et de CO2, qui sont des gaz à effet de serre », explique Ines Bouacida, chercheuse climat-énergie à l’Institut du développement durable et des relations internationales (IDDRI).

Le méthane, l’autre gaz à effet de serre

Si le GNL n’est pas aussi écolo que Royal Caribbean nous laisse penser, c’est à cause de la manière dont il est extrait, mais aussi des fuites générées lors de son utilisation. Ce gaz est contenu dans des poches formées dans la roche de schiste. Aux États-Unis, on le récupère par fracturation hydraulique, une méthode très polluante, interdite en France.

Lorsqu’ils utilisent du GNL, les navires libèrent d’importantes quantités de méthane. Or c’est un gaz à effet de serre 80 fois plus puissant que le CO2 sur une période de 20 ans.

« La question qu’il faut se poser c’est : dans un système à long terme, bas en émission, est-ce que cette technologie est compatible ? La réponse est non », estime Ines Bouacida auprès du HuffPost.

Cependant, cela n’empêche pas Royal Caribbean d’assurer sur son site officiel que l’entreprise réussira à construire un navire à zéro émission nette d’ici 2035, c’est-à-dire dans un peu plus de 10 ans.

Les carburants alternatifs

Ce qui semble être une promesse difficile à tenir entraîne une autre question : existe-t-il des alternatives pour que le secteur maritime soit véritablement moins polluant ?

« Le secteur maritime est très difficile à décarboner, explique Ines Bouacida. Dans les solutions fondamentales pour y arriver, on parle de diminuer la demande d’abord, faire circuler moins de bateaux ou du moins différemment. On pourrait utiliser d’autres carburants, comme les biocarburants, fabriqués à partir de matière organique ; ou de l’hydrogène, qui serait lui-même fabriqué à partir d’électricité propre, c’est-à-dire via des énergies renouvelables ou du nucléaire ».

Ainsi par sa taille, tout comme par le GNL qu’il utilise, l’Icon of the Seas est encore bien loin d’en arriver là. Par ailleurs, Royal Caribbean n’a pas très bonne réputation lorsqu’il s’agit d’environnement. L’association Les Amis de la Terre fait chaque année un classement des différentes compagnies de croisière et lors de son dernier rapport sorti en 2022, elle a classé Royal Caribbean dans les trois derniers.

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