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L’affaire GameStop était difficile à suivre, « Dumb Money » en fait une comédie fun et actuelle

« Dumb Money » se joue du contraste entre les boursicoteurs amateurs et les requins de Wall Street.
Metropolitan Films « Dumb Money » se joue du contraste entre les boursicoteurs amateurs et les requins de Wall Street.

CINÉMA - On tient peut-être le film le plus drôle de l’année et il parle du marché boursier. Dumb Money est un combo explosif : il réussit l’exploit de rendre la finance sexy, à commencer par une scène d’ouverture magistrale sur WAP de Cardi B. Le film de Craig Gillespie, sorti au cinéma ce mercredi 29 novembre, revient sur une histoire vraie : l’affaire GameStop.

En janvier 2021, alors que le monde s’habituait aux masques, au télétravail et aux danses TikTok, une armée de traders amateurs a fait grimper le cours d’une action et trembler Wall Street. Même sans rien comprendre à la finance, Dumb Money est une comédie exubérante qui se paie la tête des ultra riches, comme en démontre le « Cher Wall Street » accompagné d’un doigt d’honneur sur l’affiche.

Car plus qu’une bataille entre boursicoteurs et gros investisseurs, l’affaire GameStop s’est transformée en lutte des classes. Dumb Money fait le portrait de cette Amérique divisée, avec un casting cinq étoiles : Paul Dano, Seth Rogen, Shailene Woodley, Pete Davidson, America Ferrera et Sebastian Stan pour ne citer qu’eux.

L’affaire GameStop pour les nuls

En 2020, Keith Gill (joué par Paul Dano) travaille pour une entreprise d’assurance-vie dans le Massachusetts, où il vit avec sa femme (Shailene Woodley) et leur fille. À ses heures perdues, il investit des petites sommes en Bourse et partage ses analyses sur Internet, sous les pseudos DeepFuckingValue et RoaringKitty. Son action préférée est GME, celle de la chaîne de magasins GameStop dont il est persuadé qu’elle sous évaluée.

Avec la vente de jeux en ligne et la pandémie, les traders professionnels parient, eux, sur le fait que GameStop va dégringoler. Et dans le monde de la Bourse, le malheur d’une entreprise fait le bonheur des fonds d’investissement grâce à la vente à découvert. Cette stratégie consiste à vendre des actions qu’ils ont empruntées pour les racheter plus tard lorsque leur prix aura baissé.

Plusieurs gros investisseurs ont acheté des actions GameStop à court terme, pensant s’en mettre plein les poches quand leur cours se sera effondré. C’est le cas de Melvin Capital, dont le dirigeant Gabe Plotkin est joué par Seth Rogen dans le film. Mais le cours de l’action GME ne s’est pas effondré. Il a au contraire explosé, atteignant 483 dollars à son pic le 28 janvier 2021. Tout ça à cause, ou grâce à, des millions d’Américains lambda, qui se sont mis à acheter des actions GameStop, suivant l’exemple de Keith Gill sur Reddit.

Certains les ont revendues au moment opportun et y ont gagné. D’autres ont attendu, ou même surenchéri, pour continuer de faire monter le cours de l’action et réaliser un « short squeeze ». Le but : faire perdre beaucoup d’argent aux fonds d’investissement qui avaient parié contre GameStop.

Wall Street vs la classe populaire

Entre les live stream de RoaringKitty rejoués par Paul Dano, l’insert de vidéos TikTok et de commentaires Reddit, Dumb Money montre comment un mouvement de résistance est né en ligne, sorte d’Occupy Wall Street 2.0. Mais à travers ses personnages secondaires, le film rappelle aussi à quel point ces traders justiciers avaient gros à perdre. America Ferrera joue une infirmière qui met toutes ses économies dans GameStop, alors qu’elle n’a pas de quoi payer les soins dentaires de ses enfants.

Talia Ryder interprète une étudiante, elle aussi criblée de dettes, et Anthony Ramos, un jeune vendeur chez GameStop à Détroit, l’une des villes les plus pauvres des États-Unis. Même le personnage de Paul Dano, Keith Gill, pourtant en théorie millionnaire au moment du pic du cours de l’action, fait partie de la classe moyenne. Et son petit frère (Pete Davidson en idiot de service) livre des repas à vélo.

Le contraste est saisissant avec les requins de la finance qui dépensent des millions en un clic depuis leur villa à Miami ou le restaurant d’un hôtel de luxe. Le personnage de Seth Rogen perd 7 milliards de dollars à cause du short squeeze. Mais après l’avoir vu hurler de colère au début du film car son terrain de tennis privé n’a pas été construit avant la fin du confinement, difficile d’éprouver de l’empathie.

« Dumb Money » n’a pas une fin heureuse

Malgré l’euphorie ressentie lors du short squeeze, renforcée par la bande-son impeccablement choisie (Savage de Megan Thee Stallion, Humble de Kendrick Lamar et le classique Seven Nation Army des White Stripes, entre autres), la fin du film nous laisse sur un sentiment d’injustice. Car les loups de Wall Street ne se sont pas laissés faire.

Une magouille entre le fonds d’investissement Citadel et l’application de courtage Robinhood a empêché les particuliers de revendre leurs actions GameStop avant qu’elles ne s’effondrent, mais pas les professionnels. De nombreux traders amateurs ont perdu des milliers de dollars. Les patrons des fonds d’investissement roulent, eux, toujours sur l’or.

Dumb Money se termine sur une reconstitution, puis avec les vraies auditions le 18 février 2021 devant le Congrès américain. Les parlementaires, dont Alexandria Ocasio-Cortez, appellent à interdire la vente à découvert et semblent intransigeants avec les patrons des hedge funds.

Mais trois ans plus tard, encore personne n’a été condamné et aucune régulation mise en place. L’affaire GameStop a secoué Wall Street mais ne l’a pas renversé. À défaut, elle reste une très bonne histoire à regarder dans Dumb Money.

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