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L’actrice Sarah Grappin accuse le cinéaste Alain Corneau d’agression sexuelle et de viols

Sarah Grappin a décidé de prendre la parole après les témoignages de Judith Godrèche et Vanessa Springora.

C’est un nouveau témoignage fort livré en pleine nouvelle vague #MeToo dans le cinéma français. L’actrice Sarah Grappin dévoile ce mardi 13 février dans L’Obs sa relation sous emprise avec le réalisateur Alain Corneau, qu’elle accuse de viols et agression sexuelle.

Le témoignage de Judith Godrèche au sujet de Benoît Jacquot en dit beaucoup sur les ressorts de l’emprise

Si elle s’est longtemps tue, Sarah Grappin a eu le déclic en voyant Judith Godrèche prendre la parole et en lisant Le Consentement de Vanessa Springora. Deux histoires presque identiques à la sienne, d’adolescentes manipulées par des hommes qui avaient le double voire le triple de leur âge.

Pour Sarah Grappin, tout commence sur le plateau de son premier film Le Nouveau Monde en 1994. Elle avait 15 ans, Alain Corneau 52. À la fin du tournage, le réalisateur lui aurait pris la main, l’aurait attirée dans un coin et lui aurait demandé : « Est-ce que tu veux m’embrasser ? ».

Débute alors une relation sous emprise, l’adolescente émerveillée d’intéresser un homme cultivé tout en étant déroutée par cette relation physique dont elle ne veut pas. « Tu n’es pas la seule à vivre ça, c’est arrivé à Judith Godrèche », lui aurait dit le cinéaste.

« Je me suis raconté une grande histoire d’amour pour survivre »

« Moi, je veux juste son regard sur moi », raconte-t-elle à L’Obs. Mais lui l’embrasserait à pleine bouche en plein milieu de Paris. Elle raconte son dégoût. Il l’aurait emmenée au restaurant, notamment au Wepler. « J’avais l’impression d’être une adulte », explique-t-elle. Sarah Grappin revient aussi sur les rendez-vous chez lui ou en voiture quand sa compagne Nadine Trintignant n’est pas là, raconte les pénétrations digitales non consenties.

« Très longtemps, j’ai été au-delà d’enjoliver, je me suis raconté une grande histoire d’amour pour survivre. Le travail des dernières années a été de sortir du déni », affirme-t-elle aujourd’hui. Sortir du silence aussi, 30 ans après les faits et 15 ans après la mort d’Alain Corneau.

Le premier déclic, elle l’a eu en 2003 après la mort de Marie Trintignant, la belle-fille du réalisateur. « Je visionne une interview d’Alain qui parle d’elle, de son rôle dans “Série noire” et… J’ai une révélation. Son regard et le champ lexical qu’il utilise sont identiques à ceux de nos tête-à-tête au Wepler », affirme-t-elle.

Nadine Trintignant balaye les accusations

« Dans ce film, Marie joue une fille prostituée de 16 ans qui saute sur Patrick Dewaere. Je comprends que la jeune actrice à la merci d’un homme plus vieux est sa ritournelle, ce qu’il veut filmer », poursuit l’actrice. Pourtant, elle continue de se taire, jusqu’à l’affaire Weinstein.

En 2018, Elle témoigne anonymement, pas encore prête à s’exposer voyant le déchaînement de violences contre les victimes qui parlent. Deux ans plus tard, elle lit le livre de Vanessa Springora sur sa relation avec l’écrivain Gabriel Matzneff. « À propos de Corneau, je ne parle de viol digital que depuis que j’ai lu Vanessa Springora », affirme Sarah Grappin.

La prise de parole de Judith Godrèche contre Benoît Jacquot mais aussi Jacques Doillon, contre qui elle a déposé plainte pour viol, achève de la convaincre à s’exprimer publiquement. Et ce, même si Alain Corneau est décédé en 2010 et qu’elle sait qu’elle n’aura « jamais de réparation réelle » ni d’« excuses » de sa part.

Contactée par L’Obs, Nadine Trintignant balaye toutes les accusations : « Ces bêtises-là, j’en entends de tous les côtés, pas du tout sur Alain, mais sur plein de gens et je ne veux pas participer à tout ça. Tout ça est ridicule. Ce n’est pas contre vous, mais c’est contre la façon que les gens ont de dire n’importe quoi. Je n’ai pas envie qu’on dise n’importe quoi, surtout sur mon mari, qui est mort et ne peut plus se défendre. »

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