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L’élection de Bassirou Diomaye Faye confirme la “jolie exception sénégalaise”

De quelque bord que l’on soit, on n’a pu qu’éprouver du soulagement et même une fierté certaine après que, dans l’après-midi d’hier, [le candidat du pouvoir] Amadou Ba a reconnu sa défaite. Ce geste empreint de galanterie, épilogue d’un processus électoral qui semblait pourtant mal embarqué, achevait de convaincre que c’en était fini des appréhensions et des légitimes craintes qu’on nourrissait au sujet de la présidentielle sénégalaise.

Le pays de la Teranga venait ainsi de déjouer toutes les prévisions catastrophistes qui avaient été suscitées par les manœuvres et autres entêtements de ces dernières semaines du président sortant. En soi, Macky Sall aura démontré qu’il n’est différent ni d’Alpha Condé ni d’Alassane Ouattara. Comme eux, il aurait bien voulu demeurer encore à la tête du Sénégal, ou à tout le moins choisir lui-même son successeur. Mais des paramètres propres à son pays et à ses adversaires l’en ont empêché. Et c’est tant mieux pour la jolie exception sénégalaise.

Quel paradoxe ! Macky Sall aura usé de toute la détermination qu’il pouvait pour empêcher [l’opposant] Ousmane Sonko et les siens de lui succéder. Pourtant, il est bien un des artisans de l’arrivée de Bassirou Diomaye Faye au pouvoir. La popularité qui a conféré la victoire dès le premier tour au candidat de l’ex-Pastef [dissous en juillet 2023] est directement proportionnelle au martyre que le président sortant a fait vivre à Sonko.

Ces dernières années, l’acharnement du pouvoir sénégalais contre les leaders du Pastef [Patriotes africains du Sénégal pour le travail, l’éthique et la fraternité] était tel que le peuple a fini par prendre fait et cause pour la victime. D’autant que, malgré les coups qu’on lui assenait, Ousmane Sonko refusait obstinément d’abdiquer. Sous d’autres cieux, on y aurait vu un jusqu’au-boutisme et une radicalité dont il faut peut-être se méfier. Mais les Sénégalais, eux, y ont vu une héroïque résistance à entretenir.

Des précédents qui façonnent une identité

Karim Wade rendu inopérant [sa candidature a été invalidée], Khalifa Sall, lui aussi, sérieusement affecté [par une condamnation pour corruption], les Sénégalais devaient faire une sorte de haie autour du seul leader susceptible de les aider à se débarrasser de Macky Sall, quand le moment viendrait. L’arrogance et la provocation dont le régime Macky a fait montre en particulier au cours des trois dernières années ont poussé ses compatriotes à lui tourner le dos, à lui et à tous ceux de son camp. C’est pourquoi la cuisante défaite d’Amadou Ba, c’est aussi la sienne. Comme poussé par un mauvais sort, il a réuni toutes les conditions de son échec et de celui de son camp politique. Et bien sûr, Sonko et Diomaye en ont intelligemment profité.

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