Publicité

Kev Adams, héros de "Maison de retraite": "les abus de faiblesse dans les Ehpad, ça ne date pas d’hier"

Détail de l'affiche du film
Détail de l'affiche du film

Kev Adams change de créneau. Jusqu'ici abonné aux comédies potaches, l'humoriste se saisit désormais de sujets de société forts. Il franchit ce cap avec Maison de retraite (en salles le 15 février), son film le plus personnel, dédié à son grand-père mort pendant la pandémie de Covid.

Un projet qu'il développe depuis des années, qu'il a écrit et produit lui-même, et pour lequel il s'est entouré de valeurs sûres du cinéma français: à la réalisation Thomas Gilou (La Vérité Si Je Mens, Black Mic-Mac) et au casting des légendes comme Gérard Depardieu, Daniel Prévost, Marthe Villalonga et Mylène Demongeot.

Dans Maison de retraite, Kev Adams campe Milann, trentenaire qui pour éviter la prison est contraint d’effectuer 300 heures de travaux d’intérêts généraux dans une maison de retraite, Les Mimosas. Lorsqu'il découvre que l’établissement profite de la vulnérabilité de ses pensionnaires pour les arnaquer, il décide de les aider à s'évader...

Le sens du timing

Depuis la révélation du journaliste Victor Castanet dans le livre-enquête Les Fossoyeurs sur les pratiques du groupe Orpea, Maison de retraite est entré malgré lui en collision avec l'actualité. Une première pour Kev Adams, habitué aux comédies familiales comme Les Profs ou Aladin.

https://www.youtube.com/embed/bLFIhJUpmNk?rel=0"C'est fou!", réagit Kev Adams. "Parfois, il y a des timings... Le film devait sortir il y a plus d’un an et demi. On a subi les fermetures des cinémas, les décalages, les re-décalages. Finalement, on se retrouve à sortir pile-poil dans l’actualité. On voulait traiter ce sujet de fond. On ne voulait pas être donneur de leçon. On voulait faire une comédie qui soit cool, qui soit drôle, et qui pointe du doigt certains problèmes."

Et l'humoriste d'ajouter: "Orpéa, ça vient d’arriver, mais les arnaques, les abus de faiblesse dans les maisons de retraite, ça ne date pas d’hier. L’arnaque montrée dans le film est inspirée d’un fait divers qui a eu lieu il y a une dizaine d’années. Le directeur de l'établissement sélectionnait les résidents qui n’avaient pas d’enfants, pas de famille, qui était totalement seuls et à sa merci. Il a été arrêté et condamné."

"Un hommage aux gens mis à l’écart de la société"

L'idée de Maison de retraite lui est venue en 2016. "Un de mes potes a travaillé pendant trois ans en Ehpad. Il me racontait des histoires de dingue. Parfois à mourir de rire, parfois super émouvantes. J’ai commencé à prendre des notes. Je me suis dit que ce serait cool de mettre ces histoires dans un spectacle. Au bout d’un moment, je me suis rendu compte qu'il fallait en faire un film."

Avec Maison de retraite, l'humoriste qui a pu faire polémique avec Gangsterdam (accusé de faire l'apologie de la culture du viol) ou son sketch sur les Chinois avec Gad Elmaleh, a voulu produire le film le plus fédérateur possible: "C'est un hommage à ces gens qui sont malheureusement mis à l’écart de la société à partir de 80 ans alors qu’ils ont beaucoup de choses à nous transmettre, à nous apprendre, à vivre."

Et cela fonctionne aussi dans l'autre sens. Maison de retraite montre ainsi Gérard Depardieu en train de jouer à la Playstation 4. "On réalise que nos personnes âgées restent plus jeunes plus longtemps si elles sont au contact des jeunes. Et que nos jeunes grandissent mieux s'ils sont au contact des personnes âgées. C’est ce qu’on voulait raconter avec ce film", insiste Kev Adams.

"Oublier un peu le côté 'Kev Adams'"

Voir Kev Adams s'emparer de ces thématiques peut paraître surprenant. Cela ne l'est pas tant que cela. Amis publics (2016) et Tout là-haut (2017), deux comédies plus sensibles, lui ont déjà permis de dévoiler une autre facette de lui. "Je mets un bout de moi dans chaque film. Souvent, les films qu’on me propose ne me plaisent pas de ouf. Du coup, j’initie beaucoup les projets. Forcément, quand vous initiez un projet, vous parlez de sujets qui vous touchent. On retrouve des thèmes d’Amis Publics dans Maison de Retraite. On y parle dans les deux cas d’injustice sociale."

https://www.youtube.com/embed/M4ekyT3Hctc?rel=0

Mais ce qui distingue Maison de retraite de ses précédentes productions, c'est bien le ton, beaucoup plus réaliste qu'auparavant. "Dans Amis publics, je braque des banques avec un gamin atteint d’un cancer", rappelle Kev Adams. "C'est moins réaliste que des personnes âgées qui sont arnaquées, abusées dans des maisons de retraite!" Pour les besoins de son nouveau film, il a aussi accepté de "casser" son personnage en rasant sa tignasse si reconnaissable:

"Ce n’est pas une volonté de ma part. C’est Thomas Gilou qui m’a dit que ce serait cool qu'on oublie un peu le côté 'Kev Adams'. Je suis trop reconnaissable avec cette coupe de cheveux. Il m'a dit que ce serait cool qu’on puisse voir quelqu’un d’autre, qu'on puisse voir Milann."

Kev Adams accepte de se montrer différemment à l'écran, mais pas au point de tourner dans un film purement dramatique. "Je n’ai pas envie d’aller dans un drame pour faire du drame. J’aime bien raconter juste des jolies histoires. Maison de retraite, ça reste une comédie burlesque. Je vois des enfants de 7, 8, 9 ans qui se marrent dans les salles."

"'Maison de retraite' a la meilleure fin de film du monde"

Kev Adams a pu montrer Maison de retraite à des résidents d’Ehpad. Leurs réactions sont unanimes: "Ils nous disent merci. Alors que bon, on n’a pas inventé le vaccin! On a juste fait un film." Ils apprécient tout particulièrement les "petites phrases incisives" dans les dialogies écrits par l'humoriste, pour souligner le manque de moyens des ehpad. "Ca les touche terriblement. C'est ce qu’ils rêvent tous de dire à leur directeur."

Maison de retraite imagine une issue joyeuse aux problèmes structurels des ehpad. En découvrant la scène finale, les résidents sont "comme des dingues", assure Kev Adams. "C’est ce que j’aime dans ce film", poursuit le scénariste-producteur: "il pointe du doigt un problème et il propose une solution. C'est une solution faisable, et viable. Je ne sais pas si c’est le meilleur film du monde, mais ce qui est sûr, c'est que c'est la meilleure fin de film du monde. Vraiment."

Article original publié sur BFMTV.com