Jouissance Club, le compte Instagram pour des amants créatifs

Jouissance Club, le compte Instagram pour des amants créatifs

Créé par une illustratrice lyonnaise, le compte Instagram Jouissance Club refait notre éducation sexuelle à coup de jolis dessins . Pourtant son approche de la sexualité ne semble pas plaire au réseau social, qui a supprimé le mois dernier son compte pour la troisième fois. Interview.

“Des astuces sur le sexe pour les amants créatifs”, voilà l’introduction du compte Jouissance Club. Derrière ce compte aux 151 000 abonnées, il y a Jüne, une illustratrice lyonnaise qui souhaite partager ses savoirs et expériences en matière de sexe. Son pari ? Améliorer notre vie sexuelle en créant de belles illustrations qui montrent comment faire jouir son ou sa partenaire avec les mains. Plutôt altruiste non ? Ce n’est pas vraiment l’avis d’Instagram. En février, la plateforme dédiée à l’image a totalement supprimé son compte, sans aucun préavis, avant de le rétablir sous la pression du mouvement #sexualityisnotdirty (le sexe, c’est pas sale), porté par de nombreux comptes féministes. On a discuté avec la talentueuse trentenaire du projet Jouissance Club, d’éducation sexuelle et de censure sur Instagram.

Comment l’aventure Jouissance Club a-t-elle commencé ?


Je voulais expliquer à mon copain comment atteindre certaines zones à l’intérieur de mon vagin… sauf qu’on avait un peu du mal à se comprendre. Alors je lui ai fait un dessin. Et là, il a tout de suite compris ! Puis, j’ai créé ce compte en mars dernier avec comme objectif de changer la vision dont nous avons de la sexualité hétérosexuelle, qui est centrée sur la pénétration des sexes. Je voulais montrer comment être plus créatif pour donner du plaisir !

Où trouvez-vous les techniques que vous diffusez sur votre compte ?


Elles sont surtout tirées sur mes expériences. J’expérimente beaucoup avec mon copain actuel. Tous les jours, nous découvrons de nouvelles techniques. Je me fie aussi à un ancien amant, aujourd’hui un de mes amis, qui connaît très bien l’anatomie féminine. Ma botte secrète est l’onglet “instructionnal” sur Youporn. Il est très peu connu, mais c’est une vraie mine d’information, où j’ai notamment déniché des techniques pour le cunnilingus et le massage prostatique.

Sommes-nous mal informés et éduqués en matière de sexualité ?


C’est certain ! Il n’y a pas à proprement parlé d’éducation sexuelle à l’école. Les seules interventions que nous avons eues au collège ou au lycée parlaient surtout de contraception et de MST. C’est très important certes, mais la sexualité va bien au delà…

Rétrospectivement, comment auriez-vous aimé que se passent vos cours d’éducation sexuelle ?

J’aurai souhaité que l’on aborde le consentement et que l’on parle de pornographie. Le porno fait partie de notre culture et malheureusement c’est un des seuls exemples que nous avons en matière de sexualité. Je ne veux pas diaboliser le porno, j’en consomme et j’adore ça ! Mais il faudrait expliquer aux jeunes que c’est du cinéma. Comme dirait la comédienne britannique Jameela Jamil “Apprendre le sexe grâce au porno, c’est comme apprendre à conduire grâce à Fast & Furious… une putain de mauvaise idée”.  À force de voir des femmes simuler des orgasmes quand elles sont pénétrées à coups de pénis, tout le monde pense que c’est la norme. De nombreuses femmes sont persuadées qu’elles ne sont pas normales si elles ne parviennent pas à jouir de cette manière… Pourtant, c’est seulement le cas de 10% d’entre nous !

 

Le mois dernier vous avez été carrément bannie d’Instagram. Pouvez-nous nous raconter cette mésaventure ?


Un jour, je n’ai pas réussi à me connecter. J’ai tout de suite su que j’avais été bannie. Je commence à avoir l’habitude, mon compte a déjà été supprimé trois fois. Pourtant, j’essaye au maximum de me plier aux règles de ce réseau : je fais de l’illustration et je ne dessine pas les sexes en détail… Quand Instagram supprime un compte, il ne fournit pas d’explication spécifique. Une semaine plus tard, mon compte a été rétabli et j’ai reçu un message d’excuses.

Vous n’êtes pas le seul compte féministe à avoir été victime de cette censure…


Oui, de nombreux comptes ont été bloqués ou supprimés, entre autres Clitrevolution, Lecul_nu, sheisangry (des comptes féministes qui parlent de sexualité ndlr). Cette censure nous a poussés à nous rencontrer et à nous mobiliser. Nous avons créé une sororité incroyable, composée d’une quinzaine de meufs révoltées (et d’un mec, du compte Tu bandes ? ) qui tiennent des comptes Instagram féministes. Pour contester les pratiques d’Instagram, nous avons créé le hashtag #sexualityisnotdirty (la sexualité n’est pas sale ndlr). Ce hashtag a fait le tour d’Internet, on a parlé de nous dans les médias… Si le but était d’invisibiliser notre travail, c’est raté. Ça nous a fait une belle pub, bien au contraire.

Comment expliquez-vous ce comportement d’Instagram ?

Je me dis qu’ils ont probablement du mal à distinguer l’éducation sexuelle et la pornographie… Je ne sais pas exactement comment Instagram applique cette censure. J’ai sûrement été signalée par certains comptes que j’ai bloqués, notamment à cause de leurs commentaires transphobes sous mes posts. Néanmoins, les critères d’Instagram restent incompréhensibles. La censure d’une photo de Cécile Hoodie, qui montre une petite culotte où il est inscrit « Hum, no »,  en est un bel exemple. Pourquoi cette photo a été supprimée, alors des comptes qui montrent l’entre-jambe des femmes en gros plan, où l’on distingue nettement une vulve à travers un string, ne sont pas inquiétés ? C’est absurde ! Nous avons d’ailleurs signalé certaines de ces photos pour voir ce qu’il se passait et nous avons reçu un message indiquant que la photo n’enfreignait pas les règles de la communauté…

Quel est le post dont vous êtes le plus fière ?


C’est difficile de choisir, mais je dirais les schémas du pénis, du clitoris et du dickclit (nom donné au clitoris qui a grandi sous l’effet de la prise de testostérone chez les personnes trans). Ce post m’a poussé à revoir ma perception des sexes. Il montre bien que les zones de plaisir sont les mêmes chez tout le monde… qu’on est tous faits pareil !

Belinda Mathieu