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Joe Biden, un président impopulaire mais candidat démocrate à la présidentielle incontesté

Joe Biden, un président impopulaire mais candidat démocrate à la présidentielle incontesté

Il a longtemps hésité sur la date, mais l’inspiration lui serait finalement venue de l’un de ses poèmes favoris. Ce mardi 28 avril, Joe Biden a lancé officiellement sa campagne présidentielle pour l’élection de 2024, quatre ans jour pour jour le démarrage de sa campagne victorieuse de 2020.

L’idée de marquer ainsi cet anniversaire a séduit le président sortant: il y a vu l’occasion "de faire rimer histoire et espoir", reprenant ainsi le vers d’un des textes les plus connus du poète irlandais Seamus Heaney, prix Nobel de littérature en 2015 et auteur prisé du président américain.

"Finissons le boulot", a tweeté le président américain, pour justifier cette candidature à un nouveau mandat.

De nombreuses réussites...

Joe Biden entame son ultime campagne avec pour bagage un double paradoxe. Il affiche un bilan substantiel, marqué par des réformes ambitieuses, mais il est un président impopulaire. Sa candidature inspire le scepticisme jusque dans son propre camp. Pourtant, aucun rival sérieux à l’investiture démocrate n’a émergé.

C'est sans doute sur le front économique que le président a été le plus actif. À l’initiative de la Maison Blanche, un plan d’investissements dans les infrastructures de 1200 milliards de dollars a été voté par le Congrès fin 2021. L'"Inflation Reduction Act", qui a tant fait réagir en Europe, promet quelque 400 milliards de dollars sur dix ans aux industriels qui s'engageront à réduire leurs émissions de gaz à effet de serre et prévoit une série de mesures pour réduire la facture de soins de santé des Américains.

Tenant une emblématique promesse de campagne, le président a éliminé ou allégé substantiellement la dette de 16 millions d’étudiants américains (des millions de dossiers supplémentaires sont encore à l’étude, près de 40 millions d’étudiants sont éligibles à ce programme). 12 millions d’emplois ont été créés depuis le début du mandat de Joe Biden - à 3,5%, le taux de chômage est à son plus bas depuis un demi-siècle.

Le président a également à son actif d’autres marqueurs importants: la première loi significative depuis des décennies pour renforcer le contrôle des ventes d'armes; l’inscription dans la loi fédérale de nouvelles protections des mariages homosexuels et interraciaux. Il a pris sans hésiter la tête de la coalition occidentale soutenant l'Ukraine face à l'agression russe, apportant à Kiev une aide qui approche les 70 milliards de dollars.

... mais une impopularité nette

Mais de toute évidence, ce bilan vanté tant sur le site de la Maison Blanche que sur celui du candidat Joe Biden n’imprime pas auprès d'une majorité Américains. 42,3% des Américains approuvent l'action de Joe Biden, 53% sont d'un avis contraire, selon la compilation des derniers sondages réalisée par FiveThirtyEight. Un niveau considéré comme une cote d'alerte par les experts de la matière électorale.

Certes, huit démocrates sur dix approuvent l'action du président, mais ils ne sont que 44% à penser qu'il est le meilleur candidat pour leur parti. Tout aussi préoccupant, sinon davantage, les électeurs indépendants (ni démocrates, ni républicains), dont la mobilisation est la plupart du temps décisive, ne sont que 26% à avoir une opinion positive de l'action de Joe Biden.

La santé de Biden en question

Au-delà de l'impopularité, l’autre obstacle majeur sur la route d’un nouveau mandat est de toute évidence l’âge du capitaine. Il aura 82 ans au début du prochain mandat, 86 ans lorsqu’il s’achèvera. Certes, Joe Biden est officiellement en bonne santé. Il ne boit pas d’alcool, ne fume pas, pratique l’exercice physique cinq jours par semaine.

Son dernier bulletin de santé complet, publié par la Maison Blanche le 16 février dernier, relève une série de désagréments mineurs, souligne que le président a été peu affecté par le Covid dont il a souffert à l’été 2022 et conclut que "le président Biden demeure un homme de 80 ans vigoureux, apte à exercer la charge de la présidence".

De fait, cet octogénaire à l’allure parfois frêle, à la démarche rythmée par des petits pas laborieux, a encaissé sans broncher des dizaines d’heures d’avion et de train en à peine trois jours car il tenait à cette visite surprise, audacieuse, d’un président américain à Kiev afin d’afficher le soutien indéfectible des États-Unis à l’Ukraine de Volodymyr Zelensky.

Depuis le début de son mandat, le président américain a toutefois donné plus d’un signe de fragilité, chutant de son vélo ou trébuchant en grimpant les marches le conduisant à Air Force One. Et les gaffes dont il est coutumier depuis longtemps ont aussi marqué ses premières années à la Maison Blanche, comme ce jour de septembre où il demande "où est Jackie", cherchant alors dans la foule une parlementaire morte quelques semaines plus tôt.

Aucun adversaire disponible

Politiquement, le président a également été malmené par une aile gauche qui l’a parfois trouvé trop modéré face à une opposition républicaine résolue. Sur les infrastructures, par exemple, Joe Biden a dû se contenter d’un plan de 1200 milliards de dollars, dont 550 de projets nouveaux, alors qu’il visait un montant trois fois supérieur.

Mais alors, comment expliquer qu'aucun rival crédible ne vienne disputer l'investiture démocrate à ce président fragilisé? Que seuls aient osé se déclarer jusqu'à présent Robert F. Kennedy Jr, qui outre son nom et son ascendance illustres semble avoir peu de choses à proposer au-delà d'une campagne "antivax" radicale, ou Marianne Williamson, activiste et "professeur spirituelle", déjà balayée lors des primaires de 2020?

La peur de Donald Trump comme moteur

David Axelrod, ancien conseiller de Barack Obama, aujourd'hui analyste politique pour la chaine CNN et enseignant à l'Université de Chicago, voit au moins trois raisons à cette absence de menace sérieuse.

Premièrement, le président sortant dispose toujours d'un avantage politique et institutionnel considérable. Il a le prestige de la fonction, les moyens de prendre des initiatives, la main sur l'appareil du parti.

Deuxièmement, Joe Biden a habilement exploité ce dernier avantage, en poussant le parti démocrate à adopter un nouveau calendrier pour les primaires qui lui est nettement plus favorable. Le caucus de l'Iowa, où Joe Biden avait terminé 4e en 2020, ne sera plus l'événement de lancement de la saison des primaires.

Ce statut de favori est également décisif sur le plan financier, alors que le coût d'une campagne présidentielle aux États-Unis a littéralement explosé. Au total, Joe Biden a dépensé plus de 1,6 milliard de dollars pour sa campagne de 2020, selon le site opensecrets.org. OpenSecrets relève en outre que le total de dépenses pour la course à la Maison Blanche a doublé entre 2016 et 2020, pour atteindre 14,4 milliards de dollars. De quoi dissuader plus d'un candidat potentiel.

Enfin, troisième facteur: le spectre de Donald Trump et l'effroi qu'il continue d'inspirer aux démocrates encouragent ces derniers à opter pour une valeur sûre et à écarter le risque d'un candidat "neuf" mais jamais soumis au rouleau compresseur d'une campagne présidentielle. Or après un début de campagne poussif et malgré de nombreuses casseroles judiciaires, Donald Trump est aujourd'hui largement favori dans la course à l'investiture républicaine.

En guise de conclusion, David Axelrod rappelle cette maxime, chère à Joe Biden, d'un autre célèbre responsable politique américain d'origine irlandaise, Kevin White, gouverneur du Massachussetts puis maire de Boston des années 60 à 80. "Ne me comparez pas au Tout-Puissant," avait-il coutume de dire. "Comparez-moi à l'alternative".

Article original publié sur BFMTV.com