JO de Paris 2024 : Thomas Jolly aux manettes de la cérémonie d’ouverture

(FILES) This file photo taken on September 16, 2015 shows French actor and director Thomas Jolly posing at the Theatre National de Bretagne (National Theatre of Brittany, TNB), in Rennes. - French actor and director Thomas Jolly is appointed artistic director of the 2024 Olympics' opening ceremony. (Photo by JEAN-FRANCOIS MONIER / AFP)
AFP (FILES) This file photo taken on September 16, 2015 shows French actor and director Thomas Jolly posing at the Theatre National de Bretagne (National Theatre of Brittany, TNB), in Rennes. - French actor and director Thomas Jolly is appointed artistic director of the 2024 Olympics' opening ceremony. (Photo by JEAN-FRANCOIS MONIER / AFP)

AFP

Thomas Jolly, ici au mois de septembre 2015, à Rennes.

JEUX OLYMPIQUES - Il a monté des pièces de Shakespeare dignes de Game of Thrones et va recréer Starmania. Thomas Jolly a été désigné, ce mercredi 21 septembre, comme celui qui va orchestrer la cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques de Paris en 2024, prévue sur la Seine.

« Par son sens de la scène et du rythme et sa capacité à provoquer la rencontre entre les cultures académiques et le grand public, Thomas Jolly donnera aux Cérémonies de Paris-2024 un souffle novateur pour s’adresser au plus grand nombre », estiment les organisateurs.

« Ce qui m’a impressionné, c’est son envie débordante de relever ce genre de défi. Il a un profond respect pour les JO, pour le sport. Il a une polyvalence d’univers, a expliqué à l’AFP Tony Estanguet, président du comité d’organisation des Jeux olympiques de Paris, pour qui il s’agit du choix de ’l’audace’. [...] Il vient du théâtre public, il en est plutôt fier, il connaît les contraintes budgétaires, ce n’est pas pour cela qu’il ne s’autorise pas à être dans la créativité. »

Une « théâtralité exacerbée »

Considéré comme l’un des metteurs en scène français les plus inventifs de la dernière décennie, il est régulièrement qualifié de « surdoué » dans la presse. Et pour cause, cet homme de 40 ans a été révélé très jeune, notamment pour son sens de la dramaturgie, la démesure de ses mises en scène et sa défense d’une « théâtralité exacerbée » grâce à la machinerie et au maquillage.

Pourtant rien ne prédestinait ce Rouennais, né le 1er février 1982 d’un père imprimeur et d’une mère infirmière, à l’art de la scène. Jusqu’à ce qu’il reçoive vers l’âge de six ans un livre de l’écrivain Pierre Gripari qui a écrit de petites pièces pour les enfants et « qu’on peut monter dans sa chambre avec ses amis », confiait-il à l’AFP en 2015.

Il débute les cours de théâtre en cinquième et n’en sort plus, du lycée à la fac et à l’école d’acteurs du Théâtre national de Bretagne. À sa sortie en 2006, il fonde sa compagnie « La Piccola Familia », dont l’effectif est passé de 6 à 60 aujourd’hui.

Un marathon théâtral de 18 heures

À sa nomination en 2019, à l’âge de 37 ans, à la tête du Centre dramatique national d’Angers, Le Quai, le ministère de la Culture le qualifie d’« enfant de la décentralisation théâtrale ». Artisan d’un théâtre de troupe, populaire et enthousiaste, il fait beaucoup parler de lui en 2014 lorsqu’il monte au Festival d’Avignon une version palpitante, en 18 heures, de la trilogie Henry VI de Shakespeare, avec des lumières et des décors dignes d’un opéra rock… et un taux d’abandon extrêmement bas, tellement le public est conquis.

« Hypnotisant », « triomphe », « époustouflant », la presse s’extasie, d’autant plus que Jolly utilise peu d’éléments scéniques et pas de vidéo comme c’est la mode depuis le début du XXIe siècle, revenant aux fondamentaux du théâtre.

« Ma croyance dans le théâtre me donne des ailes, dit-il, je crois que le théâtre est nécessaire, utile, urgent dans les temps que nous traversons », affirme-t-il en 2015, l’année où il monte l’épilogue d’Henri VI, Richard III, qu’il incarne lui-même à la manière d’un « sombre Peter Pan », notait Le Figaro.

L’artiste mêle des procédés traditionnels (des chaises pour faire les chevaux, des rubans en guise d’épées), avec des clins d’œil à ses séries et ses films préférés, à l’instar de lumières robots menaçantes qui tournent autour des comédiens et tracent des faisceaux laser comme dans Star Wars.

Exigeant et festif

En 2018, toujours à Avignon, il obtient le Graal : il est invité à monter le spectacle d’ouverture dans la cour d’honneur du Palais des Papes, lieu emblématique du festival. Il met en scène un texte classique mais pas des plus connus : Thyeste de Sénèque, une histoire de cannibalisme et de vengeance, déconseillée aux moins de 12 ans (un roi se venge de son père pour la relation qu’il a eue avec sa femme en lui faisant manger la chair de ses enfants nés de cet adultère).

« Thomas Jolly sait décidément ce que doit être le théâtre à l’heure de Netflix », fait alors remarquer le magazine Vanity Fair, le qualifiant de « disciple de Jean Vilar », fondateur du festival d’Avignon et partisan d’un théâtre populaire.

À la fois exigeant et festif, il a également mis en scène des opéras comme Fantasio d’Offenbach à l’Opéra-Comique ou Eliogabalo de Cavalli à l’Opéra de Paris (où il va revenir cette saison pour revisiter le Roméo et Juliette de Gounod).

En 2020, en pleine pandémie et fermeture des théâtres, il met au point une saison d’été « corona compatible » à Angers, avec des petits formats aux décors plus dépouillés et avec certains spectacles hors les murs (ferme, jardin, cloître ou encore sous les fenêtres d’Ehpad). « J’aime quand le théâtre surgit de manière impromptue dans l’espace public sans qu’on sache bien ce qui se passe », avait-il alors confié. En 2024, il aura l’occasion de relever son plus grand défi, tout en démesure.

À voir également sur Le HuffPost :

Vous ne pouvez visionner ce contenu car vous avez refusé les cookies associés aux contenus issus de tiers. Si vous souhaitez visionner ce contenu, vous pouvez modifier vos choix.

Lire aussi