JEU DÉCISIF - Zverev brouille les cartes

Rafael Nadal, vainqueur du Masters 1000 de Rome pour la huitième fois, arrive comme d’hab’ en grand favori à Roland-Garros. Mais l’Allemand, qui a plus que chahuté l’Espagnol, pointe clairement le bout de sa raquette.

Si la pluie n’avait pas coupé la dynamique de Sasha Zverev, alors qu’il menait 3-1 dans la troisième manche de cette finale 2018 des Internationaux d’Italie face à Rafael Nadal, l’Allemand l’aurait sans doute emporté. Et je serais en train d’écrire que l’Espagnol a peut-être enfin un adversaire à sa hauteur sur terre battue. Et que si ces deux-là devaient se croiser à Roland-Garros, Zverev aurait clairement son mot à dire. Etc..

Et bien justement : ce n’est pas parce que l’Allemand, qui était tenant du titre, n’a pas su gérer les coupures dues aux caprices du ciel romain qu’il faut tout remettre en question le concernant. Pendant près d’un set et demi, Zverev a montré à Nadal qu’il avait des armes pour contrôler sa furia et l’Espagnol sait désormais d’où peut venir le danger dans la quête de son… onzième titre à Roland-Garros. Pour peu que Zverev bascule enfin dans l’excellence en Grand Chelem, lui qui n’a encore jamais fait mieux qu’un huitième de finale dans les épreuves majeures. Mais peut-il en être autrement pour un garçon qui pointe ce lundi matin à la première place de la Race ? D’ailleurs, Nadal lui même l’a reconnu : « s’il ne fait pas de grands résultats en Majeurs dans les années à venir, vous pourrez venir me voir et me dire que j’ai tort mais je ne pense pas que ça arrivera. » Parole d’expert.

Nadal s’est donc fait – un peu- peur. Mais dans le même temps, il s’est aussi pleinement rassuré, à la fois par son niveau de jeu comme lors de la première manche de cette finale, mais aussi et surtout par sa capacité à trouver des solutions dans les moments délicats, à en remettre encore un peu plus dans la balle malgré la pression, à garder la tête froide tactiquement en pleine tempête.

Ce sont avec des qualités de ce type que l’on gagne des tournois du Grand Chelem. Nadal le sait mieux que personne, et finalement, l’Allemand -sans le vouloir- lui a sans doute rendu un fier service en lui plongeant ainsi la tête dans le seau. De fait, le numéro un mondial en sait bien plus sur ses capacités du moment que s’il ne l’avait emporté 6/3, 6/2. Danke Sasha !

Nadal et Zverev sortent donc largement en tête des gros tournois sur terre battue en prélude à Roland-Garros. Pour l’un, ce n’est pas une surprise, pour l’autre un peu plus. Déjà auteur de sacrés coups d’éclats l’an passé, le jeune Allemand en enchainant, en trois semaines, titre à Munich, victoire à Madrid et finale à Rome, a montré pour la première fois une régularité au plus haut niveau digne des plus grands champions. Zverev a clairement franchi un palier. Cela sera-t-il suffisant pour éventuellement contrarier à Roland-Garros les desseins de son adversaire du jour ? C’est en tout cas le match que j’aimerais voir dimanche 10 juin.