Publicité

Jean Malaurie : "Les Inuits seront nos éclaireurs"

L'ethnologue et éditeur Jean Malaurie est décédé le 5 février 2024 à l'âge de 101 ans. Croisant la géographie, l'ethnologie et l'histoire, il aura contribué à bâtir une nouvelle approche interdisciplinaire de l'étude de l'Homme. En 2007, Sciences et Avenir s'était longuement entretenu avec lui à l'occasion de l'Année polaire internationale.

Jean Malaurie est né en 1922. Son œuvre majeure, Les Derniers rois de Thulé, publiée en 1955 chez Plon dans la collection Terre Humaine qu’il avait fondée, a été traduite en 23 langues. Il a aussi publié les deux tomes de Hummocks, en 1999, toujours dans la même collection et l’Allée des baleines, aux Editions Mille et une Nuits, en 2003. Il est décédé le 5 février 2024. Sciences et Avenir publie en son honneur l'entretien qu'il lui avait accordé en 2007, à l'occasion de l'Année polaire internationale.

"Il ne faut pas que nos salles d’exposition deviennent les cimetières de ces civilisations"

Sciences et Avenir : Vous avez fait connaître au monde entier les peuples du Grand Nord. Quels constats faites-vous en ce début d’Année polaire internationale ?

Jean Malaurie : L’Année polaire internationale est un grand rendez-vous, qu’il ne faut pas manquer. Mais je voudrais plaider une cause : nous avons longtemps méprisé les peuples "premiers" que nous avons autrefois appelés "primitifs" de manière dédaigneuse et que les anthropologues russes appellent plus justement peuples "racines". Il ne nous est pas facile de les comprendre : ils préfèrent le silence et pratiquent la retenue. Nous sommes plutôt dans l’exubérance. Pour communiquer, il nous faut d’abord apprendre l’humilité : écouter dans un esprit de respect et déceler les signes qu’ils nous font parvenir. Nous n’avons pas su le faire, et c’est une perte totale pour notre civilisation : la sagesse de leurs anciens qui aurait pu nous guider dans le monde actuel nous a échappé à tout jamais. Nous bâtissons des musées dédiés à ces peuples. Mais il ne faut pas que nos salles d’exposition deviennent les cimetières de ces civilisations. Leur pensée nous fait cruellement défaut.

L’Année polaire arrive à point nommé, donc...

Oui, mais il me semble que nous n’avons toujours pas pris conscience de l’importance de ce rendez-vous : sur les 500 projets présentés dans le cadre de l’Année polaire, seuls quelques-uns s’intéressent [...]

Lire la suite sur sciencesetavenir.fr

A lire aussi