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"Jean-Jacques Goldman, confidentiel": comment l'artiste est devenu un "faiseur de chansons"

Tout commence dans les années 1960. Le jeune Jean-Jacques joue du violon, du piano et de la guitare au lycée avant de former un groupe plus professionnel, les Phalanstères. C'est l'époque des tournées en province le week-end. Musicien dans l'âme, il reste précautionneux et ne veut pas prendre de risques.

"Jean-Jacques Goldman, c’est un prudent, un pragmatique, il n’a pas tout misé sur la musique", relève Candice Mahout, cheffe du service showbiz de BFMTV. "Parallèlement à ses petits groupes, il fait une école de commerce à Lille puis il revient à Montrouge pour reprendre le magasin de sport de ses parents."

"Il a plutôt envie d'écrire"

En 1975, le rockeur tout juste devenu père perce timidement avec un slow d’été, qu'il chante en anglais: Sister Jane. Il sort ce tube éphémère avec son nouveau groupe Taï Phong. Mais il a un désir inassouvi: chanter en français. À cette époque, il a déjà composé en secret une partie du répertoire qui fera de lui une star.

"Il était toujours un petit peu énigmatique, même pour nous", se souvient son ami d'enfance Jean Bender. "Il restait dans un coin avec sa guitare et chantonnait comme ça des trucs en français. Je me suis aperçu plus tard que c'était déjà ses propres compositions. Il n'en parlait pas et ne nous imposait jamais rien."

"Je ne sais pas s'il a très envie de devenir chanteur à ce moment-là", ajoute l'animateur de RTL Eric Jean-Jean. "Je pense que, au début, il a plutôt envie d'écrire pour les autres et donc en parallèle, il envoie des chansons pour des artistes."

Le jeune éditeur Marc Lumbroso repère Goldman en 1979 grâce à un morceau qu'il a écrit pour Anne-Marie Batailler, Fais-moi des sourires. Marc Lumbroso va faire la tournée des maisons de disques de l’époque avec les cassettes du chanteur sous le bras.

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En 1981, il réussit à lui faire signer un contrat avec le label Epic. Son premier single est Il suffira d’un signe. Un carton: la radio RTL la passe en boucle et Jean-Jacques Goldman commence une tournée triomphale en province. Il accepte toutes les télés locales et fait des mois de promo dans des foires et des supermarchés.

En 1982, Jean-Jacques Goldman sort un second album avec des singles à succès comme Quand la musique est bonne, Comme toi, Au bout de mes rêves ou encore Je ne vous parlerai pas d’elle. L'album se vend à plus de 900.000 exemplaires. Son statut change: il va devenir le héros d'une génération.

Grâce aux radios libres, il va toucher un public plus large, provincial, jeune, avide de nouvelles musiques. Il débarque aussi au même moment que les émissions musicales qui cartonnent à la télévision: Top 50, l'émission qui classe les meilleures ventes de 45 Tours, achève son sacre.

Rongé par la notoriété

Pendant toute la décennie 1980, chaque album de Jean-Jacques Goldman bat un nouveau record: 900.000 exemplaires vendus en 1982 pour Démodé, 1 million en 1984 pour Positif, 1,2 million en 1985 pour Non homologué et enfin 2,2 millions en 1987 pour Entre gris clair et gris foncé.

Goldman est au firmament. Populaire, adulé par ses fans, la presse jeunesse l'encense, de Ok Podium à Top 50 Magazine, mais les journaux plus sérieux vont le démolir. "La gauche détestait Jean-Jacques Goldman", se souvient l'animateur Marc Toesca. "Je crois qu’on a défoncé Goldman car il avait du succès."

"Il va très vite énerver des tas de gens qui pensent qu'il y a la 'variétoche' et la bonne chanson", raconte Jean-Pierre Pasqualini, directeur des programmes de Melody TV. "Si bien qu'il va acheter une page de pub dans Libé, qui n'était pas tendre avec lui non plus, pour publier les pires critiques qu'il a reçues."

Mais cette notoriété le ronge. L'idole n'est pas très à l’aise dans le costume de superstar.

"J'ai toujours eu le sentiment qu’il n'était pas à sa place. C’est sûr que la célébrité, c'est peut-être un peu trop lourd", estime Marc Toesca.

En réaction, Goldman érige en art de vivre la simplicité. Avec ses fans, il ne veut pas apparaître déconnecté et prétentieux. Pendant des années, il va répondre à chaque lettre en personne.

Il se livre sur tout sauf sur un sujet: son demi-frère aîné, Pierre Goldman, militant d’extrême gauche condamné pour le meurtre de deux pharmaciennes. Acquitté, il sera assassiné en 1979.

"C'est quelqu'un qui a compté comme tous les gens qui te sont proches et qui sont de ta famille parce que tu les connais et tu essayes de les comprendre. Tu vis leurs paradoxes et leurs mystères. Et Pierre, c'est un mystère", confiera quelques années plus tard Jean-Jacques Goldman.

Le parrain de la chanson française

Jean-Jacques Goldman déteste tellement être en haut de l’affiche qu’en 1991 il va prendre une décision atypique: à la surprise générale, il met de côté sa carrière solo et lance le trio Fredericks Goldman Jones. Ils sortent ensemble deux albums: Fredericks Goldman Jones en 1990 et Rouge en 1993.

Jean-Jacques Goldman choisit son guitariste et ami de toujours Michael Jones et il va avoir l’idée de faire appel aussi à la choriste qui partage leur tournée, Carole Fredericks. Lui qui d’habitude remplit des zéniths fait une tournée des campagnes dans des toutes petites salles et partage tout avec ses partenaires.

Et il se met aussi au service de plusieurs interprètes stars des années 90: Liane Foly, Florent Pagny, Johnny Hallyday. Il écrit aussi souvent sous pseudonyme. Pour Patricia Kaas, il compose sous la plume de Sam Brewski. "Il y a un terme anglais que je trouve magnifique, 'song maker', qui n'existe pas chez nous et qui veut dire 'faiseur de chansons'. C'est tout à fait ça. Je me sens un 'song maker'", explique-t-il.

Jean-Jacques Goldman aime les grandes voix et il y en a une qui le fascine depuis toujours: Céline Dion. Il la repère sur une chanson un peu fleur bleue qu'elle chante à l'adolescence, D’Amour et d'amitié. Il va écrire pour elle l'album francophone le plus vendu de tous les temps: D'eux.

L'artiste s'investit aussi dans les Restos du cœur à partir de 1986. Il orchestre tout et va piloter la tournée des Enfoirés pendant 30 ans. "Il va être le parrain, le boss des Restos du Cœur", résume le journaliste Yves Bigot. "C’est lui qui réunir les artistes, c'est lui qui va choisir le répertoire, lui qui va décider d'en faire une espèce de colonie de vacances."

Année après année, alors qu'il a décidé de disparaître, Jean-Jacques Goldman est sacré personnalité préférée des Français. En 2004, il donne son dernier concert. Douze ans plus tard, il finit même par quitter les Restos du cœur.

"Il a pris sa retraite, comme tout le monde le fait", s'amuse Michael Jones.

Jean-Jacques Goldman vit désormais entre Marseille et Londres avec sa seconde épouse et leurs trois filles. "Je crois qu'il avait envie de s'occuper de ses filles et il avait envie d'anonymat. Ce qu'on n'est pas en train de lui filer d'ailleurs", conclut Eric Jean-Jean.

Article original publié sur BFMTV.com