Jean Castex en visite au Vatican, en pleine tempête pour l'Eglise de France

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Le Premier ministre Jean Castex  à Guidel le 26 septembre 2021 - Sebastien SALOM-GOMIS © 2019 AFP
Le Premier ministre Jean Castex à Guidel le 26 septembre 2021 - Sebastien SALOM-GOMIS © 2019 AFP

Jean Castex sera reçu lundi matin à Rome par le pape François dans un contexte houleux pour l'Eglise de France, confrontée aux révélations fracassantes sur les abus sexuels et à une polémique autour du "secret de la confession".

La visite, première d'un Premier ministre français en exercice depuis celle de François Fillon en 2019, était prévue de longue date afin de célébrer le centenaire du rétablissement des relations diplomatiques entre la France et le Saint-Siège. Mais celle-ci est bousculée par l'actualité après la publication le 5 octobre des conclusions de la Commission indépendante sur les abus sexuels dans l'Église (Ciase), présidée par le haut fonctionnaire Jean-Marc Sauvé.

Un rapport impossible à occulter

Si le Premier ministre, reçu en audience privée par le souverain pontife, devrait selon son entourage évoquer plusieurs sujets sur lesquels France et Vatican convergent (accès aux vaccins pour tous, changement climatique, Liban...), impossible d'occulter l'ampleur des chiffres du rapport: 216.000 mineurs agressés par un prêtre ou un religieux en France depuis les années 1950, 330.000 en comptant les agresseurs laïcs en lien avec les institutions de l'Eglise.

D'autant que depuis son élection en 2013, le pape a fait de la lutte contre les abus sexuels - "instrument de Satan" - une des priorités de son pontificat. François a d'ailleurs déjà exprimé sa "honte" et sa "douleur" à la suite du rapport Sauvé et Jean Castex assurera qu'il suivra "de très près les décisions que vont prendre les évêques dans les prochaines semaines", selon ses conseillers.

Mais le débat s'est aussi noué autour du secret de la confession, que le président de la Conférence des évêques de France (CEF) Emmanuel de Moulins-Beaufort avait jugé "supérieur aux lois de la République", avant de rétropédaler et d'évoquer une "formulation maladroite".

Sur ce point, Jean Castex, qui rencontrera au cours de la matinée à Rome plusieurs dignitaires du Saint-Siège ainsi que des représentants de la communauté ecclésiastique française, devrait circonscrire le débat aux frontières nationales en rappelant que "l'interlocuteur du gouvernement, c'est l'Eglise de France".

"La pierre est avant tout dans le jardin des évêques" de France, qui devront "dire comment articuler la protection des enfants et le secret de la confession qui, dans le droit français, est un secret professionnel, ni plus ni moins", insistent les services du Premier ministre.

Une façon de ne pas brusquer le Vatican qui lui même marche sur des oeufs: d'un côté, un formulaire de signalement de délit a été mis à disposition de tout ecclésiastique en juillet 2020 ; de l'autre, le Saint-Siège a confirmé la primauté du secret de la confession, le confesseur étant simplement encouragé à "tenter de convaincre le pénitent" d'alerter des personnes en mesure, elles, de saisir la justice.

Après le pape, le Premier ministre italien

Dans l'après-midi, Jean Castex, accompagné du ministre des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian et du ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin, sera attendu au Palazzo Chigi par le chef du gouvernement et ancien patron de la Banque centrale européenne Mario Draghi.

L'occasion d'incarner davantage le réchauffement des relations entre France et Italie, marquées par des épisodes de tension, notamment sur la question migratoire quand le leader d'extrême droite Matteo Salvini était ministre de l'Intérieur.

Le sujet s'invitera évidemment de nouveau à la table des discussions alors que la France exercera à partir du 1er janvier prochain la présidence tournante de l'Union européenne.

Dans ce cadre, Paris compte faire du renforcement des frontières extérieures de l'Europe une de ses priorités, en mettant notamment en place des camps d'enregistrements sécurisés aux principales portes d'entrée sur le continent, dont l'Italie.

L'enjeu est d'amener Rome à mettre en place ce filtrage, qui conditionnera une "politique de solidarité", c'est-à-dire l'attribution de fonds, objet de négociations serrées à Bruxelles depuis un an.

Enfin, Jean Castex et Mario Draghi devraient affirmer leur volonté de voir aboutir rapidement, peut-être d'ici la fin de l'année, le projet de traité du Quirinal, initié en 2017 et qui est destiné à donner "un cadre plus stable et ambitieux" à la coopération franco-italienne, sur le modèle du traité de l'Elysée entre France et Allemagne.

Article original publié sur BFMTV.com

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