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Javier Milei, le nouveau président de l’Argentine entre Donald Trump, Jair Bolsonaro et Margaret Thatcher

Le populiste « anarcho-capitaliste » a fait sa campagne avec des slogans anti-élites qui font de lui un « mini-Trump ». Son mandat débute officiellement ce dimanche 10 décembre.

C’est une sorte de Donald Trump qui brandit une tronçonneuse, ou de Jair Bolsonaro à la crinière de lion. Élu le 19 novembre en battant largement son adversaire centriste, le populiste Javier Milei est investi président de l’Argentine ce dimanche 10 décembre. Violence, extravagance, radicalité : voici la recette gagnante lui valant d’être comparé à Donald Trump aux États-Unis ou à Jair Bolsonaro au Brésil.

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Ce n’est pas pour déplaire à Javier Milei. En 2021, dans le quotidien brésilien O Globo, il déclarait que le milliardaire américain était « l’un des meilleurs présidents de l’histoire des États-Unis » et affirmait être « dans un alignement naturel » avec Trump et Bolsonaro, compte tenu de leur lutte commune contre « le socialisme et le communisme ».

Après sa victoire sans appel, ses deux idoles n’ont pas manqué de le féliciter. Sur son réseau Truth Social, Donald Trump, à nouveau en course pour la présidentielle 2024, a encensé Javier Milei, qui va « make Argentina great again », adaptant son propre slogan « make America great again » (« rendre sa grandeur à l’Amérique »). « L’espoir brille à nouveau », a pour sa part réagi le Brésilien chassé du pouvoir il y a un an.

D’outsider à président

Les trois hommes ont un point commun : leurs discours violents, emprunts de complotisme et de fake news. En digne héritier de ses homologues, Javier Milei a ainsi répété au cours de la campagne que s’il ne gagnait pas la présidentielle, ce serait à cause des fraudes lors du vote. Le nouveau président argentin avait déjà dénoncé des irrégularités après le premier tour en octobre. Ces allégations n’ont jamais été prouvées.

Christophe Ventura, spécialiste de l’Amérique latine interrogé par Le Figaro, comparait dès août Javier Milei à Donald Trump et Jair Bolsonaro. Il allait encore plus loin en citant « Antonio Kast au Chili, Nayib Bukele au Salvador ou le Rassemblement national en France ». Pour le chercheur, ces populistes « profite(nt), sur le plan électoral, de crises profondes et des phénomènes mortifères, comme le déclassement des classes moyennes, l’appauvrissement des pauvres et l’enrichissement des ultra-riches ».

Les points communs avec Donald Trump sont d’autant plus saillants. Comme l’ancien président américain et son émission The Apprentice, Javier Milei s’est fait connaître par ses apparitions à la télévision en tant que polémiste. Et comme lui, l’Argentin a été longtemps l’outsider de l’élection, avant de l’emporter par surprise face à un candidat beaucoup plus modéré.

Un « mini-Trump » ou Margaret Thatcher ?

Pendant la campagne, les slogans anti-élites de l’ancien professeur d’économie semblaient également tout droit venus des États-Unis. « La caste tiene miedo » (« La caste a peur ! »), « que se vayan todo » (« Débarrassons-nous d’eux »), a scandé l’Argentin. « Drain the swanp » (« Asséchons les marécages »), lançait Donald Trump en 2017.

Javier Milei « est clairement un mini-Trump », a estimé dans le New York Times Federico Finchelstein, professeur d’histoire à la New School de New York et spécialiste de l’extrême droite. Il ajoute : « Trump est une icône de cette nouvelle forme de populisme extrême. Et Milei veut l’imiter. » La preuve, selon lui : Javier Milei s’est beaucoup appuyé sur les réseaux sociaux pour faire campagne et a même fait une interview avec le journaliste préféré de Trump, Tucker Carlson, ancien présentateur star de la chaîne FoxNews.

Il ne faudrait toutefois pas seulement voir Javier Milei comme une copie conforme de Trump ou même de Bolsonaro. Malgré un dédain partagé pour la presse ou les élites, le nouveau président argentin se distingue par son programme libertarien et son refus de toute forme d’État. « Il ressemble davantage à Margaret Thatcher qu’à Donald Trump. Lui croit à une société sans État ou presque », soulignait Christophe Ventura dans Le Figaro.

Libertaire mais anti-avortement

L’« anarcho-capitaliste », comme il se décrit, est par exemple résolu à « tronçonner » l’« État-ennemi » et à dollariser l’économie. Cette rhétorique radicale voire brutale s’inscrit dans un contexte économique très compliqué dans le pays, où l’inflation à 143 % mine le pouvoir d’achat et où 40 % des Argentins vivent en dessous du seuil de pauvreté. Pas de répit ni de transition douce, le nouveau président veut aller vite et fort.

Mais c’est surtout sur les sujets de société que Javier Milei s’éloigne de ses homologues. Si Trump et Bolsonaro font la guerre à la communauté LGBTQI+ et aux migrants, lui est plus pragmatique : tant que l’État ne paye pas, faites comme bon vous semble. Il se dit ainsi pour le mariage entre personnes de même sexe, pour l’égalité des droits des personnes transgenres, et même pour la vente d’organes. Avec une exception : l’avortement. Ce droit a été légalisé en 2020 dans le pays après une longue lutte des femmes, mais Javier Milei veut organiser un référendum pour l’abroger.

Parviendra-t-il à imposer son traitement de choc à l’Argentine ? Javier Milei prendra officiellement ses fonctions le 10 décembre prochain, jour du 40e anniversaire de la fin de la dictature, et aura quatre ans pour convaincre. Pendant cette période, peut-être pensera-t-il à ses modèles américain et brésilien qui ont tous les deux échoué à se faire réélire pour un second mandat.

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