Le jardin perdu d’Afrique, une histoire faussée de l’environnement

Sylvain Cordier / Biosphoto / Biosphoto via AFP

Une Afrique à la nature mythifiée et la réalité d’une violence sociale, tel est le récit qu’a fait Guillaume Blanc, auteur de L’invention du colonialisme vert, lors de la 9e édition des Rencontres Recherche et Création à Avignon.

"Il n’y a pas de paysage originel. C’est une invention". Et Guillaume Blanc projette sur écran une image du Roi Lion. L’animal de dos, face à l’immense savane. D’emblée, l’historien de l’environnement (1) déroule le récit fantasmé d’"une Afrique qui n’a jamais existé, même si nous sommes convaincus du contraire" – les lions, rois des lieux et cercle de la vie, les hyènes prédatrices et mortifères alentour... Le mythe de l’Eden africain. Et on l’écoute, fasciné, comme au côté d’une Shéhérazade inattendue, qui promet "trois histoires".

1) La naissance des premiers parcs africains

Devant les participants des Rencontres "Recherche et Création" dont Sciences et Avenir – La Recherche est partenaire, rassemblés dans le beau décor du Cloître Saint-Louis à Avignon (lire l'encadré ci-dessous), le maître de conférences à l’université Rennes 2, auteur de L’invention du colonialisme vert (2) n’y va pas par quatre chemins. "Les récits ont une histoire", martèle-t-il et voici le premier.

D’abord, en 1894, avec la naissance des premiers parcs africains. Pendant que "l’Europe est plongée dans sa révolution industrielle, les romantiques européens voient dans l’Afrique le refuge de la vie sauvage qui s’éteint chez eux." Mais ce qu’il nous rappelle surtout, ce sont les "16 millions d’humains qui seront expulsés, les centaines de milliers d’agriculteurs…" Accusés de dégrader la forêt ! Voilà le mythe, pointe Guillaume Blanc. Les botanistes européens du 19e découvrent "de petits villages entourés d’une ceinture forestière avec de la savane entre les villages". Et interprètent cette situation comme celle d’une "forêt 'primaire' perdue", à la suite des dégâts causés par les villageois. Naissent au même moment de nouvelles figures, telle celle du "bon chasseur" (blanc, doté d’un fusil et de beaucoup de courage) et celle du "mauvais chasseur" (noir, braconnier et cruel, avec arc et flèches). Safari, en swahili, signifie voyage… Au 20e siècle, de Karen Blixen (La ferme africaine) adaptée au[...]

Lire la suite sur sciencesetavenir.fr

A lire aussi

Notre objectif est de créer un endroit sûr et engageant pour que les utilisateurs communiquent entre eux en fonction de leurs centres d’intérêt et de leurs passions. Afin d'améliorer l’expérience dans notre communauté, nous suspendons temporairement les commentaires d'articles