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IVG dans la Constitution le 8 mars : Macron veut déminer le procès en inaction sur sa « grande cause »

Emmanuel Macron et Aurore Bergé lors du Salon de l’Agriculture le 25 février 2024 (photo d’illustration)
LUDOVIC MARIN / AFP Emmanuel Macron et Aurore Bergé lors du Salon de l’Agriculture le 25 février 2024 (photo d’illustration)

POLITIQUE - Sceau-ver la « grande cause » du quinquennat. Quatre jours après le Congrès à Versailles, le président de la République Emmanuel Macron préside ce vendredi 8 mars la cérémonie de scellement de la loi constitutionnelle sur l’interruption volontaire de grossesse. La date est symbolique pour les droits des femmes. Elle n’est pas non plus dénuée d’intérêt pour l’image du chef de l’État.

En invitant les Français place Vendôme, Emmanuel Macron souhaite « une cérémonie populaire la plus ouverte possible », selon son entourage, afin de marquer « l’aboutissement de ce combat collectif ». Plébiscitée par une large majorité de Français et objet de consensus politique, l’inscription dans la Constitution de la « liberté garantie » à la femme de recourir à un avortement est, de l’avis de toutes les militantes, « une victoire ». « Ne boudons pas notre plaisir », enjoignait la sénatrice PS Laurence Rossignol à Versailles.

Quarante-neuf ans après la loi Veil, le moment sera fort. « Parce que la lutte, c’est aussi célébrer les victoires quand elles arrivent », écrivait ainsi sur X Céline Piques, ex-porte parole d’Osez le féminisme. Mais cela n’empêche pas militantes et élues de se projeter dans l’après, avec notamment la problématique de l’accès à l’IVG sur le territoire. L’exécutif se sait attendu au tournant. D’autant plus que cette avancée majeure ne fait pas oublier les points faibles de la « grande cause » des quinquennats.

« À grande cause, petits moyens »

Lors des questions au gouvernement mercredi 6 mars, la députée LFI Sarah Legrain a mis en cause le bilan du président de la République pour les droits des femmes. Elle évoque pêle-mêle la position de la France sur la définition du viol à l’échelle européenne, les propos controversés d’Emmanuel Macron sur Gérard Depardieu, le manque de place en crèche et ses répercussions sur les mères...

À ces critiques formulées par l’opposition- et partagées pour certaines par les militantes - s’ajoute la question du budget dédié à la cause, le fameux milliard. Dans un rapport paru en septembre 2023 « Où est l’argent contre les violences faites aux femmes ? », la Fondation des Femmes estimait à 2,6 milliards d’euros la somme annuelle nécessaire à la protection des victimes de violences conjugales, sexistes et sexuelles. Plus, bien plus que les 184,4 millions qui y sont consacrés aujourd’hui selon leurs calculs. « À grande cause, petits moyens », déplorait la Fondation, estimant que derrière la question du financement se cache celle « du niveau de priorité qu’une société accorde aux femmes et à leurs droits. » La comparaison ne plaide pas en faveur du gouvernement.

Les associations déplorent aussi l’instabilité de leurs interlocuteurs au sein des gouvernements successifs. Le départ d’Isabelle Rome en juillet 2023 a été particulièrement mal perçu. « Comment imaginer que la grande cause du quinquennat ne bénéficie pas de stabilité ? », s’émouvaient ainsi dans une tribune une quarantaine de personnalités engagées, dont les présidentes de plusieurs associations de poids, estimant qu’« il en va de la pérennité et de la crédibilité de l’action publique ». Depuis, deux ministres se sont succédé en six mois : Bérangère Couillard au sein du gouvernement Borne 3 puis Aurore Bergé, nommée dans le gouvernement Attal.

« Être une femme en 2024, c’est plus simple qu’ (...) en 2017 »

L’exécutif a-t-il anticipé les critiques de ceux qui verraient dans une cérémonie en grande pompe le 8 mars un cache-misère ? « Beaucoup a été fait mais il reste à s’attaquer aux racines du problème, aux représentations sexistes, aux inégalités qui persistent, à la place que la société assigne aux femmes », reconnaît Aurore Bergé en introduction du rapport annuel du gouvernement paru en décembre 2023. Toujours est-il qu’avant le 8 mars, les initiatives pour défendre le bilan du président se sont multipliées.

Mercredi 6 mars, la ministre déléguée à l’Égalité entre les femmes et les hommes a participé au compte rendu du Conseil des ministres, une première depuis son entrée au gouvernement. Venue faire le point sur le plan « ambitieux » Égalité 2023-2027 entre les femmes et les hommes, elle a salué la hausse (+30 %) des condamnations pour viol « avec dans 98 % des cas des peines de prison fermes prononcées » et « l’effectivité des mesures de prévention » - un féminicide a été évité quelques jours plus tôt grâce à un téléphone grave danger, glisse-t-elle au passage. La ministre insiste sur « le tabou » de l’endométriose « qu’on a progressivement réussi à lever », défend l’index d’égalité salariale dans les entreprises et redit sa volonté de concrétiser, dans le projet de loi de finances de l’automne, l’engagement de Gabriel Attal « d’avoir dans chaque ministère un budget dédié à l’égalité (...) ce qui permettra aussi d’objectiver les moyens très importants qui sont déployés depuis 2017 ». À toutes fins utiles.

Une heure plus tard, c’est au tour de Matignon de se lancer dans le même exercice lors d’un brief à la presse. L’action de l’exécutif depuis l’élection d’Emmanuel Macron est dûment mise en avant. Le Grenelle de 2019 est présenté comme « un électrochoc des consciences » et on vante les « avancées qui permettent d’avoir un bilan considérable » dans la lutte contre les violences conjugales. Idem sur la précarité menstruelle à propos duquel on insiste sur des mesures « parfois sorties des radars » car votées dans des projets de loi de finance et donc peu visibles du grand public. À toutes fins utiles, bis.

Devant l’Assemblée nationale le 6 mars, Aurore Bergé insiste : « Être une femme en 2024, oui, c’est plus simple qu’être une femme en 2017 ». De son côté, l’Élysée fait valoir que la cérémonie de ce vendredi 8 mars « s’inscrit dans un état d’esprit de liesse générale sur cette grande avancée sociétale » et assure que « toutes les associations féministes ont été conviées ». Elles ont d’ailleurs été consultées en amont pour savoir si « ce type d’évènement serait susceptible de les réjouir, en tout cas de faire en sorte qu’elles puissent s’y associer. » Ou comment faire en sorte que rien ne vienne gâcher un moment qui sera sans nul doute présenté comme majeur quand viendra l’heure du bilan en 2027.

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