INTERVIEW. "Manipuler le génome, c'est créer de l'irréversible"

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La technologie finira-t-elle par modifier notre espèce ? Pour le philosophe Jean-Michel Besnier, face aux progrès spectaculaires du génie génétique, il est capital que l'humain reste aux commandes.

Cet article est issu du magazine Les Indispensables de Sciences et Avenir n°208 daté janvier/ mars 2022.

Jean-Michel Besnier est professeur émérite de philosophie à Sorbonne-Université.

Sciences et Avenir : L'humain a-t-il cessé d'évoluer ?

Jean-Michel Besnier : L'évolution des espèces est continue, et rien ne devrait à priori briser la nôtre dans son élan, d'autant que l'un des objectifs de la technologie vise à la contrôler. Cette prise de contrôle opérerait par un effet réversif de l'évolution, un concept élaboré par le théoricien du darwinisme Patrick Tort. L'explication en est simple : l'évolution a sélectionné nos capacités à développer des outils et le langage. Ces attributs premiers de l'hominisation résultent de l'apparition de la station verticale, qui a dégagé la main et les organes phonatoires. L'outil et le langage nous ont permis de transformer notre environnement naturel, lequel nous impose toujours de nouvelles contraintes nous obligeant à inventer de nouveaux outils… De proche en proche, nous avons ainsi créé l'agriculture, le monde industriel. D'après ce schéma, l'évolution humaine est donc dictée de plus en plus par des facteurs culturels introduits dans l'environnement. La sélection naturelle sélectionne ainsi la civilisation, qui s'oppose en retour à la sélection naturelle en éliminant ce qui rend l'humanité vulnérable. Avec cet effet réversif, il s'opère une bascule par laquelle le développement des technologies nous permet de contrôler en retour l'évolution humaine.

Aurons-nous demain de grands yeux, un plus gros cerveau… ? Quelles modifications physiques peut-on attendre ?

Aux 19e et 20e siècles, certains scientifiques ont conjecturé un humain au cerveau plus développé, à la face aplatie, aux pouces hypertrophiés. Une anticipation qui relève plus du lamarckisme que du darwinisme : c'est en effet une manière de soutenir que la fonction crée l'organe et que le type d'activité poursuivie par les humains conditionne leur évolution phénotypique. A[...]

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