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En Inde, des agriculteurs en colère veulent aussi marcher sur la capitale, qui se barricade

INTERNATIONAL - Le mouvement a dépassé les frontières de l’Europe. En Inde, des milliers d’agriculteurs en colère réclamant des prix plancher pour leurs récoltes se dirigeaient vers la capitale New Delhi, mardi 13 février, malgré des tirs de gaz lacrymogènes de la part des forces de l’ordre et des fortifications installées pour l’occasion autour de mégalopole.

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Comme vous pouvez le voir dans la vidéo en tête d’article, d’épais nuages de gaz lacrymogènes ont été tirés pour disperser les manifestants près d’Ambala, à quelque 200 km au nord de New Delhi, où la police a mis en place d’imposants barrages avec des pointes métalliques, des blocs de ciment et des barrières en acier sur les principaux axes routiers menant à la capitale depuis les trois États voisins.

« Des effectifs maximum ont été déployés », a déclaré Ranjay Atrishya, commissaire adjoint de la police de New Delhi. Tout rassemblement public de plus de cinq personnes a été interdit dans la capitale. Les chaînes de TV indiennes montraient des colonnes de centaines de tracteurs se dirigeant vers la capitale depuis les États voisins du Pendjab, de l’Haryana et de l’Uttar Pradesh, certains utilisant leurs machines pour retirer les barricades des routes.

Là où les routes ne pouvaient pas être dégagées, les agriculteurs en tracteurs ont cherché à traverser par les champs.

Poids politique important

Les agriculteurs ont appelé à un « Delhi Chalo » (une marche sur Delhi) qui évoque leur manifestation du 26 janvier 2021 lorsqu’ils avaient forcé les barrages policiers pour entrer dans New Delhi le Jour de la République, durant un conflit de plusieurs mois avec le gouvernement. Ils protestaient alors contre une libéralisation des marchés agricoles.

Les agriculteurs jouissent en Inde d’un poids politique important en raison de leur nombre. La menace de nouvelles manifestations survient à l’approche des élections nationales attendues pour avril.

« Nous avons fait de notre mieux pour résoudre nos problèmes en discutant avec le gouvernement, mais il continue à nous opprimer », a déclaré à la presse Sarwan Singh Pandher, responsable d’un syndicat d’agriculteurs du Pendjab (nord).

« Les agriculteurs sont pacifiques, mais des gaz lacrymogènes sont utilisés contre nous à l’aide de drones », a-t-il déploré, ajoutant : « La protestation se poursuivra jusqu’à ce que le gouvernement accepte nos revendications ». Ces revendications portent sur la fixation d’un prix minimum pour les récoltes ainsi que sur les retraites et des annulations de créances.

Des lois controversées abrogées

Les deux tiers de la population de 1,4 milliard d’habitants vivent de l’agriculture, qui représente près d’un cinquième du PIB du pays, selon des chiffres officiels.

« Le gouvernement devrait écouter les agriculteurs au lieu d’utiliser des gaz lacrymogènes et des armes à feu contre eux », a déclaré Randeep Surjewala, député d’opposition originaire de l’Haryana, comme de nombreux manifestants.

Les dernières protestations d’agriculteurs, opposés aux projets de réforme agricole en novembre 2020, avaient duré plus d’un an, jusqu’à l’automne 2021 et posé le plus grand défi au gouvernement du Premier ministre Narendra Modi depuis son arrivée au pouvoir en 2014.

Des dizaines de milliers d’agriculteurs avaient alors érigé des camps de fortune et plus de 700 personnes avaient été tuées lors des manifestations.

En novembre 2021, Narendra Modi avait poussé le Parlement à abroger trois lois controversées qui, selon les agriculteurs, auraient permis aux entreprises privées de contrôler le secteur agricole du pays.

Des milliers d’agriculteurs se suicident chaque année en Inde en raison de la pauvreté, de l’endettement et de l’impact croissant sur les récoltes des aléas météorologiques dus au changement climatique.

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