Ils courent pour arrêter de fumer et cela fonctionne

Vous avez tout essayé pour arrêter la cigarette, l’auto-persuasion, les patchs, l’hypnose etc, et rien n’y fait. Et si la solution était concrète, peu coûteuse, à la portée de tous et bien plus simple qu’il n’y paraît ? Se mettre sérieusement à la course, voilà qui pourrait bien vous aider à vous sevrer du tabac, tout en améliorant votre hygiène de vie globale.

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La course, autant un objectif qu’un moyen

Beaucoup de grands runners sont d’anciens fumeurs. De quoi se demander si c’est la course qui leur a progressivement permis de stopper la cigarette, ou si c’est dans le but préalable d’arrêter de fumer qu’ils se sont lancés. Un peu des deux, pour Guillaume, 34 ans, ancien fumeur qui s’est mis à la course pour prendre soin de [lui] de façon générale lors d’une période de chômage. Très vite, le jeune homme s’est aperçu que s’il voulait progresser dans la course à pied, il fallait qu’il diminue voire arrête complètement le tabac. Une belle motivation pour celui qui a souhaité au bout de quelques mois se mettre à courir des trails, de la course longue distance en pleine nature. Pour certains ex-fumeurs, comme Guillaume, c’est donc le défi que représente la pratique de la course qui permet de trouver l’envie de retrouver ses capacités physiques et donc d’arrêter de fumer. Mais d’autres utilisent cette pratique sportive davantage comme une béquille pour lutter contre le manque et les mauvaises habitudes…

Un plaisir remplacé par un autre

Selon les scientifiques, les endorphines libérées lors de la course ont le pouvoir de compenser les effets produits par le manque de nicotine et d’apaiser le mental. De plus, l’unique fait de prévoir des sessions de course régulières permettrait de contrer mentalement le sentiment d’ennui et de vide responsable de la compulsion. “Cela demande plus d’effort que de s’allumer une clope”, explique Marie, ex-fumeuse trentenaire aujourd’hui adepte du running, “mais le fait de courir m’a quasiment immédiatement procuré un plaisir équivalent”.  “Et sur le long terme, celui-ci est complété par la fierté de faire des économies et de prendre soin de sa santé et de celle des gens qui nous entourent”.

 

Éric, 54 ans, ancien gros fumeur converti au running grâce à la découverte de magnifiques paysages lors de trails, liste avec bonheur les effets de l’arrêt de la cigarette et de la pratique de la course combinés : “perte de poids de 10 kg, souffle retrouvé, grosse économie et un voyage à La Réunion à la place !”. Quant à Guillaume, il affirme avec fierté avoir laissé de côté la cigarette-doudou qui lui apportait un apaisement immédiat : “maintenant pour déstresser, je vais courir un bon coup, je respire bien, et ça me procure autant de bien-être…

Courir pour éviter la prise de poids

L’autre avantage de la course est qu’elle permet de prévenir l’apparition des fameux kilos de sevrage, ceux qui effraient certains fumeurs et vont même jusqu’à les dissuader d’arrêter. C’est en grande partie pour éviter de prendre du poids que Marie a d’abord décidé de se mettre à courir : très soucieuse de mon apparence, j’avais peur de voir mon corps se transformer après l’arrêt du tabac. J’ai préféré prévenir plutôt que guérir, en commençant à courir au tout début de mon sevrage. Grâce à cela, j’ai pu stabiliser mon poids, et même en perdre un peu !. Mais difficile cependant pour la jeune femme de se motiver seule : j’ai fait appel à un coach sportif, afin d’être encadrée et encouragée. Un besoin tout naturel, à en croire l’étude canadienne de l’Université de la Colombie-Britannique, qui a mis en évidence le fait que la pratique de la course en groupe et soutenue par un coach était très efficace pour arrêter de fumer. Parmi les 72 personnes qui sont allées au bout des 10 semaines du programme baptisé Run to quit, 91% ont réduit leur consommation de tabac et 50% ont totalement arrêté. L’histoire ne dit pas si ces mêmes personnes y seraient parvenues seules…

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L’avis d’un professionnel

Grégory Capra, coach sportif depuis 12 ans, et responsable d’une équipe de coachs partout en France.

Pourquoi est-ce intéressant de courir pour arrêter de fumer ?

Quand on fume, on a souvent des difficultés sur le plan cardio-vasculaire car les tuyauteries sont encrassées. Donc il est plus intéressant de partir plutôt sur une activité cardiovasculaire que sur une activité de renforcement pur. Avec la course, on va essayer de se désencrasser. Et souvent lorsqu’on arrête de fumer, on prend du poids, pour des raisons physiologiques ou pour des raisons plus comportementales, comme le fait de remplacer l’habitude d’avoir une cigarette à la main par celle de prendre des bonbons etc. La course est aussi intéressante à ce niveau-là.

À quel moment du sevrage est-il recommandé de se mettre à la course ?

Plus tôt on attaque, mieux c’est. Avant le sevrage tabagique, courir n’est pas incompatible même si c’est plus difficile pour ceux qui fument deux paquets par jour. C’est certain que si l’on fume comme un pompier, c’est toujours intéressant de demander l’avis d’un médecin. Mais plus on va en faire niveau course, tant que l’on respecte les limites de son corps, mieux c’est.

Quelle fréquence et quelle durée de course sont recommandées pour ces personnes ?

Si l’on prend le profil classique d’une personne qui fumait, qui ne faisait pas de sport et qui veut s’y remettre, trois fois un petit quart d’heure par semaine c’est déjà bien, et petit à petit on va essayer d’allonger la durée. Augmenter la fréquence peut mener plus facilement à une lassitude et n’aurait pas forcément d’intérêt plus grand, alors qu’allonger la durée permet de taper plus dans les réserves. De semaine en semaine, on peut essayer d’allonger de 5 minutes supplémentaires pour atteindre 35 à 40 minutes de course par exemple.

Quels conseils pourriez-vous donner aux personnes qui courent pour arrêter de fumer ?

Il faut être à l’écoute de son corps, se connaître, et être à la mesure de ses capacités physiques et psychologiques. Certaines personnes ont besoin d’aller progressivement pour ne pas abandonner. Il ne faut pas regarder ce que fait le voisin, mais voir ce que l’on est capable de faire soi afin de mettre les choses en place à son propre rythme. Parmi mes clients, ceux qui réussissent sont ceux qui acceptent d’aller à leur rythme et de se laisser guider. L’important est que la personne s’éclate car à partir du moment où les gens s’amusent, cela fonctionne !

Wassila Djellouli

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