HongKong: Un magnat de la presse pro-démocratie arrêté, ses journaux perquisitionnés

Maëllyss Hedin avec AFP
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Le patron de presse hongkongais Jimmy Lai (c) arrive devant un tribunal pour des faits relatifs aux protestations de 2019, à Hong Kong, le 18 mai 2020 - Anthony WALLACE © 2019 AFP
Le patron de presse hongkongais Jimmy Lai (c) arrive devant un tribunal pour des faits relatifs aux protestations de 2019, à Hong Kong, le 18 mai 2020 - Anthony WALLACE © 2019 AFP

Le magnat pro-démocratie hongkongais Jimmy Lai a été arrêté lundi, et son groupe de presse perquisitionné au nom de la loi controversée sur la sécurité, une nouvelle étape dans la reprise en main musclée de l'ex-colonie britannique par Pékin. Il est accusé de collusion avec des forces étrangères.

A 72 ans, Jimmy Lai est le propriétaire de deux titres de presse ouvertement pro-démoratie et critiques envers Pékin: Apple Daily et Next Magazine. Considéré comme un héros par de nombreux habitants de HongKong, il est dénoncé comme un "traître" dans les médias officiels chinois, qui voient en lui un inspirateur des immenses manifestations pro-démocratie et le chef d'un groupe de personnalités accusées de conspirer avec des nations étrangères pour nuire à la Chine.

Sept arrestations

Le richissime septuagénaire a été interpellé chez lui vers 07h00 (23h00 GMT, dimanche), a rapporté à l'AFP Mark Simon, un de ses proches collaborateurs, en ajoutant que d'autres membres de son groupe de presse avaient eux aussi été arrêtés.

Dans un communiqué, la police a fait état de sept arrestations pour des soupçons de collusion avec des forces étrangères - une des infractions visées par la loi sur la sécurité nationale qui a été imposée fin juin par Pékin - et fraude.

Des perquisitions au siège du journal

Il a aussi précisé que des perquisitions étaient effectuées au domicile de Jimmy Lai et à celui de son fils, ainsi qu'au siège de son groupe de presse.

En fin de matinée, environ 200 policiers se sont présentés au siège du groupe, sur une zone industrielle du quartier de Lohas Park (sud-est). Des journalistes d'Apple Daily ont diffusé en direct sur Facebook les images de cette perquisition. Sur les images, le rédacteur en chef du quotidien Law Wai-kwong apparaît en train de demander aux policiers leur mandat.

Les policiers ont ordonné aux journalistes de se lever et de s'aligner pour des vérifications d'identité, alors que d'autres fouillaient la salle de rédaction. Jimmy Lai a été amené sur les lieux, menotté. Le rédacteur en chef a adressé une note à ses journalistes dans laquelle il leur demande de rester à leur poste pour permettre la sortie de la prochaine édition du journal, en dépit des perquisitions.

Une loi "liberticide"

Considérée comme une réponse de Pékin aux mois de manifestations prodémocratie qui avaient ébranlé l'ex-colonie britannique en 2019, la loi donne aux autorités de nouveaux pouvoirs pour réprimer quatre types de crimes contre la sécurité de l'Etat: la subversion, le séparatisme, le terrorisme et la collusion avec des forces extérieures.

Nombre de militants prodémocratie dénoncent un texte liberticide qui vient en finir avec le principe "Un pays, deux systèmes" qui avait présidé à la rétrocession en 1997 et garantir théoriquement jusqu'en 2047 aux Hongkongais des libertés inconnues dans le reste de la Chine.

A la mi-juin, deux semaines avant l'imposition de la nouvelle loi sur la sécurité nationale, Jimmy Lai déclarait à l'AFP qu'il s'attendait à être arrêté. Il décrivait alors la nouvelle loi comme "le glas pour Hong Kong". "Elle va remplacer notre régime légal et détruire notre statut financier international", disait-il.

"Je suis prêt à aller en prison", disait-il. "Si cela arrive, j'aurais l'opportunité de lire des livres que je n'ai pas encore lus. La seule chose que je puisse faire est d'être positif".

Article original publié sur BFMTV.com