Hold-Up : "doublement dangereux", "contre-productif", pourquoi ce "documentaire" sur le Covid-19 suscite la colère des médecins ?

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Affiche du documentaire "Hold up"
Affiche du documentaire "Hold up"

“Hold up” est censé dénoncer une “manipulation” mondiale sur le Covid-19. Il donne surtout la parole à des personnalités controversées.

“Mensonges, corruption, manipulations, Covid-19, retour sur un chaos”. C’est la promesse affichée par le “documentaire” Hold-up, sorti sur Internet le 11 novembre. Un film de 2h43 où sont évoqués, pêle-mêle, Bill Gates, les dangers du masque, l’origine du Covid-19, la 5G ou encore la réduction volontaire de la population mondiale.

Des sujets pour lesquels sont interrogés des personnalités sulfureuses, habituées des thèses complotistes comme Silvano Trotta, Ema Krusi, mais aussi Laurent Toubiana et Christian Perronne, médecins habitués de certains plateaux télés qui estiment qu’il n’y a pas de deuxième vague. On retrouve également la députée anti-masque Martine Woenner ou encore l’ancien ministre de la Santé, Philippe Douste-Blazy.

Dans une tribune sur France Soir, le réalisateur décrit le Covid-19 comme un "virus pas plus offensif qu’un autre Covid saisonnier" et fustige une "idéologie sanitaire autoritaire" qui veut "contraindre à une société de surveillance et de soumission". Il s’en prend "à une incroyable et phénoménale entreprise de manipulation globale" et aux membres du Conseil scientifique, qu’il juge "majoritairement proches des laboratoires pharmaceutiques".

“Un pseudo-documentaire doublement dangereux”

Autant de propos qui indignent une large partie du personnel médical, très critique à l’égard du long-métrage. “Ce pseudo-documentaire est doublement dangereux. D’un point de vue sanitaire, car cela va priver certains de protections efficaces face au virus et va conforter ceux qui minimisent la gravité de la situation sanitaire”, redoute la pneumologue Corinne Depagne, membre du collectif Du côté de la Science.

Ce qui l’inquiète, c’est la crédibilité que les spectateurs peuvent accorder aux propos tenus. “Ce sont des gens présentés comme des scientifiques, ce qui leur donne une crédibilité aux yeux du public, mais qui donnent leur avis personnel, qui n’est basé sur aucun élément scientifique. Ceux qui vont y croire ne vont plus se protéger. À terme, ce genre discours peut entraîner des décès”, s’inquiète la pneumologue, qui craint que ce discours ne renforce les anti-masques et anti-vaccins dans leurs positions.

“On compte sur l’intelligence des gens pour ne pas y croire”

Une inquiétude partagée par Eric Billy. “ Dans une période où les gens doutent, comme aujourd’hui, ce type de récit peut entraîner une perte d’adhésion des gestes barrières dans la population”, ajoute le chercheur en immuno-oncologie qui garde tout de même espoir. “On compte sur l’intelligence des individus pour ne pas croire ce qu’ils racontent. Ces propos auront un effet délétère, c’est sûr, mais à quelle profondeur ? Ce qui est évident, c’est qu’un tel documentaire est contre-productif quand on lutte contre le Covid-19”.

Malgré le discours de défiance, les mesures pour lutter contre le Covid-19 sont toujours majoritairement acceptées par la population. Selon un sondage Odoxa-Dentsu pour Le Figaro, 70% des Français approuvent le nouveau confinement, décidé fin octobre, pour faire face à la deuxième vague.

La crainte de violences contre les médecins

Autre danger soulevé par Corinne Depagne, plus implicite. “Ceux qui vont se trouver confortés dans leurs idées peuvent, face à un professionnel de santé crédible, réagir violemment. En plus du danger sanitaire, ce documentaire est dangereux avec cet appel implicite à la violence envers les médecins”. Des tweets, depuis supprimés, appellent à la violence, comme le partage l’infectiologue Nathan Peiffer-Smadja.

Une crainte partagée par Yvon Le Flohic, médecin généraliste. “Comme soignant on est pointés du doigt : on aurait laissé mourir des gens, on est achetés par les laboratoires pharmaceutiques... On a franchi un cap. Il y a des gens qui sont légitimement en colère, un tel discours peut donc séduire. À force de nous pointer du doigt sans raison, il y a un risque de passage à l’acte, de violences envers un médecin”, s’inquiète le généraliste qui exerce dans les Côtes-d’Armor.

“Ces gens sont dangereux”

Un danger dont le docteur Jérôme Marty est pleinement conscient. “Ces gens interrogés dans le documentaire sont dangereux. Ils sous-entendent que les médecins se font de l’argent sur le dos des malades, qu’ils inventent des malades, c’est gravissime”, s’inquiète le président du syndicat UFML.

Ce qu’il redoute, ce sont les conséquences d’un tel message. “On est en pleine crise psy en France, notamment à cause des confinements. Si quelqu’un de fragile psychologiquement voit ça, et manque de recul, il peut passer à l’acte et s’en prendre à des médecins”, redoute Jérôme Marty. Une crainte renforcée par les millions de vues qu’enregistre le docu. “Même si le documentaire risque de ne parler qu’aux convaincus cela peut toucher deux trois cinglés qui vont passer à l’acte”.

Plusieurs médecins refusent de donner leur avis sur le documentaire “Hold up”. Leur argument : la loi de Brandolini, qui énonce que "la quantité d'énergie nécessaire pour réfuter du baratin est beaucoup plus importante que celle qui a permis de le créer".

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