Guerre en Ukraine: qu'est-ce qu'un obus à fléchettes, dont l'utilisation est soupçonnée à Boutcha?

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Image d'illustration - une fléchette en acier à Donetsk en octobre 2014 - DOMINIQUE FAGET / AFP
Image d'illustration - une fléchette en acier à Donetsk en octobre 2014 - DOMINIQUE FAGET / AFP

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Des fléchettes pour arme? Dans la région de Boutcha - ville-martyre de la guerre en Ukraine dans laquelle de nombreux civils ont été tués, certains torturés - la présence de petites fléchettes en métal a été observée.

"Nous avons trouvé plusieurs objets très fins ressemblant à des clous dans le corps d'hommes et de femmes", explique Vladyslav Pirovskyi, un médecin légiste ukrainien, au journal britannique The Guardian. Il ajoute que plusieurs de ses collègues ont fait la même observation sur d'autres corps dans la région.

Les journalistes du Washington Post présents sur place ont eux aussi remarqué au sol la présence de ces bouts de métal pointus de quelques centimètres.

"Si vous regardez dans mon jardin, vous en trouverez beaucoup", leur déclare une habitante de Boutcha.

Elle raconte avoir retrouvé ces projectiles pointus plantés sur le toit de sa voiture fin mars, après une nuit de bombardements intenses.

"Les obus explosent en l’air et les fléchettes sont projetées"

Ces fléchettes sont des projectiles en acier de 2 à 4 cm de long, dotés d’une pointe acérée à l’avant et de quatre ailettes à l’arrière. Ce type d'arme n'est pas une nouveauté, et avait déjà été utilisé lors de la Première Guerre mondiale, comme le rappelle le site du Mémorial national australien; Selon cette même source, les Français ont été les premiers à les employer en 1914, suivis des Britanniques et des Allemands.

À l'époque, "les fléchettes étaient larguées en grand nombre depuis des avions ou des dirigeables, chaque cartouche contenant entre 20 et 250 fléchettes".

Aujourd'hui, on parle plutôt de milliers de fléchettes lancées en même temps que des obus. "Les obus à fléchettes, généralement lancés à partir de chars, en contiennent entre 5000 et 8000. Les obus explosent en l’air et les fléchettes sont projetées en cône sur une surface d’environ 300 mètres sur 100", expliquait en 2014 Amnesty International. Ces armes sont "destinées à être utilisées lors d’attaques suivies d’infanterie ou contre des forces agissant en terrain ouvert", et peuvent être mortelles.

"Le principe est de remplir des obus de milliers de petites fléchettes de 2 à 4 cm avec des petites ailettes. Vous tirez l'obus à grande distance, et ensuite à une certaine hauteur l'obus explose et va répandre à très grande vitesse et avec beaucoup d'énergie toutes ces fléchettes qui vont, en gros, arroser trois terrains de football", déclare sur CNews Bruno Clermont, général de corps aériens.

L'utilisation de ces munitions autorisée

Des armes capables de faire de gros dégâts au sein des populations civiles, mais qui ne sont pourtant pas interdites par les conventions internationales.

"On parle de munitions qui sont autorisées dans la guerre, ce sont des munitions en service dans certaines armées, pas dans l'armée française" actuellement, explique le général Bruno Clermont.

En 2014, au début de la guerre du Donbass en Ukraine, des fléchettes de ce type avaient été retrouvées sur des blessés. Amnesty International avait également déjà pointé du doigt Israël pour l'usage de ce type d'armes mortelles. L'organisation explique avoir "recueilli des informations montrant qu’Israël avait utilisé ces armes, notamment durant l’opération Plomb durci (2008-2009). Des civils, dont des enfants, avaient été tués."

En 2008 Fadel Shana, caméraman âgé de 24 ans travaillant pour l'agence de presse Reuters, avait ainsi été tué "par plusieurs fléchettes qui ont éclaté d'un obus tiré par un char israélien", raconte Reuters. Huit autres civils âgés de 12 à 20 ans avaient été tués par ce tir et sept autres personnes âgées de 10 à 18 ans avaient été blessées. L'armée israélienne avait conclu que le tir mortel était justifié, car les soldats avaient cru alors que la caméra était une arme.

"Jamais utilisées dans des zones densément peuplées"

Si "le droit international humanitaire n’interdit pas spécifiquement les fléchettes, celles-ci ne doivent jamais être utilisées dans des zones densément peuplées", rappelle Amnesty International.

En effet, toute arme, même autorisée, peut être à l'origine d'un crime de guerre. Dans le cas de l'Ukraine et de Boutcha, l'utilisation de ces fléchettes n'est pas interdite en soi, c'est l'usage qu'en a fait l'armée russe qui peut être pointé du doigt, car elle semble avoir visé des civils, ce qui est interdit.

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D'après les règles du statut de Rome de la Cour Pénale Internationale, est considéré comme crimes de guerre, "le fait de diriger intentionnellement des attaques contre la population civile en tant que telle ou contre des civils qui ne participent pas directement aux hostilités", ou encore "le fait de diriger intentionnellement des attaques contre des biens de caractère civil, c'est-à-dire des biens qui ne sont pas des objectifs militaires".

A Boutcha, des enquêteurs réunissent des preuves et des informations sur les nombreux crimes de guerre dont est accusée la Russie à la suite de son invasion. Le but est d'identifier et de condamner les coupables de ces actes.

Article original publié sur BFMTV.com

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