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Guerre en Ukraine : pourquoi l’Allemagne ne veut toujours pas envoyer ses missiles Taurus aux Ukrainiens

Un missile Taurus KEPD 350 présenté lors du salon international de défense et de sécurité de Madrid, en Espagne, le 17 mai 2023.
THOMAS COEX / AFP Un missile Taurus KEPD 350 présenté lors du salon international de défense et de sécurité de Madrid, en Espagne, le 17 mai 2023.

INTERNATIONAL - C’est une décision importante prise par l’Allemagne, qui se traduit en un nouveau coup dur pour l’Ukraine dans sa guerre face à la Russie. Le chancelier allemand Olaf Scholz a rejeté lundi 26 février la demande de Kiev de lui livrer des missiles de longue portée Taurus : ce faisant, l’Allemagne ne suit pas l’exemple de la France et du Royaume-Uni.

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Les missiles Taurus représentent « une arme de très grande portée, et ce qui est fait en termes de ciblage et d’accompagnement du ciblage de la part des Britanniques et des Français ne peut pas être fait en Allemagne », a déclaré le chancelier allemand à l’agence de presse allemande DPA lundi, pour expliquer son refus.

« De mon point de vue, ce serait quelque chose qui ne serait pas responsable si nous participions de la même manière à la gestion du ciblage » permis par ces missiles, a-t-il ajouté, mettant en garde contre le risque que l’Allemagne se retrouve « d’une certaine manière impliquée dans la guerre » entre l’Ukraine et la Russie, de manière plus directe.

« Les soldats allemands ne doivent en aucun cas et en aucun endroit être reliés aux objectifs atteints par ces systèmes », a défendu Olaf Scholz comme principe. « Ce que d’autres pays font, qui ont d’autres traditions et d’autres institutions constitutionnelles, est quelque chose que nous ne pouvons pas faire dans la même ampleur », a encore argué le chancelier.

Un missile capable de détruire une cible à 500 kilomètres

Avec cette décision, l’Allemagne prive l’armée ukrainienne du Taurus, l’un des missiles les plus modernes de son armée de l’air. Ceux-ci sont en mesure de trouver leur cible même à haute altitude et à une distance supérieure à 500 kilomètres.

Lancé depuis un aéronef, ce missile air-sol de croisière peut détruire des bunkers. Conçu pour éviter les défenses antiaériennes en volant à très basse altitude, son premier étage, une double tête explosive de 481 kg, « est pensé pour briser les matériaux de construction des cibles les plus dures, tandis que sa seconde partie peut détonner une fois cette première barrière cassée, et endommager ou détruire l’intérieur de la structure visée », précise Geo.fr.

Si l’Ukraine disposait de tels types de missiles, elle pourrait viser des objectifs très loin à l’intérieur du territoire russe. C’est la raison pour laquelle Berlin refuse depuis plusieurs mois de les livrer à Kiev de crainte que le conflit s’étende au territoire russe, entraînant potentiellement une escalade.

Une décision qui ne plaît guère en Allemagne, au sein même de la coalition d’Olaf Scholz avec les Verts et les libéraux. « La livraison de missiles Taurus à l’Ukraine aurait dû avoir lieu depuis longtemps », jugeait par exemple en début d’année Sara Nanni, une porte-parole du groupe parlementaire des Verts. « La protection la plus efficace contre les attaques aériennes russes consiste à atteindre des cibles situées sur le territoire russe et dans les territoires occupés de l’est de l’Ukraine, à partir desquelles la Russie lance ses attaques », estimait-elle dans un entretien au quotidien Rheinische Post.

Pressé sur le sujet des Taurus,Olaf Scholz s’était défendu en indiquant que l’Allemagne fait « beaucoup plus » que les autres pays européens, et que son pays assurait alors plus de la moitié du soutien en armement à l’Ukraine.

Le missile Taurus constitue le pendant du Storm Shadow/Scalp, développé en parallèle par les Britanniques et les Français, et qui a été livré à l’Ukraine. Kiev avait obtenu à partir de mai 2023 ces Storm Shadow/Scalp (portée de 250 km) livrés par la France et le Royaume-Uni, puis des missiles américains ATACMS (portée de 165 km).

Un missile Storm Shadow/Scalp présenté au salon aéronautique de Farnboroughen Angleterre, le 17 juillet 2018.
BEN STANSALL / AFP Un missile Storm Shadow/Scalp présenté au salon aéronautique de Farnboroughen Angleterre, le 17 juillet 2018.

Soutien accru de la France

Cette décision sur les missiles Taura positionne cependant l’Allemagne un peu plus en marge de la coalition occidentale d’aide à l’Ukraine - sur le sujet des missiles longue portée tout du moins. Lors d’une conférence internationale de soutien à l’Ukraine organisée lundi à Paris, Emmanuel Macron a ainsi parlé d’un engagement à « produire plus » d’armes européennes, et a annoncé la création d’une « coalition pour les frappes dans la profondeur » afin de fournir à Kiev des « missiles et bombes de moyenne et longue portée ».

En marge d’une visite au Salon de l’agriculture français ce mardi, Gabriel Attal a rappelé qu’« il y a deux ans », de nombreux pays « excluaient d’envoyer des armes » y compris de défense aux Ukrainiens. « On est aujourd’hui à envoyer des missiles à longue portée pour soutenir les Ukrainiens face à cette agression », a-t-il appuyé.

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