Guerre en Ukraine : La paix peut-elle arriver en 2023 ?

Ukrainian soldiers adjust a national flag atop a personnel armoured carrier on a road near Lyman, Donetsk region on October 4, 2022, amid the Russian invasion of Ukraine. - Ukraine's President Volodymyr Zelensky said on October 2, 2022 that Lyman, a key town located in one of four Ukrainian regions annexed by Russia, had been
ANATOLII STEPANOV / AFP Ukrainian soldiers adjust a national flag atop a personnel armoured carrier on a road near Lyman, Donetsk region on October 4, 2022, amid the Russian invasion of Ukraine. - Ukraine's President Volodymyr Zelensky said on October 2, 2022 that Lyman, a key town located in one of four Ukrainian regions annexed by Russia, had been "cleared" of Moscow's troops. (Photo by Anatolii Stepanov / AFP)

GUERRE EN UKRAINE - Quand ce conflit va-t-il enfin cesser ? C’est la question que se pose le monde entier depuis le 24 février 2022, début de l’offensive russe en Ukraine. Alors que Moscou pensait mener une guerre éclair et conquérir le pays en quelques jours, dix mois plus tard, les forces ukrainiennes résistent toujours à l’envahisseur.

En cette fin d’année, difficile de voir le bout du tunnel. Sur le terrain, la situation reste tendue. La Russie a exclu la possibilité d’une trêve de Noël et continue de bombarder les infrastructures critiques, privant les Ukrainiens de chauffage et d’électricité. Le front se concentre près du Donbass et en particulier dans la ville de Bakhmout.

La situation en Ukraine au 20 décembre
AFP La situation en Ukraine au 20 décembre

En parallèle, les négociations de paix sont au point mort. « Au début de la guerre, il y a eu de premiers contacts, mais ils ont vite été interrompus après la découverte des exactions commises dans les territoires occupés et libérés [dès mars à Boutcha notamment, NDLR]. Aujourd’hui, on est nulle part », pose Marie Dumoulin, directrice du programme « Wider Europe » au Conseil européen pour les relations internationales, interrogée par Le HuffPost.

« Poutine pense que le temps joue pour lui »

« Il y a bien eu un accord sur les exportations de blé [en juillet], il y a toujours des échanges de prisonniers. Mais à part cela, aucun des deux ne veut reculer sur ses positions. C’est bien ça le problème », ajoute Carole Grimaud, professeure de géopolitique à l’université de Montpellier et spécialiste de la Russie, également interviewée par Le HuffPost.

Concrètement, Moscou veut la « démilitarisation » de l’Ukraine, sa « dénazification », qu’elle devienne un État « neutre », et réclame la reconnaissance des quatre régions annexées. « Le point est simple : remplissez-les pour votre propre bien. Sinon, la question sera tranchée par l’armée russe », a même menacé le ministre des Affaires étrangères russe Sergueï Lavrov.

L’Ukraine, sous pression des Américains, a pour sa part établi un plan de paix en dix points demandant notamment la libération des prisonniers de guerre, le retrait des forces russes de son territoire, ou encore un tribunal spécial pour juger les crimes de guerre. Elle refuse aussi toute concession territoriale.

Mais en réalité, « ni Moscou ni Kiev ne sont prêts à négocier, car les deux pensent pouvoir obtenir davantage par la voie militaire », explique Marie Dumoulin. Elle détaille : « Poutine est persuadé que le temps joue pour lui, qu’il a plus de moyens. Il veut user les Ukrainiens avec ses frappes pour qu’ils lâchent le président Zelensky. Cela provoquerait des vagues d’immigrations vers l’Occident qui mettrait à son tour la pression, voire abandonnerait l’Ukraine. »

Kiev a toujours le soutien des États-Unis

Même si des divisions existent entre les alliés occidentaux, la stratégie russe peine à montrer ses effets pour l’instant : Volodymyr Zelensky vient de se rendre aux États-Unis pour rencontrer le président Joe Biden. Ce dernier a annoncé la livraison de nouvelles armes, une nouvelle enveloppe de 45 milliards de dollars, et promis son aide « aussi longtemps qu’il le faudra ». Les parlementaires ont, eux, ovationné le président ukrainien lors de son discours prononcé au Congrès.

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Dans le même temps, « l’Ukraine a déjà gagné du terrain et pense qu’elle va continuer », poursuit la spécialiste Marie Dumoulin. La contre-offensive déclenchée pendant l’été a par exemple permis à l’armée de récupérer Kherson à la mi-novembre, seule grande ville à être tombée aux mains des Russes.

Après cette reconquête, « il n’a jamais autant été question de négociations de paix », rappelle néanmoins Carole Grimaud. Volodymyr Zelensky s’était même dit « prêt pour la paix, la paix dans tout le pays ». Finalement, regrette Carole Grimaud, « ça n’a pas abouti à cause des conditions russes. À chaque fois, les espoirs sont déçus ».

« La paix est possible »

Il faut dire que pour le président ukrainien, les marges de manœuvre sont très limitées. « Zelensky est populaire tant qu’il est le leader de la guerre. S’il fait des concessions, il serait très affaibli dans l’opinion publique », analyse encore Marie Dumoulin. En bref, conclut-elle, « nous sommes dans une guerre d’attrition dans laquelle chacun veut tenir plus longtemps que l’autre. L’objectif ultime de la Russie, c’est la capitulation l’Ukraine. Et pour l’Ukraine, faire plier la Russie est existentiel, c’est une question de vie ou de mort ».

Dans ce contexte, les deux spécialistes interrogées ne sont pas très optimistes pour la suite. Carole Grimaud ne voit « pas de porte de sortie en 2023, sauf événement majeur comme la victoire dans le Donbass ». Pour elle, « il faudra aussi voir dans quelles conditions les Ukrainiens vont se retrouver au printemps, après un hiver très difficile. Est-ce que la résistance va pouvoir continuer face à la Russie qui joue sur le temps, malgré ses défaites et le marasme économique ? Quid de l’opinion publique, notamment américaine qui commence à remettre en question l’engagement de son pays ? »

Si Marie Dumoulin est « peu optimiste pour une paix en 2023 », Carole Grimaud veut « garder espoir ». « La paix est possible, comme elle était possible avant l’invasion, comme elle était possible cet été ou après Kherson, assure-t-elle. Pour obtenir la paix, il faut la vouloir. Le problème, c’est que la paix ne veut pas dire la même chose pour les deux camps. »

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