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Guerre en Ukraine: ce que l'on sait de la contre-offensive ukrainienne à venir

Les préparatifs pour la contre-offensive de l'armée ukrainienne "touchent à leur fin", a affirmé ce vendredi le ministre de la Défense Oleksiï Reznikov. Kiev affirme en effet depuis plusieurs mois vouloir lancer une attaque pour reconquérir les territoires occupés dans l'Est et le Sud par la Russie.

"L'équipement a été promis, préparé et partiellement livré. Au sens large, nous sommes prêts", a déclaré Oleksiï Reznikov lors d'une conférence de presse à Kiev.

Une offensive de printemps

Depuis plusieurs semaines, le début de la grande contre-offensive ukrainienne contre les forces russes occupant le Sud et l'Est du pays est scrutée et attendue d'un jour à l'autre. Alors que des documents du renseignement américain qui ont fuité mentionnaient une opération fin avril, aucun mouvement d'ampleur n'est à constater.

L'arrivée du printemps, et la fin de la raspoutitsa, période où les sols se transforment en gigantesques mares de boues, marque un contexte plus favorable pour une contre-offensive.

"Nous frapperons plus fort et à de plus grandes distances, dans les airs, sur terre, en mer et dans le cyberespace. Il y aura notre contre-offensive. Nous travaillons dur pour la préparer", avait affirmé en février Oleksiï Reznikov, le jour du premier anniversaire de l'invasion de Moscou.

Après avoir résisté tout l'hiver aux assauts russes sur le front oriental, l'objectif est de réitérer le succès fulgurant de leurs attaques de l’automne dernier. Le 11 novembre dernier, des soldats ukrainiens entraient dans la ville de Kherson, libérée après des mois d'occupation russe. L'armée du Kremlin s'était alors repliée sur la rive est du Dniepr.

La bataille de Bakhmout fait toujours rage

Aujourd'hui, en attendant la date de la contre-offensive, les yeux sont toujours rivés sur la bataille de Bakhmout, dans l'est du pays. Ce combat qui fait rage depuis des mois concentre pour l'heure les efforts.

Les Russes ont fait de la prise de cette ville, ou des ruines qu'il en reste, une priorité après une série de défaites militaires sur le terrain. De leur côté, les Ukrainiens veulent infliger un maximum de pertes aux forces russes.

"Paradoxalement, en dehors de Bakhmout, les Russes sont plutôt sur la défensive", explique à BFMTV.com le général Jérôme Pellistrandi.

Ce vendredi, une vague de frappes russes a touché plusieurs villes ukrainiennes. "Ce sont des bombardements contre des zones civiles qui n'ont aucun impact militaire", poursuit Jérôme Pellistrandi.

Au-delà de Bakhmout, l'Ukraine, tout en préparant son opération, doit également continuer à défendre d'autres fronts à l'instar de Kiev, Kharkiv, ses installations énergétiques ou la frontière avec la Biélorussie.

Couper les positions russes en deux

Depuis des mois, les spéculations vont bon train sur le lieu où les forces ukrainiennes frapperont lors de cette contre-offensive de printemps. Plusieurs pistes sont évoquées: la région du Donbass, à l'extrême est, les alentours de Zaporijia vers la ville portuaire de Marioupol ou encore le Sud au niveau de Kherson.

Pour le général Jérôme Pellistrandi, c'est la deuxième qui semble la plus plausible. Il s'agirait de "foncer entre le Donbass et Zaporijia vers le sud, jusqu'à la mer d'Azov pour isoler la Crimée du reste des territoires occupées et casser la continuité des positions russes".

Ainsi, le Sud-Est de l'Ukraine, occupé par les Russes, serait coupé de leur route d'approvisionnement terrestre. L'unique chemin logistique pour ravitailler le sud du front serait alors le pont de Kertch, déjà frappé par les forces de Kiev.

"C'est plus aisé sur le plan militaire que d'aller vers Donestk et Louhansk qui sont occupés par les séparatistes depuis 2014", précise Jérôme Pellistrandi.

Des leurres?

En l'attente de plus d'informations, les mouvements des forces ukrainiennes sont particulièrement scrutés, les observateurs cherchant des indices sur les modalités de la contre-offensive.

L'Institute for the Study of War a affirmé mardi que des troupes de Kiev avait franchi le fleuve du Dniepr, ligne de front naturelle pour les Russes, pouvant indiquer une prochaine offensive aux alentours de la ville libérée de Kherson. Dans le même temps, un jour plus tard, une ville située en zone occupée à mi-chemin entre Zaporijia et la mer d'Azov a été bombardée par des obus ukrainiens.

Difficile d'y voir des signes tangibles. En outre, l'Ukraine peut également chercher à brouiller les pistes face aux forces ennemies. L'été dernier par exemple, Kiev avait largement laissé croire à une offensive à Kherson, dans le Sud, avant d'attaquer finalement du côté de Kharkiv, à l'Est, entraînant ainsi des mouvements de troupes russes.

800km de front renforcés par les Russes

Toutefois, la situation n'est pas la même que l'an dernier. Après des mois d'une guerre d'usure plutôt statique, les Russes ont fortement fortifié leur ligne de front. Plus de 800km sont ainsi renforcés. S'il ne s'agit pas d'une ligne sans interruption, les troupes russes ont toutefois installé une accumulation de "couches de fortifications et de tranchées", explique à l’AFP Brady Africk, du think-tank American Enterprise Institute.

Ils ont ainsi créé des obstacles divers entre zones minées, "dents de dragon", obstacles en béton armé pour gêner les véhicules blindés, ou tranchées et bunkers. "C'est une bataille très similaire paradoxalement à la Première et la Seconde Guerre mondiale", détaille le général Jérôme Pellistrandi.

Cette fortification du front a pour objectif de briser la contre-offensive ukrainienne, en l'empêchant d'avancer rapidement et en lui faisant subir d'importantes pertes. "Si l'Ukraine se casse les dents sur les lignes de défense russes, Vladimir Poutine sécuriserait les territoires conquis et Kiev n'aurait plus les moyens de relancer des nouvelles offensives", résume le spécialiste.

"Un fusil à un coup"

Si les spéculations se multiplient, les autorités ukrainiennes, elles, restent volontairement secrètes. La communication officielle de Kiev affirme qu'une contre-offensive va bien avoir lieu et que "les préparatifs touchent à leur fin". "Lancer une attaque est une obligation pour eux, sinon les opinions occidentales ne comprendraient pas les envois d'armes", déclare Jérôme Pellistrandi.

"Cette contre-offensive est un fusil à un coup", ajoute-t-il.

Les Ukrainiens ne peuvent pas rater cette attaque. "Sinon, il faudra au moins un an avant de pouvoir repartir", continue Jérôme Pellistrandi, "il faut être bien préparés avec l'appui de l'Otan et pouvoir tenir sur la durée". Les Occidentaux, a annoncé le secrétaire général de l'Otan, ont livré 98% du matériel prévu à Kiev, dont 230 chars et 1550 véhicules blindés.

Article original publié sur BFMTV.com