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Guerre en Ukraine: le jeu d'équilibriste de la Chine avec la Russie

Les présidents russe Vladimir Poutine et chinois Xi Jinping à Pékin le 4 février 2022 - Alexei Druzhinin © 2019 AFP
Les présidents russe Vladimir Poutine et chinois Xi Jinping à Pékin le 4 février 2022 - Alexei Druzhinin © 2019 AFP

Est-ce un soutien affiché ou une tentative de rétablir le dialogue entre deux pays en guerre? Le président russe, Vladimir Poutine, a annoncé mercredi la venue prochaine de son homologue chinois, Xi Jinping, en Russie, sans en donner la date précise. Cette déclaration intervient alors que la Chine dit vouloir présenter une "solution politique" à la guerre en Ukraine.

Depuis le début de l'invasion russe, Pékin s'est abstenue de condamner les opérations de Moscou, tout en évitant tout soutien trop frontal. La Chine a ainsi critiqué de manière plus ou moins voilée les sanctions occidentales imposées à la Russie. En juin, Xi Jinping affirmait par exemple:

"Certains pays tentent d'étendre leurs alliances militaires afin de rechercher une sécurité absolue, d'attiser la confrontation entre blocs en contraignant les autres pays à choisir leur camp et de poursuivre une domination unilatérale au détriment des droits et des intérêts des autres".

Dans diverses déclarations et auprès de dirigeants occidentaux, la Chine appelle aussi au respect de la "souveraineté" de toutes les parties impliquées dans le conflit, et donc de l'Ukraine.

"Depuis le début de la guerre, Pékin a une double approche: être solide avec la Russie contre l'Occident, mais maintenir une prudence sur les secteurs sensibles, comme l'armement", observe David Teurtrie, maître de conférences en sciences politiques à l'Institut catholique d'études supérieures de Vendée et spécialiste de la géopolitique russe et eurasiatique.

Plus d'échanges commerciaux mais une défense de la souveraineté

Les sanctions économiques occidentales ont poussé la Russie à échanger encore plus avec la Chine et, selon les autorités chinoises, "le volume des échanges bilatéraux" entre ces deux pays a atteint "un niveau record" en 2022.

Toutefois, "au niveau politique, c'est plus compliqué, car Pékin est sur une ligne de défense absolue de la souveraineté, donc l'intervention russe est problématique à ce niveau du point de vue de la Chine", explique David Teurtrie.

D'autant que la souveraineté et l'intégrité territoriale sont au centre des revendications de la Chine sur Taïwan, qui considère l'île comme faisant partie du pays.

Une opposition à l'Occident

Les deux pays ont en commun une opposition affichée à l'"Occident". Cette semaine encore, Vladimir Poutine a martelé que "les élites de l'Occident ne cachent pas leur objectif: infliger une défaite stratégique à la Russie, c'est-à-dire en finir avec nous une bonne fois pour toutes", dans une allocution intervenant trois jours avant le premier anniversaire de l'offensive russe. Il a également affirmé que les Occidentaux portaient "la responsabilité de l'escalade", répétant sa thèse selon laquelle l'Occident appuie des forces néo-nazies en Ukraine pour y consolider un État anti-russe.

Du côté de la Chine, les tensions sont particulièrement importantes avec les États-Unis et leur relation est ponctuée de crises régulières. En août dernier, il s'agissait par exemple de la visite de Nancy Pelosi, alors présidente de la Chambre des représentants des Etats-Unis, à Taïwan. Plus récemment, les crispations ont eu trait au ballon espion chinois - présenté par Pékin comme un engin civil - qui a survolé le territoire américain pendant plusieurs jours avant d'être abattu.

Pour autant, David Teurtrie estime que "cela gêne Pékin que la confrontation avec l'Occident se cristallise aussi fortement" dans le cadre de la guerre en Ukraine.

"Pékin considère que sa montée en puissance se fait plus facilement dans un cadre paisible qu'avec des sanctions américaines par exemple", note-t-il.

La Chine "du côté de la paix"

Le discours de la Chine sur la guerre en Ukraine est donc, depuis plusieurs mois, axé sur la recherche d'une résolution. Lorsque Xi Jinping s'est entretenu avec son homologue américain, Joe Biden, à Bali en novembre, il a par exemple affirmé que "la Chine se tient toujours du côté de la paix, continuera de favoriser les pourparlers de paix, et soutient et espère voir la reprise des pourparlers de paix entre la Russie et l’Ukraine" tout en exprimant le souhait "de voir les États-Unis, l’Otan et l’UE engager un dialogue global avec la Russie", rapporte le ministère chinois des Affaires étrangères.

Une position dont Washington semble douter. Dimanche, dans une interview sur CBS, le secrétaire d'État américain, Antony Blinken, a mentionné des "inquiétudes" quant au fait que "la Chine envisage de fournir un soutien létal à la Russie", sous la forme d'armes, ce que Pékin dément.

Le chef de la diplomatie européenne, Josep Borrell, a indiqué lundi que son homologue chinois, Wang Yi, lui avait assuré que la Chine ne fournissait pas d'armes à la Russie et ne prévoyait pas de le faire.

"Nous devons rester vigilants mais autant que je sache, il n'y a pas de preuve que la Chine ait fait ce qu'elle affirme ne pas faire", a déclaré Borrell.

Ces accusations peuvent être "un jeu diplomatique des États-Unis pour disqualifier le plan de paix de la Chine", avertit David Teurtrie. Mais si Pékin venait réellement à fournir des armes à la Russie, "cela pourrait faire la différence en nombre d'armements", juge l'auteur du livre Russie: le retour de la puissance.

Le fait que la Chine veuille se positionner en médiatrice de la guerre en Ukraine, comme l'a également tenté la Turquie, est toutefois révélateur d'une chose, selon le chercheur: les relations internationales connaissent une "vraie évolution", avec des pays non-occidentaux qui se positionnent aussi comme des acteurs de premier plan.

Article original publié sur BFMTV.com