Guerre en Ukraine, concurrence... Les enjeux de la visite d'État de Xi Jinping en France

Arrivé en France dimanche pour son premier déplacement en Europe depuis 2019, Xi Jinping a un programme chargé ce lundi 6 mai. Le président chinois doit notamment évoquer avec son homologue français Emmanuel Macron les questions commerciales et géopolitiques, notamment la recherche d'une résolution de la guerre en Ukraine, au moment où Pékin continue d'apporter son soutien à Moscou.

L'UE réclame une concurrence "équitable"

Première étape pour le duo franco-chinois: une session à l'Élysée le matin en présence d'Ursula von der Leyen, présidente de la Commission européenne, pour soulever les différends commerciaux. Lesquels ne manquent pas.

Menacée d'être prise en tenailles entre les économies américaine et chinoise, massivement aidées par la puissance publique, l'Union européenne a multiplié ces derniers mois les enquêtes sur les subventions étatiques chinoises à plusieurs secteurs industriels, notamment aux véhicules électriques, accusées de fausser la concurrence.

Urusula von der Leyen souhaite qu'elle soit "équitable" et l'a fait savoir dans une déclaration publiée quelques heures avant cet entretien. De son côté, Emmanuel Macron a reconnu dans La Tribune dimanche que les Européens ne sont "pas unanimes" sur la stratégie à adopter car, dit-il, "certains acteurs voient toujours dans la Chine essentiellement un marché de débouchés" alors qu'elle "exporte massivement vers l'Europe".

Il plaide lui pour "mieux protéger notre sécurité nationale", "être beaucoup plus réalistes dans la défense de nos intérêts" et "obtenir la réciprocité".

Cérémonie aux Invalides

À Pékin, ces mesures jugées "protectionnistes" passent mal. Les autorités chinoises ont lancé leur propre enquête antisubventions visant essentiellement le cognac français, contre laquelle le président français compte s'élever.

Si aucun contrat mirobolant n'a été annoncé à ce stade, des discussions sur des investissements étaient en cours jusqu'au bout. Un forum économique franco-chinois est aussi prévu lundi au théâtre Marigny.

L'après-midi, après une cérémonie protocolaire d'accueil en grande pompe aux Invalides, et avant un banquet à l'Élysée, Emmanuel Macron et Xi Jinping se retrouveront en tête-à-tête pour la séquence la plus politique, puis s'exprimeront devant la presse.

Guerre en Ukraine

Le Français compte demander au Chinois de soutenir la "trêve olympique" pour "l'ensemble" des conflits à l'occasion des Jeux de Paris cet été. Paris veut a minima s'assurer que la Chine, principale alliée du président russe Vladimir Poutine, ne bascule dans un soutien clair à son effort de guerre face à Kiev. Voire "l'encourager à utiliser les leviers" dont elle dispose sur Moscou pour "contribuer à une résolution de ce conflit", selon l'Élysée.

Emmanuel Macron avait porté ce même message il y a un an lors de sa propre visite d'Etat en Chine, avec des résultats modestes.

Pour Marc Julienne, chercheur à l'Institut français des relations internationales, "cette approche révèle un manque de compréhension des intérêts et de la stratégie de Pékin", qui veut "se tenir à distance du conflit" et n'entend "pas s'impliquer davantage, ni dans le sens des Européens, ni dans le sens d'un soutien militaire à la Russie".

Le président français tentera néanmoins d'enfoncer le clou mardi, dans les Pyrénées, à l'occasion d'une escapade plus personnelle entre les deux hommes, accompagnés de leurs épouses.

Une "gifle" pour la communauté ouïghoure

Cette visite de Xi-Jinping vaut des critiques à Paris. Vendredi, la communauté ouïghoure française a fait part de sa colère, estimant que cet accueil était "un encouragement pour que la Chine continue ses crimes". "C'est une gifle qu'Emmanuel Macron nous donne", a dénoncé lors d'une conférence de presse la sociologue Dilnur Reyhan, fondatrice de l'Institut ouïghour d'Europe.

Depuis 2017, plus d'un million de Ouïghours ou de membres d'autres groupes ethniques, principalement musulmans, ont été internés dans des "camps" de "rééducation" où les violations de droits de l'Homme sont nombreuses, affirment des études et des ONG occidentales.

Face à la venue du président chinois, quelque 2.000 personnes, essentiellement de la communauté tibétaine de France, se sont rassemblés ce dimanche à Paris dénonçant l'accueil d'"un dictateur" dans le "pays des droits de l'Homme".

"Stop la menace contre Taïwan, stop la répression à Hong Kong, stop le soutien à Poutine, stop l'ingérence en France", ont-elles demandé sur une grande banderole déployée place de la République, lieu traditionnel de manifestation dans la capitale française.

Article original publié sur BFMTV.com