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Pour la grossesse et le post-partum, les doulas sont de plus en plus populaires mais leur formation pose question

L’association des doulas de France a formé 1 300 doulas en seize ans, une formation qui apporte une « reconnaissance informelle ».
AndreyPopov / Getty Images/iStockphoto L’association des doulas de France a formé 1 300 doulas en seize ans, une formation qui apporte une « reconnaissance informelle ».

SANTÉ - Elles sont présentes durant certaines des périodes les plus vulnérables de la vie d’une mère : la grossesse et le post-partum. Les doulas sont de plus en plus populaires ces dernières années en France. Mais comment sont formées ces accompagnantes, qui ne sont ni sages-femmes, ni gynécologues, ni psychologues, mais se posent en complément d’un suivi médical classique ?

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« Une doula n’a pas de fonction médicale, elle n’est pas thérapeute », souligne ainsi l’Association des doulas de France sur son site Internet. Pour Pascale Gendreau, cofondatrice de l’association, ce métier (dont le nom vient du grec doulê : esclave, servante) est un « service d’aide à la personne », spécialisé dans cette période particulière qu’est la naissance.

Leur mission varie d’une femme à l’autre : écriture du projet de naissance, soutien moral lors de la grossesse, préparation de l’accueil de l’enfant, soutien lors du post-partum. Elles font aussi ce que pourrait faire un proche qui souhaite donner un coup de main logistique : cuisiner des plats, bercer le bébé en écharpe, aiguiller vers des spécialistes en cas de difficulté pour l’allaitement…

« On ne peut pas dire que l’on travaille avec les sages-femmes, mais plutôt à côté des sages-femmes, précise auprès du HuffPost Pascale Gendreau. Quand il y a un accouchement à domicile par exemple, on va faire couler le bain, nettoyer, changer les draps après l’accouchement, faire à manger à tout le monde, sortir le chien etc. Des choses que ne font pas les sages-femmes. »

Pas de formation reconnue

Leur activité n’est ni reconnue ni encadrée. « Pour exercer en tant que doula, le métier n’étant pas reconnu, aucune formation n’est obligatoire et quiconque le souhaite peut se dire doula », souligne l’Association des doulas de France sur son site Internet, qui estime cependant qu’une « formation et un cheminement minimum sont requis ».

L’association a créé une charte et un parcours de formation suivi par plus de 1 300 doulas en seize ans, ce qui leur apporte, selon ses propres termes, une « reconnaissance informelle ». Le « cursus de base » pour une formation « minimum » est de 144 heures en présentiel, « un nombre d’heures similaire aux autres formations entrant dans le cadre du service à la personne ».

Pour 30 jours en présentiel, il faut compter 4 200 €, qui ne peuvent pas être pris en charge dans le cadre du CPF. Depuis novembre 2021, la formation a obtenu le label qualiopi et peut être partiellement, voire intégralement, financée par Pôle Emploi.

« Des pseudo-accompagnants »

Mais cette formation délivrée par l’Association des doulas de France, comme toutes les autres qui existent en France, est vue d’un très mauvais œil par le Conseil national de l’Ordre des sages-femmes. « Le monde de la périnatalité est très perméable à toutes sortes de pseudo-accompagnants, qui n’ont souvent pour seule légitimité que leur propre expérience, s’agace sa trésorière et ancienne présidente Anne-Marie Curat, auprès du HuffPost. C’est regrettable, car il existe des professionnels parfaitement compétents pendant la grossesse, l’accouchement et la période postnatale, tant sur le plan médical qu’émotionnel : ce sont les sages-femmes. »

Elle pointe les risques qui existent. « Cela peut avoir des conséquences délétères ou mettre en danger les patientes, alerte-t-elle. Quelle est la limite entre un conseil médical et un conseil non médical ? La prescription d’huiles essentielles pour les femmes enceintes peut être très dangereuse, par exemple. Et il y a aussi une part d’emprise psychologique à surveiller, alors que nous sommes dans un contexte de regain de dérives sectaires. »

« Les dérives existent »

Du côté de l’Association des doulas de France, on comprend l’inquiétude des professionnels de santé. « Le problème, c’est qu’il y a des doulas qui vont dépasser les bornes ou se sentir des compétences qu’elles n’ont pas. Si chacun reste à sa place, il n’y a aucun souci. À aucun moment je ne me dis que j’aurais pu faire ce que font les sages-femmes, souligne Pascale Gendreau. Je m’inquiète des mêmes choses, les dérives existent. C’est pour cela que la formation des doulas est essentielle. »

Sauf qu’il n’existe aucun contrôle de la manière dont les doulas exercent leur profession. De plus, leurs prestations ont un coût pour ceux qui y font appel. « On conseille des fourchettes, allant de 50 à 80 € pour une visite à domicile de deux heures, par exemple, explique Pascale Gendreau. Ça dépend de l’expérience de la doula et des régions : Paris, Nice ou Cannes, c’est plus cher. » Elle reconnaît que les tarifs pratiqués par certaines doulas sont « délirants ».

« Quand on voit 100 € pour une heure et demie, c’est abusif, ça doit être un indicateur pour les parents, met-elle en garde. Pour un service d’aide à la personne avec 30 jours de formation, on ne peut pas demander un tarif de cadre supérieur. » Des frais qui ne sont donc pas remboursés par la Sécurité sociale et qui ne sont donc pas accessibles à tout le monde.

« L’organisation de la périnatalité est en crise »

Plutôt que d’encourager le développement de professions non médicales autour de la naissance, l’Ordre des sages-femmes pointe le manque de moyens et de conditions de travail optimales pour les sages-femmes, censées apporter un accompagnement personnalisé et englober aussi « la sécurité affective » des patientes. « L’organisation de la périnatalité est en crise crise qui touche tout le monde de la santé , ce qui fait que les professionnels ne peuvent pas prendre en charge comme elles l’aimeraient leurs concitoyens », reconnaît-elle.

Pour elle, la solution n’est en aucun cas une reconnaissance du métier de doula. « Si on encadre, on reconnaît une profession, explique Anne-Marie Curat. Il faut plutôt réorganiser tout le système périnatal français qui est complètement dépassé. Et donner la possibilité aux sages-femmes, qui sont les professionnelles de santé de première intention sur ce sujet, d’exercer correctement leur métier. »

Un point d’accord avec l’Association des doulas de France, qui ne souhaite pas que la profession soit intégrée au personnel médical. « Les sages-femmes et les doulas devraient plutôt se mettre d’accord pour travailler ensemble et sortir du corporatisme. On souhaite la même chose, mais nous n’avons pas les mêmes moyens d’y parvenir », souligne Pascale Gendreau, qui appelle de ses vœux une rencontre avec l’Ordre national des sages-femmes, restée jusqu’à présent sans réponse.

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