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La grève des sardinières de 1924 à Douarnenez “nourrit encore les combats féministes”

Nichée au cœur de la baie qui porte son nom, à l’extrême ouest de la pointe bretonne, Douarnenez est un lieu qui regorge d’histoires et de mythes. Selon la légende, le site aurait abrité la cité celtique d’Ys, engloutie par les eaux pour laver les péchés de ses habitants. Mais Douarnenez (Finistère) a surtout, et assurément, été un haut lieu de l’essor de la conserverie de poisson en Europe. Un statut indissociable d’un grand événement historique local, dont l’année 2024 marque les cent ans : la grève des sardinières de Douarnenez.

L’un des événements les plus importants de l’histoire du travail des femmes en Europe”, selon le quotidien britannique The Times. Fin novembre 1924, 2 100 employés des conserveries de la ville, dont 1 600 femmes, se mettent en grève pour réclamer de meilleures conditions de travail. “À la fin du XIXe siècle, la baie est devenue la capitale mondiale de la conserve de sardine – les sardines évidées sont trempées dans la saumure, puis frites avant d’être mises en boîte. Les conserves de Douarnenez s’exportent dans le monde entier. La demande en main-d’œuvre fait exploser le nombre d’habitants de la ville et sa densité de population devient l’une des plus élevées d’Europe. Les conditions de travail ne tardent pas à empirer.”

L’industrie de la conserverie, qui a connu un essor fulgurant à la fin du XIXe siècle avec l’ouverture de nombreuses usines dans les villes portuaires françaises. Usines qui employaient majoritairement des femmes puisque la pêche employait traditionnellement les hommes. Ces ouvrières, “vêtues de longues jupes épaisses et de sabots […] travaillent jusqu’à dix-huit heures par jour sans interruption, rentrent chez elles à minuit pour être rappelée à 4 heures du matin. Les sols étaient couverts de boue et de viscères de poisson, les mains des femmes détruites par l’eau salée, les toilettes inexistantes… Le tout pour 80 centimes de l’heure”, décrit The Times.

“Une affaire nationale”

La contestation sociale gagne tout le port breton, avec pour mot d’ordre : “Pemp real a vo !” (“Ce sera 1,25 franc”). Menée par les Penn Sardin (têtes de sardine), la grève gagne toutes les conserveries de la ville. “C’est une organisation sans précèdent qui prend forme. Des caisses de grève et des distributions de nourriture sont organisées, les gens se cotisent pour acheter des cadeaux de Noël aux enfants des grévistes et des manifestations sont mises en place. La grève devient une affaire nationale.

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