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Grève des acteurs à Hollywood: Fran Drescher, la "Nounou d'enfer" devenue meneuse syndicaliste

Le grand public l'a découverte dans la peau d'une baby-sitteur excentrique en 1993, et il la retrouve aujourd'hui en tant que meneuse de la fronde des acteurs hollywoodiens. Fran Drescher, star de la sitcom culte Une Nounou d'enfer, est le visage de cette grève qui vient de démarrer outre-Atlantique, après des négociations infructueuses avec les grands cadres du cinéma et de la télévision.

Jeudi soir, pour annoncer la mise en retrait des comédiens, l'ancienne actrice s'est illustrée par un discours enflammé dans lequel elle s'est attaquée à ces grandes sociétés de production qui refusent de revoir à la hausse la rémunération de son corps de métier:

"Ils plaident la pauvreté, ils expliquent qu'ils perdent de l'argent à n'en plus pouvoir, alors qu'ils versent des centaines de millions de dollars à leurs PDG! C'est écœurant. J'espère qu'ils ont honte", a-t-elle lancé.

La star de 65 ans ne s'est pas retrouvée au micro par hasard. En 2021, elle a été élue présidente du SAG-AFTRA, le syndicat qui représente 160.000 acteurs et autres professionnels du petit et grand écran aux États-Unis. C'est elle qui a mené, tout au long du mois de juin, les négociations face à l'Alliance des producteurs de cinéma et de télévision (AMPTP), représentante des principales sociétés de production. Et qui, face à l'impossibilité de trouver un accord, a voté la grève aux côtés de son comité. "Ils ne nous ont rien proposé. C'était insultant", s'est-elle indignée.

La nounou de l'Amérique

Ce discours vibrant prouve qu'elle n'a rien perdu du bagou et de l'énergie du personnage qui a fait son succès. Après un début de carrière compliqué, fait de petits rôles au cinéma (on l'a aperçue dans La Fièvre du samedi soir) et de séries rapidement annulées, Fran Drescher décroche le ticket gagnant lorsqu'Une Nounou d'enfer débarque sur les écrans américains en 1993.

Elle y tient le premier rôle de Fran Fine, une jeune femme issue des quartiers populaires de New York qui se retrouve un peu par hasard engagée comme nounou par un père célibataire de la haute bourgeoisie de Manhattan. Fran Drescher officie également comme co-créatrice et co-productrice du programme aux côtés de son époux de l'époque, Peter Marc Jacobson.

Les États-Unis tombent instantanément sous le charme de la série et de son protagoniste exubérant, ainsi que de son interprète. D'autant que Fran Fine a été écrite comme un alter ego de l'actrice. Outre le prénom qu'elles partagent, toutes les deux sont nées dans une famille juive du Queens, sont diplômées d'une école de cosmétique et ont entamé leur vie professionnelle en tant que coiffeuses.

Carrière menée au culot

À l'époque, bien avant de porter sur ses épaules les intérêts des acteurs américains, Fran Drescher avait déjà prouvé qu'elle n'avait pas froid aux yeux. Si elle a pu faire naître sa série, qui sera diffusée pendant six années couronnées de succès, c'est justement grâce à son culot.

News.com rapporte qu'en 1991, lorsqu'elle se retrouve par hasard assise à côté du président de la chaîne CBS, elle parvient à le convaincre de les rencontrer elle et son mari pour qu'ils lui exposent leur idée:

"Elle me disait que tout le monde (à la télévision) essayait de faire d'elle l'accompagnement alors qu'elle était le plat principal", a-t-il confié des années plus tard au Hollywood Reporter.

Parcours accidenté

Malgré de nombreuses apparitions dans des films ou séries au cours des deux dernières décennies, Une Nounou d'enfer est resté le grand rôle de sa carrière. Celle-ci a connu un ralentissement en l'an 2000 lorsqu'un cancer du col de l'utérus a été diagnostiqué à l'actrice, entraînant une hystérectomie. Une épreuve que, rétrospectivement, elle analyse comme une répercussion psychologique du premier drame de sa vie dans les colonnes de Page Six: en 1985, deux hommes ont pénétré par effraction au domicile qu'elle partageait avec Peter Marc Jacobson alors qu'ils dînaient avec une amie. L'un des deux cambrioleurs a violé les deux femmes en les menaçant d'une arme à feu, sous les yeux du mari de Fran Drescher.

Face au cancer, l'actrice fait déjà preuve d'un certain esprit d'entreprise. Comme le rapporte le média américain, elle crée en 2007 le Cancer Schmancer, une organisation dédiée à la prise en charge des femmes qui font face au cancer.

Même combativité lorsque le couple se sépare et que Peter Marc Jacobson fait son coming out homosexuel. Tous les deux restent amis, et Fran Drescher s'engage en faveur de l'ouverture du mariage aux couples de même sexe.

"Peter et moi nous sommes rencontrés lorsque nous avions 15 ans", confiera-t-elle à In Touch en 2009. "Nous étions des gamins, nous ne savions pas qui nous étions vraiment. Nous avons traversé beaucoup de choses ensemble."

Nouvelle carrière d'élue syndicale

C'est en 2021, alors que Hollywood fait face aux pertes économiques dues à la pandémie, que Fran Drescher est élue présidente du SAG-AFTRA après avoir dirigé le Unite for Strength, sous-section du syndicat.

"Tous ensemble, nous allons faire face à cette période troublée de crise sanitaire mondiale et nous élever pour faire ce que nous faisons le mieux: divertir et informer", déclare-t-elle au soir de son élection.

Fran Drescher a également eu sa part de controverses. Lorsque les acteurs hollywoodiens ont publié leur lettre ouverte pour faire part de leurs exigences aux cadres américains, c'était pour appeler leur représentante à plus de fermeté durant les négociations.

Fran Drescher avait publié une vidéo quelques jours plus tôt pour assurer que les négociations étaient "extrêmement productives". Des mots qui n'avaient pas rassuré les membres de SAG-AFTRA.

Encore plus récemment, elle a soulevé quelques sourcils en décidant de se rendre à un défilé Dolce & Gabbana dans les Pouilles, en Italie, en pleines négociations. Un autre membre de SAG-AFTRA, Duncan Crabtree-Ireland, a rapidement pris sa défense en assurant qu'elle était contractuellement obligée de s'y rendre, et qu'elle prenait part aux conversations via Zoom, faisant des journées de plus de 18 heures.

Fran Drescher, quant à elle, a décidé de répondre aux critiques avec son humour habituel, comme le rapporte Deadline:

"Ce n'était que du travail. J'étais coiffée et maquillée trois heures par jour, à marcher en talons hauts sur des pavés. Un truc pareil, c'est du boulot, pas de l'amusement."

Les acteurs et les scénaristes américains réclament une revalorisation de leur rémunération, en berne à l'ère du streaming. Ils souhaitent également obtenir des garanties concernant l'usage de l'intelligence artificielle (IA), pour empêcher cette dernière de générer des scripts ou de cloner leur voix et image.

Article original publié sur BFMTV.com