Biden exhorte Londres à ne pas compromettre la paix en Irlande du Nord

BIDEN EXHORTE LONDRES À NE PAS COMPROMETTRE LA PAIX EN IRLANDE DU NORD

par Steve Holland et Guy Faulconbridge

CARBIS BAY (Reuters) - L'épineux dossier nord-irlandais sera au programme de la rencontre prévue jeudi entre le président des Etats-Unis Joe Biden et le Premier ministre britannique Boris Johnson, qu'il compte rappeler à l'ordre afin d'éviter que les tensions croissantes avec l'Union européenne ne mettent en péril la paix fragile en Irlande du Nord.

Cette première rencontre en face-à-face, qui marque le début du premier déplacement à l'étranger de Joe Biden depuis son arrivée à la maison Blanche, se déroulera dans la station balnéaire de Carbis Bay, en Cornouailles, dans le sud-ouest de l’Angleterre.

Les négociations commerciales post-Brexit sur l'Irlande du Nord ne progressent pas et Joe Biden veut à tout prix éviter que les divergences entre Bruxelles et Londres ne déstabilisent l'accord de paix nord-irlandais.

Joe Biden va faire une déclaration de principe au sujet de l'importance de cet accord de paix, a déclaré à la presse Jake Sullivan, le conseiller à la sécurité nationale de la Maison blanche.

"Il ne va pas lancer de menaces ou d'ultimatums, il va simplement exprimer sa profonde conviction que nous devons soutenir et protéger ce protocole", a ajouté le conseiller, qui s'adressait aux journalistes à bord de l'avion présidentiel Air Force One.

Conclu en avril 1998 avec la médiation de Bill Clinton, cet accord dit du Vendredi saint a permis de mettre fin à trois décennies de violences en Irlande du Nord, au cours desquelles les affrontements entre nationalistes catholiques et loyalistes protestants ont fait environ 3.600 morts.

Selon Jake Sullivan, le président des Etats-Unis - fier de ses racines irlandaises - "a été parfaitement clair sur sa conviction inébranlable que l'accord du Vendredi saint est la pierre angulaire d'une coexistence pacifique en Irlande du Nord".

PRÉSERVER L'ACCORD DU VENDREDI SAINT

"Toute initiative qui le mettrait en danger ou l'affaiblirait ne serait pas bien accueillie par les Etats-Unis", a-t-il ajouté, en refusant de dire si les dernières décisions de Boris Johnson menaçaient cet accord.

Signe de l'importance du dossier nord-irlandais pour l'administration Biden, selon le quotidien The Times, la plus haute diplomate en poste en Grande-Bretagne, Yaël Lempert, a déclaré lors d'une rencontre avec le ministre britannique chargé du Brexit David Frost que son gouvernement "attisait" les tensions en Irlande et en Europe avec son refus d'effectuer les contrôles.

Toujours selon The Times, Yaël Lempert a précisé qu'elle avait été chargée de lancer les procédures en vue de marquer formellement la réprobation de Washington, une démarche diplomatique très rare entre alliés.

Le retrait du Royaume-Uni de l'Union européenne, effectif depuis janvier 2020, met à l'épreuve le calme fragile en Irlande du Nord, séparée par la mer des autres provinces britanniques et disposant d'une frontière terrestre avec la République d'Irlande, membre de l'Union européenne.

Depuis la concrétisation du Brexit, les relations entre le Royaume-Uni et l'Union européenne se sont détériorées, chaque camp accusant l'autre de mauvaise foi dans l'application du protocole nord-irlandais, qui prévoit des contrôles sur certaines marchandises transitant entre la Grande-Bretagne et l'Irlande du Nord afin d'éviter le rétablissement d'une frontière physique avec la République d'Irlande.

Le Premier ministre britannique Boris Johnson a unilatéralement prolongé jusqu'à fin juin un moratoire sur certains contrôles pour éviter des ruptures d'approvisionnement, qu'il justifie en invoquant le risque de pénuries dans les supermarchés nord-irlandais et de tensions avec les unionistes.

Mais Bruxelles estime que cette initiative enfreint l'accord du divorce et envisage désormais d'accélérer les préparatifs d'un recours juridique, face au cavalier seul britannique.

Après cet entretien bilatéral avec Boris Johnson, Joe Biden assistera au sommet du G7 présidé par le Premier ministre britannique de vendredi à dimanche à Carbis Bay.

Le programme de sa tournée européenne se poursuivra à Bruxelles avec un sommet de l'Otan lundi et un sommet de l'Union européenne mardi, avant une rencontre bilatérale avec le président russe Vladimir Poutine à Genève le mercredi 16 juin.

(Steve Holland, Andrea Shalal, Padraic Halpin et John Chalmers ; version française Myriam Rivet, édité par Blandine Hénault)