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Gabriel Attal n’a pas la même version qu’Élisabeth Borne de « l’arc républicain » (et ça compte)

Gabriel Attal photographié avant sa conférence de presse à Matignon le 1er février (Photo by JULIEN DE ROSA / AFP)
JULIEN DE ROSA / AFP Gabriel Attal photographié avant sa conférence de presse à Matignon le 1er février (Photo by JULIEN DE ROSA / AFP)

POLITIQUE - L’expression, martelée en son temps par Élisabeth Borne, n’a plus la cote à Matignon. Dans des propos accordés au Monde ce lundi 5 février, Gabriel Attal a fait savoir que le temps de « l’arc républicain », écartant de fait plusieurs formations politiques de la table des négociations, était révolu.

Confronté comme sa prédécesseure à une majorité relative à l’Assemblée nationale, ce qui limite les marges de manœuvre de l’exécutif, le Premier ministre entend discuter avec toutes les oppositions, Rassemblement national et France insoumise inclus. « Certains disaient qu’il ne fallait travailler qu’avec l’arc républicain. Moi je considère que l’arc républicain, c’est l’Hémicycle », a-t-il affirmé.

Un réel changement de pied, puisque depuis le mois de juin 2022, le gouvernement excluait de travailler avec la formation d’extrême droite et le parti de gauche radicale. À l’époque, il s’agissait pour l’exécutif de renvoyer « les extrêmes » dos à dos. Un amalgame qui poursuivait un double objectif : ostraciser le RN du jeu politique et percer le front de la NUPES, en espérant fragiliser l’opposition de la coalition de gauche, divisée ainsi entre interlocuteurs raisonnables et élus infréquentables.

« Ni l’extrême gauche, ni l’extrême droite. Nous sommes dans l’arc républicain, nous avons porté ces valeurs pendant la campagne, ce sont des valeurs que nous avons à cœur », résumait Olivier Véran, alors porte-parole du gouvernement.

La fin de l’infréquentabilité du RN

« C’est aussi une manière de créer un nouveau clivage, existentiel, entre ceux qui défendraient la République et les valeurs républicaines au sens large, et une menace populiste ou antirépublicaine. C’est donc un concept à usage offensif, destiné à exclure certains du champ de la légitimité politique, au gré des débats », soulignait en décembre au Monde Cécile Alduy, professeure à Stanford (Californie) et chercheuse associée au Cevipof.

La même jugeait que l’expression visait à entériner la tripartition du jeu politique, divisée en trois blocs, la gauche unie façon NUPES, le bloc central et le bloc nationaliste. Or, en enterrant ce concept, Gabriel Attal (qui assume dans son discours une orientation sarkozyste conforme à la composition de son gouvernement) fait voler en éclat cette perception, incluant à la table toutes les sensibilités politiques représentées à l’Assemblée nationale.

En plus d’offrir au RN la fin de son infréquentabilité, ce changement consacre le pragmatisme en valeur cardinale du macronisme, refusant désormais de condamner moralement le projet lepéniste au profit d’un combat sur le terrain du RN censé limiter sa progression dans les sondages. Reste à savoir si cette différence sémantique produira une rupture dans la stratégie de l’exécutif dans la construction des lois. Hasard (ou non), cette approche ressemble à s’y méprendre à celle préconisée par… Nicolas Sarkozy.

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