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Fusée Vega-C : l’échec du premier vol commercial dû à une pièce ukrainienne

La fusée Vega-C lors de son décollage pour son vol inaugural VV21, à Kourou, en Guyane française, le 13 juillet 2022.
La fusée Vega-C lors de son décollage pour son vol inaugural VV21, à Kourou, en Guyane française, le 13 juillet 2022.

ESPACE - L’Europe spatiale veut désormais garantir la fiabilité future de son lanceur. L’échec du premier vol commercial de la fusée européenne Vega-C en décembre dernier est dû à la détérioration d’une pièce ukrainienne dans son moteur Zefiro 40. C’est ce qu’indiquent les conclusions d’une commission d’enquête présentées ce vendredi 3 mars par l’Agence spatiale européenne (ESA).

Le vol du 21 décembre s’est déroulé sans encombre jusque peu après l’allumage du moteur, Zefiro 40, du deuxième étage de la fusée, a expliqué Pierre-Yves Tissier, un responsable d’Arianespace et coprésident de la commission d’enquête. Le moteur, censé fonctionner à pression constante, a enregistré une baisse continue de cette pression dans sa tuyère jusqu’au point où, trois minutes et 27 secondes après le décollage, « l’accélération du lanceur est devenue quasi nulle », a explicité Pierre-Yves Tissier.

L’ordre de destruction du lanceur, construit par l’Italien Avio, a alors été donné alors que Vega-C se trouvait au-dessus de l’océan Atlantique, entraînant la perte de deux satellites d’observation de la Terre d’Airbus, Pléiades Neo 5 et 6.

La commission d’enquête diligentée par l’ESA, autorité de développement du lancement, et Arianespace, son opérateur, a conclu que la perte de pression était due à la détérioration du col de tuyère, qui dirige et régule les gaz de combustion vers cette dernière. Ce col de tuyère, une pièce en composite de carbone fabriquée par l’Ukrainien Youjnoye, n’a pas supporté l’énorme pression et des températures atteignant 3 000 degrés. Pierre-Yves Tissier a évoqué une « érosion thermo-mécanique inattendue » de cette pièce, résultant d’un manque d’homogénéité de sa matière.

Objectif fin 2023

La commission d’enquête n’a donc pas remis en cause la conception et le développement du lanceur. Mais a plutôt recommandé une série de mesures pour garantir la fiabilité future de Vega-C.

Le chef de l’ESA, Josef Aschbacher, a admis des « manquements dans le système », tout en faisant état d’un « plan d’action très clair » pour « sortir plus fort de cette crise ». Avec pour cible un lancement commercial de Vega-C vers la fin 2023, avec comme charge utile, à confirmer, le satellite d’observation de la Terre Sentinel 1-C pour le compte de l’Union européenne.

Ce plan vise à garantir la fiabilité du col de tuyère en utilisant un autre matériau, fourni par ArianeGroup, ainsi qu’une nouvelle phase de qualification du moteur Zefiro 40. Et enfin des mesures garantissant la fiabilité de la chaîne d’approvisionnement pour fabriquer les lanceurs.

Le PDG d’Avio, Giulio Ranzo, a justifié le choix d’acquérir la pièce fautive auprès de Youjnoye, un missilier réputé, par le fait qu’au moment où le moteur Zefiro 40 a été développé, « la disponibilité du matériau européen nécessaire en quantité suffisante et dans les délais exigés n’était pas possible ».

Il a défendu le choix initial en remarquant que les deux tests de mise à feu du Zefiro 40 et le vol d’essai de Vega-C, s’étaient déroulés sans incident. Avio a désormais sécurisé une fourniture de composite de carbone, fabriqué par ArianeGroup et utilisé pour les moteurs du petit lanceur Vega, qui est « suffisante pour plusieurs vols » de Vega-C, a dit M. Ranzo.

L’enjeu est capital pour l’Europe spatiale. Au-delà des deux derniers tirs qu’il reste à effectuer d’Ariane 5 et de deux autres de Vega, elle ne dispose désormais d’aucun moyen propre pour lancer ses satellites avant le premier vol d’Ariane 6 prévu au quatrième trimestre 2023 et la reprise des vols de Vega-C.

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